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Titre de l'article :

Effets des activités humaines sur les populations de ouistiti pygmée en Amazonie


Figure :

Proportion de fréquence de vocalisations sonores dans les zones à forte pression touristique (blanc) et à faible pression touristique (noir). Chaque type de vocalisation ("Trills", "J-Calls" et "Long Calls") ont des propriétés (longueur, fréquence) différentes et sont facilement identifiables. Les différences significatives entre les deux types de zones sont indiquées par une étoile. Le nombre de trilles ("Trills") est significativement plus faible dans les zones à forte pression touristique alors que le nombre de silence est significativement plus faible dans ces zones.

Introduction à l'article :

L'écotourisme s'est grandement développé en Amazonie, notamment à travers la multiplication des bateaux circulant le long de la rivière pour pouvoir donner la possibilité aux touristes d'apercevoir la biodiversité vivant le long de la berge.

Le oustiti pygmée (Cebuella pygmaea) est une espèce de primate vivant en Amazonie. C'est une espèce bio-indicatrice, ce qui signifie que des changements dans son environnement vont impacter sa viabilité. Ainsi, en réalisant une étude sur la viabilité de ces populations, on peut déterminer si l'environnement a subi des changements. De ce fait, cette espèce peut servir comme espèce modèle, pour étudier l'impact de l'écotourisme et des perturbations causées par la présence des bateaux sur la biodiversité en Amazonie. Les auteurs ont étudié les différences comportementales et écologiques entre les populations de ouistitis pygmées soumises à différentes présences de touristes en Equateur.

Expériences de l'article :

Les données ont été acquises au Cuyabeno Faunal Production Reserve, une aire tropicale protégée de 65 ,781 ha en Équateur pendant deux ans dans une zone très touristique (nombreuses agences de bateaux, facilité d'accès) et dans une zone moins touristique (moins d'agences, difficulté d'accès).

Différents paramètres ont été pris en compte. Tout d'abord la composition et la taille des groupes ainsi que leur domaine vital (aire des positions extrêmes des individus). Un coefficient d’observabilité (ratio nombre d’observations/taille du groupe) a aussi été mesuré. Des paramètres comportementaux ont été notés, telle que la position verticale des individus dans les arbres, leurs vocalises (présence/absence), leur comportement de jeu, d'agression, le taux de reproduction et enfin le taux de _grooming _, c'est à dire de temps alloué aux toilettages. Pour finir, un facteur de tourisme (basé sur le nombre de touristes, la présence de bateaux, et la distance d'observation) a été mesuré.

Résultats de l'article :

Les résultats montrent des impacts négatifs et neutres de l'écotourisme sur ces populations de primates .
Pour les effets neutres le tourisme n'impacte pas i) l'observabilité des populations (la capacité à observer les individus sur la berge), ii) le taux de reproduction.

Pour les effets négatifs i) les populations soumises à un impact important de l'écotourisme occupent des domaines vitaux plus larges ; ii) ces populations occupent plutôt la partie haute que la partie basse de la forêt ; iii) elles passent moins de temps d'interactions de jeu entre individus et pour finir iv) elles passent moins de temps à communiquer.

Rigueur de l'article :

Seulement 6 populations avec différents niveaux de tourisme ont été comparées, ce qui résulte en une faible puissance statistique lors des analyses de l'impact du niveau de tourisme sur les caractéristiques écologiques et comportementales des populations.

Ce que cet article apporte au débat :

L'écotourisme peut impacter le comportement de certaines populations. En effet, la présence humaine peut engendrer la fuite des individus de la berge et de la source des perturbations. Ceci peut résulter en une utilisation différente de l'habitat (domaine vital plus grand, positionnement des individus dans les parties hautes des arbres). Cette différentiation de l'habitat peut provenir d'une diminution des interactions entre individus et notamment d'une diminution des interactions sociales qui sont nécessaires aux juvéniles pour leur développement. De plus, la diminution des interactions vocales entre individus peut diminuer les liens sociaux entre individus et ainsi diminuer la capacité de reproduction et les soins parentaux accordés aux enfants.

Publiée il y a plus de 8 ans par P. Barry et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 8 ans.