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Titre de l'article :

Plonger dans les récifs ? La plongée touristique intensive menace les récifs du nord de la Mer Rouge


Figure :

Figure 1. Composition de l'état corallien dans les zones de plongées et les zones moins touchées à la crête récifale (3 m) et à la pente récifale (12 m) comparée à la couverture corallienne correspondante, à Dahab (Mer Rouge Nord) en avril 2006. Toutes les valeurs sont présentées en pourcentages (n = 80) (Harald & Ott, 2008)

Introduction à l'article :

Les récifs coralliens sont les écosystèmes marins les plus diversifiés au monde et très attractifs pour les touristes. Cela les rend très vulnérables aux interactions avec l’homme : 20% des coraux ont disparus, 24% sont en danger critique et 26% en voie de disparition sur le long terme. Les impacts anthropiques sont la destruction causée par la plongée sous-marine récréative et l’augmentation de la sédimentation par le remous du fond marin causé par les plongeurs. Il y a aussi un impact sur les poissons vivants dans ces écosystèmes : mortalité accrue et/ou changement d’habitat.

L’objectif de l’article est de quantifier ces deux impacts de la plongée récréative.
La zone d’étude se situe sur la côte de Dahab dans le Golf de Aqaba dans le nord de la Mer Rouge. Cette zone d’étude est particulièrement propice à cette étude : le blanchissement des coraux est faible, la pêche y est interdite et un plan d’étude visant à évaluer seulement les impacts de la plongée récréative a été réalisé.

Expériences de l'article :

Huit sites ont été choisi sur la côte de Dahab en Égypte en 2006 : quatre fortement soumis à la plongée récréative (>30 000 plongées/an) et quatre peu soumis (<300 plongées/an).
Toutes les observations sont faites en plongée sous-marine par recensement visuel. L’échantillonnage s’est effectué selon 80 transects linéaires de 20 m : 10 transects par sites à deux profondeurs différentes (3 et 12 m).
Les communautés benthiques sont échantillonnées selon la méthode de l’interception ponctuelle linéaire tous les 50 cm sous le transect. Le substrat organique vivant a été classé pour déterminer le couvert corallien (CC) des coraux constructeurs de récif. Pour la distribution des poissons seuls les adultes ont été répertoriés le long des transects.
Les taux de sédimentation sont calculés pour chaque site.
Un traitement statistique (test paramétriques ou non paramétriques, analyses multivariées) des données a permis de quantifier les effets de la plongée sur les communautés benthiques et de poissons.

Résultats de l'article :

Les principaux résultats sont que (1) les récifs soumis à une plongée intensive ont moins de couverture corallienne que les récifs moins touchés ; (2) dans la zone de crête récifale (3 m) des sites de plongée, plus de la moitié (51%) des colonies de coraux ont été endommagées et 27% ont été brisées ; (3) les colonies branchues sont les plus endommagées par les plongeurs : 95,5% des colonies brisées ; (4) les taux de sédimentation sont plus élevés à proximité des sites de plongée puis diminuent avec la distance : il y a un effet majeur de la plongée sur les taux de sédimentation et (5) l'intensité de la plongée n'a eu aucun effet sur la distribution et l'abondance des poissons.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article apporte une réponse concrète : il tranche pour un impact négatif de l’écotourisme. Il va plus loin en montrant qu'il affecte aussi l’environnement. Cette étude tend à prouver que même dans un écosystème aussi sensible que les récifs coralliens toute la biodiversité n’est pas touchée de la même manière, par exemple les communautés de poissons. Ainsi cela apporte des nouvelles questions complémentaires à la controverse de départ : est-ce que toute la biodiversité est impactée de la même manière par l’écotourisme ? De plus cet article présente les conséquences de l’écotourisme sur un biotope marin particulier que sont les récifs coralliens. Ainsi il serait intéressant de se demander si d’autres biotopes marins moins sensibles, aux changements biotiques et abiotiques, que les coraux sont aussi impactés négativement par l’écotourisme. De la même manière il serait intéressant de regarder si les écosystèmes terrestres répondent de la même manière que les écosystèmes marins.

Publiée il y a plus de 8 ans par V. Luccisano et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 8 ans.