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Titre de l'article :

Réponses comportementales et hormonales des manchots de Magellan (Spheniscus magellanicus) au tourisme et à la visite des sites de nidification.


Figure :

A) Moyenne de vocalisations par nid durant les 5 min d'observation des nidification chez les oiseaux du groupe perturbé
B) Moyenne des mouvement (regards alternés)exécutés pendant l'observation des nids chez les oiseaux du groupe perturbé.
C) Moyenne de corticostérone présent chez les manchots soumis au tourisme, étudié et isolé dans le milieu basal (blanc ) et perturbé (gris).

Introduction à l'article :

L'observation de colonies d'oiseaux est devenue une activité de choix pour les touristes. De nombreuses études ont déjà été menées sur l'impact des scientifiques sur des colonies d'oiseaux mais l'effet de l'écotourisme a pour le moment était moins étudié. Les visites touristiques bien que moins envahissantes que la recherche sont cependant plus prolongées et impliquent beaucoup plus de personnes. Ces visites ont le potentiel de causer des effets indésirables sur les colonies d’oiseaux, ce qui pourrait engendrer une diminution de la population et à terme la mettre en danger. D'un autre côté le tourisme peut également fournir des fonds pour permettre la conservation des zones qui ont peu de ressources économiques. Dans cet article, il a été étudiée la réponse hormonale, qui est un signe de stress, vis-à-vis de la présence humaine chez des oiseaux (Spheniscus magellanicus) nichant à l'intérieur et à côté de la zone touristique.

Expériences de l'article :

L’étude est menée sur une population de manchots de Magellan à Punta Tombo en Argentine de novembre à décembre 1991. La colonie est composée d’une population de 160 000 à 200 000 couples de manchots. 3 types de sites ont été choisis (touristique, scientifiques et isolé). Sur ces sites, il a été réalisé deux types de test : l’un dit ‘’basal’’ où ils ont seulement prélevé du sang en s’approchant des nids. Le temps de collecte et donc de présence étant inférieur à une minute et demi. Pour ce test le sang de 6 oiseaux pour chaque sexe a été collecté. Le deuxième test est dit ‘’dérangé’’ : ils ont observé 10 manchots pour chaque sexe à une distance d'un mètre durant 5 minutes. Ils ont noté leur comportement (mouvement et vocalisme) et ont prélevé leur sang. Les tests comportementaux ont été assignés en 3 catégorie, si la réponse est neutre, si l'oiseau est en alerte ou si il est agressif. Les prélèvements sanguins ont déterminé le taux de corticostérone présent chez chaque individu.

Résultats de l'article :

Pour les tests comportementaux, ils observent un état neutre des oiseaux sur le site touristique ce qui n’est pas le cas pour les deux autres sites (étudié et isolé). Il y a une corrélation entre les antécédents de perturbations et la réponse comportementalle des manchots. Les manchots émettent beaucoup de vocalisme dans le milieu étudié et dans celui isolé par rapport à celui touristique. Le nombre d’abandon de nid est de 8 sur 96 : ce nombre est trop petit pour effectuer des tests statistiques. Cependant, ils ont noté 1 abandon pour le site touristique, 4 sur celui étudié et 3 pour celui isolé.
Concernant le taux de corticostérone, il est significativement plus élevé pour les sites étudié et isolé que celui touristique et il est plus élevé lorsque les animaux sont en condition ‘’dérangé’’ par rapport à ‘’basal’’.

Rigueur de l'article :

Dans l'étude, ils ont échantillonné au total 96 manchots avec seulement 6 ou 10 individus par catégorie ce qui paraît assez limité pour réaliser des analyses statistiques sachant que la colonie de manchots comporte plus de 160 000 individus. Au vue du nombre d'individus, il aurait peut être été envisageable de réaliser plus de manipulations et ainsi avoir un échantillonnage plus grand et plus précis des conditions de stress des manchots. De plus, ils réalisent des tests comportementaux sur les manchots pour lequel il y a des résultats dont ils ne discutent pas par la suite. Ces tests pourraient être des indicateurs de l'impact de la présence ou non de l'homme sur ces sites.

Ce que cet article apporte au débat :

L'écotourisme impacte le stress ainsi que le comportement des manchots lorsqu'ils sont dans un milieu sans la présence de l’homme. Cependant, ce stress et ces comportements d’alerte ou d’agressivité étant réduit dans des milieux où l’homme est présent indique qu’ils sont capables de s'habituer à la présence humaine. Cette étude doit être analysée avec précaution car même si les manchots sont capables à long terme de s'habituer à l’homme, nous ne connaissons pas l’impact d’une augmentation de corticostérone chez les manchots. Cela pourrait créer de nombreux problèmes physiologiques non étudiés dans cette étude. Il est donc nécessaire de limiter la fréquentation humaine des colonies de manchots aux zones déjà touristiques et un accès restreint aux parties restantes. Même si l’écotourisme permet de fournir des ressources économiques pour financer la conservation, il doit être géré avec prudence et prévoyance pour être compatible avec la dynamique des populations de manchots.

Remarques sur l'article :

Cette étude se base seulement sur le niveau de stress des individus mâles et femelles. Il serait intéressant d'étudier ce stress chez les jeunes mais aussi d'étudier l'impact de l'homme sur d'autres paramètres tel que la durée de vie des manchots, le taux de survie des jeunes ou encore le taux d'éclosion.

Publiée il y a plus de 8 ans par F. Gouzerh et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 8 ans.