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L'Anthropocène : perspectives conceptuelles et historiques
Résumé de la review :
Pour P. Crutzen et al., l’Anthropocène est une réalité inéluctable du fait de la capacité de la civilisation humaine contemporaine à influencer l’environnement à l’échelle de la Terre entière. Parmi les impacts humains considérés sont :
Les changements climatiques ;
L’influence de l’Homme sur plusieurs cycles des éléments (ou cycles biogéochimiques) comme le cycle du carbone, de l’azote, du phosphore et du soufre ;
La modification du cycle de l’eau dans sa composante terrestre par l’interception des flux dirigés des montagnes vers l’océan et par l’altération des flux de vapeurs d’eau des continents à l’atmosphère du fait de changements dans l’utilisation des terres ;
La sixième extinction massive des espèces.
De ce fait, l’humanité serait devenue une force géologique majeure qui entraînerait la sortie de la Terre de l’Holocène.
Les auteurs passent ensuite en revue les antécédents historiques du concept d’Anthropocène. Dans le Paris de 1920, V. Vernadsky, P. Teilhard de Chardin et E. Le Roy introduisent le concept de noösphère, l’équivalent anthropisé de la biosphère. V. Vernadsky écrit en 1924 dans La Géochimie : « Auparavant, les organismes affectaient l’histoire des seuls atomes qui étaient nécessaires à leur respiration, nutrition et prolifération. L’Homme a élargi ce cercle, exerçant une influence sur les éléments nécessaires à la technologie et à la création de formes de vie civilisées. »
S’ensuit une description de l’histoire de la relation entre l’Homme et son environnement. Ainsi, pendant longtemps, l’humanité a modifié sont environnement dans le seul but de collecter les sources de nourritures végétatives requises ou d’aider à la chasse des animaux. La capacité à manipuler le feu marque une étape clé et permet un accès facilité à des sources de nourriture riches en protéines. Un régime omnivore est adopté, le volume du cerveau est triplé, les langages parlé puis écrit sont développés. Cela facilite l’accumulation de connaissances et leur transmission entre générations. Un second palier est franchi avec la Révolution Industrielle et l’utilisation des énergies fossiles. Ces dernières représentent un vaste stock d’énergie solaire accumulée pendant des millions d’années via la photosynthèse. Cela a permis à l’humanité d’entreprendre de nouvelles activités, comme la création de fertilisant à partir de l’air (processus de Haber-Bosch), et d’accélérer les activités existantes, comme la conversion des écosystèmes naturels en terres arables ou la déviation de l’eau des rivières via la construction de barrages. Enfin, à partir de 1945, la Grande Accélération voit la vitesse à laquelle l’empreinte de l’activité humaine croît augmenter nettement. Tous les indicateurs de l’activité humaine utilisés par les auteurs ont subi une nette augmentation autour de 1950. Les indicateurs de l’environnement montrent clairement que le système terrestre s’est déplacé en dehors de l’enveloppe de la variabilité de l’Holocène.
Au XXIème siècle, la Grande Accélération s’est répandue dans de nouveaux pays. Le monde pourrait être proche d’un pic dans l’utilisation des énergies fossiles et du phosphore ce qui entraînerait un ralentissement de celle-ci. L’humanité ne cherche plus seulement à comprendre la vie mais aussi à la synthétiser, sans pour autant réussir à ralentir la récente érosion de la biodiversité existante. Une nouvelle étape de l’Anthropocène serait la prise de conscience de l’impact humain sur l’environnement et les premiers essais pour construire des systèmes de gouvernance globale afin de gérer la relation entre l’Homme et son environnement.
Enfin, les auteurs encouragent la création de systèmes d’avertissement des changements dans le fonctionnement du système terrestre, l’évaluation des méthodes de géo-ingénierie et l’intégration du concept de limite planétaire. Cette dernière approche défini un domaine de stabilité qui offre un espace sûr dans lequel l’humanité peut poursuivre son développement et son évolution.
Rigueur de la review :
Cette review est inévitablement partiale puisqu’un des auteurs, P. Crutzen, est à l’origine du terme Anthropocène.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review permet de synthétiser à la fois les différentes réflexions qui ont pu exister à propos de l’impact de l’Homme sur le système Terre et les dates qui ont été proposées pour marquer le début de l’Anthropocène. Ainsi, deux événements préindustriels sont souvent avancés : l’extinction de la mégafaune du Pléistocène et l’avènement de l’agriculture. Les arguments contre l’hypothèse d’un Anthropocène précoce sont la faible augmentation des concentrations en gaz à effet de serre et le fait que le forçage orbital pourrait expliquer la durée de la période interglaciaire actuelle. La date préférée par les auteurs est 1800 car en 1750 il est clair que la Révolution Industrielle avait à peine commencé alors qu’en 1850 elle avait déjà transformé l’Angleterre et s’était propagée à d’autres pays en Europe et en Amérique du Nord.
Remarques sur la review :
Les auteurs se font forts de citer le président de la Société géologique de Londres de 2010 à 2012, B. Lovell, qui soutient la notion d’Anthropocène.
Publiée il y a plus de 8 ans
par
T. Valette.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
L'Anthropocène : perspectives conceptuelles et historiques
Résumé de la review :
Pour P. Crutzen et al., l’Anthropocène est une réalité inéluctable du fait de la capacité de la civilisation humaine contemporaine à influencer l’environnement à l’échelle de la Terre entière. Parmi les impacts humains considérés sont :
De ce fait, l’humanité serait devenue une force géologique majeure qui entraînerait la sortie de la Terre de l’Holocène.
Les auteurs passent ensuite en revue les antécédents historiques du concept d’Anthropocène. Dans le Paris de 1920, V. Vernadsky, P. Teilhard de Chardin et E. Le Roy introduisent le concept de noösphère, l’équivalent anthropisé de la biosphère. V. Vernadsky écrit en 1924 dans La Géochimie : « Auparavant, les organismes affectaient l’histoire des seuls atomes qui étaient nécessaires à leur respiration, nutrition et prolifération. L’Homme a élargi ce cercle, exerçant une influence sur les éléments nécessaires à la technologie et à la création de formes de vie civilisées. »
S’ensuit une description de l’histoire de la relation entre l’Homme et son environnement. Ainsi, pendant longtemps, l’humanité a modifié sont environnement dans le seul but de collecter les sources de nourritures végétatives requises ou d’aider à la chasse des animaux. La capacité à manipuler le feu marque une étape clé et permet un accès facilité à des sources de nourriture riches en protéines. Un régime omnivore est adopté, le volume du cerveau est triplé, les langages parlé puis écrit sont développés. Cela facilite l’accumulation de connaissances et leur transmission entre générations. Un second palier est franchi avec la Révolution Industrielle et l’utilisation des énergies fossiles. Ces dernières représentent un vaste stock d’énergie solaire accumulée pendant des millions d’années via la photosynthèse. Cela a permis à l’humanité d’entreprendre de nouvelles activités, comme la création de fertilisant à partir de l’air (processus de Haber-Bosch), et d’accélérer les activités existantes, comme la conversion des écosystèmes naturels en terres arables ou la déviation de l’eau des rivières via la construction de barrages. Enfin, à partir de 1945, la Grande Accélération voit la vitesse à laquelle l’empreinte de l’activité humaine croît augmenter nettement. Tous les indicateurs de l’activité humaine utilisés par les auteurs ont subi une nette augmentation autour de 1950. Les indicateurs de l’environnement montrent clairement que le système terrestre s’est déplacé en dehors de l’enveloppe de la variabilité de l’Holocène.
Au XXIème siècle, la Grande Accélération s’est répandue dans de nouveaux pays. Le monde pourrait être proche d’un pic dans l’utilisation des énergies fossiles et du phosphore ce qui entraînerait un ralentissement de celle-ci. L’humanité ne cherche plus seulement à comprendre la vie mais aussi à la synthétiser, sans pour autant réussir à ralentir la récente érosion de la biodiversité existante. Une nouvelle étape de l’Anthropocène serait la prise de conscience de l’impact humain sur l’environnement et les premiers essais pour construire des systèmes de gouvernance globale afin de gérer la relation entre l’Homme et son environnement.
Enfin, les auteurs encouragent la création de systèmes d’avertissement des changements dans le fonctionnement du système terrestre, l’évaluation des méthodes de géo-ingénierie et l’intégration du concept de limite planétaire. Cette dernière approche défini un domaine de stabilité qui offre un espace sûr dans lequel l’humanité peut poursuivre son développement et son évolution.
Cette review est inévitablement partiale puisqu’un des auteurs, P. Crutzen, est à l’origine du terme Anthropocène.
Cette review permet de synthétiser à la fois les différentes réflexions qui ont pu exister à propos de l’impact de l’Homme sur le système Terre et les dates qui ont été proposées pour marquer le début de l’Anthropocène. Ainsi, deux événements préindustriels sont souvent avancés : l’extinction de la mégafaune du Pléistocène et l’avènement de l’agriculture. Les arguments contre l’hypothèse d’un Anthropocène précoce sont la faible augmentation des concentrations en gaz à effet de serre et le fait que le forçage orbital pourrait expliquer la durée de la période interglaciaire actuelle. La date préférée par les auteurs est 1800 car en 1750 il est clair que la Révolution Industrielle avait à peine commencé alors qu’en 1850 elle avait déjà transformé l’Angleterre et s’était propagée à d’autres pays en Europe et en Amérique du Nord.
Les auteurs se font forts de citer le président de la Société géologique de Londres de 2010 à 2012, B. Lovell, qui soutient la notion d’Anthropocène.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.