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Les EEE peuvent-elles faciliter les espèces natives? Preuves de comment, quand et pourquoi ces impacts se produisent.
Résumé de la review :
Les interactions entre espèces sont primordiales dans le fonctionnement et la structuration des écosystèmes. La facilitation est définie comme une interaction entre deux espèces qui résulte en une augmentation de la densité ou de la biomasse d'au moins une des deux espèces. Jusqu'à récemment, elle était vue comme une interaction anecdotique comparée à la compétition, la prédation ou encore le parasitisme. De plus en plus de recherches révèlent en fait sa grande diversité, sa large répartition et son rôle important dans l'établissement et le maintien de la dynamique des communautés au sein des écosystèmes. Les EEE augmentant significativement le nombre d'interactions qui se jouent dans un écosystème, il est logique qu'il y ait de fortes probabilités pour que certaines de ces interactions entraînent de la facilitation pour au moins une espèce native, que ce soit directement ou indirectement. Cette review se propose de rassembler des preuves de comment, quand et pourquoi ces interactions se produisent.
Pour réaliser cette review, l'auteur a utilisé une base de données électroniques : BIOSIS en se focalisant sur les publications publiées entre 1993 et 2004. Après une recherche par mots-clés, puis un tri scrupuleux des articles d'intérêt, il a conservé 61 études qui fournissent la preuve d'interactions de facilitation entre des EEE et des espèces natives.
La facilitation des espèces natives par des EEE existe donc bel et bien et ce, dans des écosystèmes très divers.
Comment ? Par le biais d'interactions directes qui peuvent passer par la modification, la création ou le remplacement d'un habitat, par l'apport de substituts alimentaires avec l'enrichissement en nutriments du milieu, la diversification de la nourriture ou la possibilité d'être un nouvel hôte, ou encore par la pollinisation de plantes natives. Par le biais d'interactions indirectes comme le relâchement de la compétition ou le relâchement de la prédation (EEE diminue population compétiteurs ou prédateurs natifs, augmentant indirectement la population des compétiteurs inférieurs ou des proies natifs).
Quand ? Ces interactions se mettent en place quand les EEE fournissent des ressources limitantes, ou augmentent la complexité du milieu (refuge), ou remplacent des espèces natives tant dans l'occupation de la niche écologique que dans la réalisation de leur rôle fonctionnel, ou encore fournissent une échappatoire significative aux prédateurs ou aux compétiteurs.
Pourquoi ? Trois scénarios qui sont, du plus au moins fréquent dans la littérature : 1- Une nouvelle facilitation qui se met en place lorsqu'une espèce invasive a une fonction totalement nouvelle dans un écosystème comparée aux espèces natives (nourriture, habitat...). 2- Une facilitation substitutive lorsque l'EEE remplace fonctionnellement une espèce native elle-même facilitatrice mais en train de disparaître du milieu (moins compétitrice que l'EEE ou non-adaptations aux changements climatiques). 3- Une facilitation indirecte lorsqu'un compétiteur, un prédateur, ou encore un parasite... natif voit sa population diminuer à cause d'une EEE et que cette chute augmente la population du compétiteur inférieur, de la proie, ou de l'hôte...natif associé dans l'interaction.
Les interactions facilitatrices peuvent : avoir des effets en cascade sur les réseaux trophiques, restructurer des communautés, conduire à des adaptations évolutives, ou encore impacter tous les différents types d'interaction présente dans l'écosystème. Les EEE n'impactent donc pas uniquement de façon négative les espèces natives et de manière plus générale, les écosystèmes qu'elles envahissent. Les EEE sont d'ailleurs parfois utilisées par l'homme pour la gestion et la conservation des écosystèmes (contrôle biologique, restauration des forêts). Dans ce cas, des études prenant en compte à la fois les impacts négatifs et les positifs sont absolument nécessaires pour réussir à déterminer le plus justement possible la balance coût/bénéfice.
Rigueur de la review :
L'étude a été réalisée sur une seule base de données (BIOSIS) et en prenant en compte uniquement les travaux de 1993 à 2004 (date du début de l'étude). Le choix de l'année 1993 n'a pas été justifié. Est-ce la date reconnue comme étant le début des travaux plus objectifs/complets sur les EEE (aspects positifs comme négatifs)? Ou simplement une date choisie arbitrairement? Quoiqu'il en soit, l'utilisation d'une seule base de données ne constitue pas, à mon sens, un manque de rigueur puisque cette étude répond à sa problématique en s'appuyant sur un nombre d'articles conséquent. Cela permet à l'auteur de recouper les informations/éléments de preuves qu'il avance et ainsi donner de la robustesse à ses réponses.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review recense des preuves de l'ampleur des phénomènes lié à une interaction à laquelle on ne pense pas toujours : La facilitation des espèces natives par les EEE. C'est une review nécessaire car les EEE sont souvent définies que par les dommages qu'elles causent. Cependant, l'auteur insiste sur le fait que, bien que la large répartition et la diversité des facilitations par les EEE sont ici mises en avant, cette review ne permet pas de donner la force de ces facilitations, relative aux forces des autres interactions (compétition, prédation,..), dans les invasions et leurs impacts. Seules des analyses plus poussées et au cas par cas pourraient permettre de livrer une vision juste de la balance coûts/bénéfices d'une EEE au sein d'un écosystème en prenant en compte les aspects écologiques, économiques et de santé humaine et animale. Cette review fournie des éléments de base, à approfondir pour avoir une réelle utilité dans la gestion, mais favorable à ce qu'elle soit au cas par cas.
Publiée il y a plus de 8 ans
par
S. Hafsia et N. Ait kaci.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Les EEE peuvent-elles faciliter les espèces natives? Preuves de comment, quand et pourquoi ces impacts se produisent.
Résumé de la review :
Les interactions entre espèces sont primordiales dans le fonctionnement et la structuration des écosystèmes. La facilitation est définie comme une interaction entre deux espèces qui résulte en une augmentation de la densité ou de la biomasse d'au moins une des deux espèces. Jusqu'à récemment, elle était vue comme une interaction anecdotique comparée à la compétition, la prédation ou encore le parasitisme. De plus en plus de recherches révèlent en fait sa grande diversité, sa large répartition et son rôle important dans l'établissement et le maintien de la dynamique des communautés au sein des écosystèmes. Les EEE augmentant significativement le nombre d'interactions qui se jouent dans un écosystème, il est logique qu'il y ait de fortes probabilités pour que certaines de ces interactions entraînent de la facilitation pour au moins une espèce native, que ce soit directement ou indirectement. Cette review se propose de rassembler des preuves de comment, quand et pourquoi ces interactions se produisent.
Pour réaliser cette review, l'auteur a utilisé une base de données électroniques : BIOSIS en se focalisant sur les publications publiées entre 1993 et 2004. Après une recherche par mots-clés, puis un tri scrupuleux des articles d'intérêt, il a conservé 61 études qui fournissent la preuve d'interactions de facilitation entre des EEE et des espèces natives.
La facilitation des espèces natives par des EEE existe donc bel et bien et ce, dans des écosystèmes très divers.
Comment ? Par le biais d'interactions directes qui peuvent passer par la modification, la création ou le remplacement d'un habitat, par l'apport de substituts alimentaires avec l'enrichissement en nutriments du milieu, la diversification de la nourriture ou la possibilité d'être un nouvel hôte, ou encore par la pollinisation de plantes natives. Par le biais d'interactions indirectes comme le relâchement de la compétition ou le relâchement de la prédation (EEE diminue population compétiteurs ou prédateurs natifs, augmentant indirectement la population des compétiteurs inférieurs ou des proies natifs).
Quand ? Ces interactions se mettent en place quand les EEE fournissent des ressources limitantes, ou augmentent la complexité du milieu (refuge), ou remplacent des espèces natives tant dans l'occupation de la niche écologique que dans la réalisation de leur rôle fonctionnel, ou encore fournissent une échappatoire significative aux prédateurs ou aux compétiteurs.
Pourquoi ? Trois scénarios qui sont, du plus au moins fréquent dans la littérature : 1- Une nouvelle facilitation qui se met en place lorsqu'une espèce invasive a une fonction totalement nouvelle dans un écosystème comparée aux espèces natives (nourriture, habitat...). 2- Une facilitation substitutive lorsque l'EEE remplace fonctionnellement une espèce native elle-même facilitatrice mais en train de disparaître du milieu (moins compétitrice que l'EEE ou non-adaptations aux changements climatiques). 3- Une facilitation indirecte lorsqu'un compétiteur, un prédateur, ou encore un parasite... natif voit sa population diminuer à cause d'une EEE et que cette chute augmente la population du compétiteur inférieur, de la proie, ou de l'hôte...natif associé dans l'interaction.
Les interactions facilitatrices peuvent : avoir des effets en cascade sur les réseaux trophiques, restructurer des communautés, conduire à des adaptations évolutives, ou encore impacter tous les différents types d'interaction présente dans l'écosystème. Les EEE n'impactent donc pas uniquement de façon négative les espèces natives et de manière plus générale, les écosystèmes qu'elles envahissent. Les EEE sont d'ailleurs parfois utilisées par l'homme pour la gestion et la conservation des écosystèmes (contrôle biologique, restauration des forêts). Dans ce cas, des études prenant en compte à la fois les impacts négatifs et les positifs sont absolument nécessaires pour réussir à déterminer le plus justement possible la balance coût/bénéfice.
L'étude a été réalisée sur une seule base de données (BIOSIS) et en prenant en compte uniquement les travaux de 1993 à 2004 (date du début de l'étude). Le choix de l'année 1993 n'a pas été justifié. Est-ce la date reconnue comme étant le début des travaux plus objectifs/complets sur les EEE (aspects positifs comme négatifs)? Ou simplement une date choisie arbitrairement? Quoiqu'il en soit, l'utilisation d'une seule base de données ne constitue pas, à mon sens, un manque de rigueur puisque cette étude répond à sa problématique en s'appuyant sur un nombre d'articles conséquent. Cela permet à l'auteur de recouper les informations/éléments de preuves qu'il avance et ainsi donner de la robustesse à ses réponses.
Cette review recense des preuves de l'ampleur des phénomènes lié à une interaction à laquelle on ne pense pas toujours : La facilitation des espèces natives par les EEE. C'est une review nécessaire car les EEE sont souvent définies que par les dommages qu'elles causent. Cependant, l'auteur insiste sur le fait que, bien que la large répartition et la diversité des facilitations par les EEE sont ici mises en avant, cette review ne permet pas de donner la force de ces facilitations, relative aux forces des autres interactions (compétition, prédation,..), dans les invasions et leurs impacts. Seules des analyses plus poussées et au cas par cas pourraient permettre de livrer une vision juste de la balance coûts/bénéfices d'une EEE au sein d'un écosystème en prenant en compte les aspects écologiques, économiques et de santé humaine et animale. Cette review fournie des éléments de base, à approfondir pour avoir une réelle utilité dans la gestion, mais favorable à ce qu'elle soit au cas par cas.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.