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Titre de l'article :

Transcriptome, séquençage génétique et divergence de microARN justifient la spéciation sympatrique chez le rat-taupe, Spalax.


Introduction à l'article :

Les auteurs de l'article étudient le génome de deux populations de rat-taupes vivant dans la même zone géographique (située en Israël) mais exploitant des milieux différents. Les rat-taupes sont des animaux fouisseurs qui vivent dans le sous-sol, dans le cas de nos deux populations, l'une préfère le sol basaltique et l'autre le sol crayeux. Des précédentes études basées sur l'analyse de l'ADN mitochondrial ont mis en avant le début d'une spéciation sympatrique causé par ces différences écologiques. Ici, les auteurs utilisent des méthodes de transcriptome et de séquençage de l'ARN pour conforter ces observations. Ce qui est intéressant, c'est qu'avec ces nouvelles analyses ils ont découvert que la divergence entre les deux populations n'était pas seulement due aux types d'écologie mais était aussi lié à l'expression du génome. Il apparait que l’expression des gènes est différente entre les deux populations conduisant à une isolation reproductrice.

Expériences de l'article :

Les principales expériences réalisées sont des analyses sur les séquences génétiques des deux populations. L'ADN mitochondrial et nucléaire ayant déjà été analysées dans de précédentes études, celle-ci s'est concentrée sur le séquençage de l'ARN (transcriptome). Les séquençages ont ensuite été soumis à différents tests statistiques sur lesquels les auteurs s'appuient pour présenter leur résultats.

Résultats de l'article :

Les analyses génétiques montrent une divergence des deux populations. Le milieu crayeux est un environnement où on y trouve peu de ressources et où la température est élevé. Ce stress important conduit à obtenir des populations plus petites et éparses dans ce milieu. Cela induit une plus grande force de sélection et donc une plus grande diversité génétique. Les analyses d’estimation d’ancêtres montrent qu’il y a un flow génique faible entre les deux populations. Les petites parties du génome qui divergent (DEG) correspondent à des gènes nécessaires au développement des cellules (ZGLP1 et APLP2) ce qui suggère que ces DEG jouent un rôle dans l’isolation reproductrice. Au niveau de la séquence ARN, les analyses montrent que le codon miR-184 est exclusif à la population du milieu crayeux. Celui-ci joue un rôle dans la prolifération et la différenciation des cellules neurales. En somme, ces divergences biologiques traduisent les effets d'une spéciation conduisant à la formation de deux espèces.

Rigueur de l'article :

De manière général l'article est bien écrit, il s'inscrit dans la continuité de précédents travaux sur le même sujet.

Ce que cet article apporte au débat :

L'apparition de nouvelles espèces est un processus tout aussi difficile à cerner que d'en donner la définition. Ici, l'article nous donne un exemple de processus de spéciation au sein d'une population de mammifère. Il permet également de nous montrer comment une barrière reproductrice peut se mettre en place. Dans le cas des rat-taupes celle-ci n'est pas encore fixée mais les divergences écologiques dans les deux communautés ont réduit considérablement le flux génique entre les individus des deux colonies. De plus, il permet de montrer qu'en plus d'une barrière écologique, la dérive génétique qui s'effectue dans chaque communauté conduit à des mutations indépendantes et parfois très importantes physiologiquement. Cette différenciation au niveau génomique devenant considérable, on pourrait donc observer une barrière génétique se mettre en place entre les deux populations.

Publiée il y a plus de 8 ans par B. Dubois.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.