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Bien qu'ils comptent parmi les organismes vivants les plus répandus, les insectes ont reçu moins d'attention que les plantes ou les vertébrés quand il s'agit d'invasion. Les menaces qu'ils représentent sont néanmoins largement reconnues et font l'objet d'un certain nombre de publications. Ce papier passe en revue de 403 articles s’intéressant aux impacts de 72 espèces d'insectes invasives publiés entre 1970 et 2008, en les classant selon leur rôle fonctionnel dans l'écosystème : herbivores, prédateurs, parasitoïdes ou pollinisateurs.
Effets des herbivores :
Les principaux herbivores invasifs étudiés sont Adelges piceae et A. tsugae, deux pucerons originaires d'Europe, introduits accidentellement en Amérique du Nord et responsables du déclin respectivement du sapin de Fraser (Abies fraseri) et de deux conifères du genre Tsuga (Tsuga canadensis et T. caroliniana). Cette altération des communautés floristiques modifie l'exposition au vent dans certaines zones et provoque la mort indirecte de nombreux autres arbres comme l'épinette rouge (Picea rubens). Cela provoque également des effets indirects sur la composition faunistique de cet environnement, avec le déclin de nombreuses espèces d'oiseaux nicheurs dans ces arbres, ainsi que de grands mammifères comme les rennes.
Effets des prédateurs ;
La coccinelle asiatique Harmonia axyridis et la coccinnelle à 7 points d'Europe Coccinella septempunctata, introduites en Amérique du Nord, sont des prédateurs intra-guildes très voraces : en effet, il a été montré que leurs larves respectives se nourrissent des larves des coccinelles indigènes et les remplacent dans l’écosystème. En outre, leur voracité conduit également à la réduction de la disponibilité des proies pour les espèces indigènes, qui voient alors leur nombre décroître. Néanmoins, les prédateurs invasifs les plus documentés sont les fourmis. On peut notamment citer l'exemple de Anoplolepis gracilipes, originaire d'Asie et d'Afrique qui a envahi l'ile Christmas, qui a fait chuter les populations de crabes rouges (Gecarcoidea natalis) endémiques de cette île, augmentant alors indirectement le nombres d'arbres et de buissons (dont les crabes sur nourrissaient) sur l'île. Enfin, les moustiques sont également très étudiés : certaines espèces invasives du genre Culex sont connues pour avoir dévaster les populations d'oiseaux à Hawaii et en Nouvelle-Zélande car ils sont vecteurs de la malaria aviaire.
Effets des parasitoïdes :
La propagation du lépidoptère invasif Lymantria dispar en Amérique du Nord a nécessité l'implantation volontaire de Compsilura concinnata, un diptère parasitoïde pour réguler sa population. Ce parasitoïde est plutôt généraliste et peut parasiter de nombreux lepidoptères mais aussi des hyménoptères ou des coléoptères. Il est impliqué dans le déclin de nombreuses espèces de papillons de nuit depuis son introduction en Amérique du Nord en 1906. Autre exemple de parasitoïde introduit pour contrôler une espèce : l'hyménoptère Lysiphlebus testaceipes, introduit en région méditerranéenne pour contrôler les populations de pucerons Aphis spiraecola, est devenu également le parasitoïde d'autres pucerons, remplaçant ainsi deux espèces congénériques indigènes L. fabarum et L. confuses.
Effet des pollinisateurs :
Les espèces de bourdon du genre Bombus sont de très importants pollinisateurs invasifs, notamment B. terrestris originaire d'Europe qui semble avoir remplacé des espèces d'abeilles indigènes en Tasmanie. Il a aussi été montré que des colonies commerciales de Bombus transportaient des pathogènes qu'ils transmettaient ensuite aux espèces indigènes, provoquant alors leur déclin.
Rigueur de la review :
On dénombre seulement 72 espèces dont 54 espèces différentes étudiées dans les 403 papiers publiés depuis les années 70 sur les impacts écologiques des insectes invasifs. Ce qui ne représente qu'une infime part des insectes invasifs dans le monde (on en recensait plus de 2000 sur le seul continent Nord-Américain en 2009). Les effets en milieux forestiers sont plus documentés, probablement parce que les impacts sont plus visibles. De plus, certaines espèces sont plus surveillées que d'autres à cause de leurs impacts économiques ou sanitaires (fourmis, abeilles, moustiques). De plus, il existe un biais supplémentaire engendré par le fait que certains taxons d'insectes soient peu étudiés à cause du manque de spécialiste à l'échelles globale. L'impact positif d'espèces introduites, mais peu connues, peut donc être complètement invisible à cause de ce biais. De plus amples études sont nécessaires, sur plus de taxons.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review montre les différents impacts négatifs que peuvent avoir certains insectes invasifs, selon leur rôle dans l'écosystème (herbivores, prédateurs…) et à différents niveaux d'organisation : menace directe sur une espèce en particulier, menace indirecte sur les communautés ou sur les processus écologiques. On peut alors parler réellement d'espèces exotiques envahissantes, puisqu'au vu des différentes publications reviewées ici, la plupart de ces espèces entrent bien dans la définition actuelle d'une EEE.
Impacts écologiques d'insectes envahissants
Résumé de la review :
Bien qu'ils comptent parmi les organismes vivants les plus répandus, les insectes ont reçu moins d'attention que les plantes ou les vertébrés quand il s'agit d'invasion. Les menaces qu'ils représentent sont néanmoins largement reconnues et font l'objet d'un certain nombre de publications. Ce papier passe en revue de 403 articles s’intéressant aux impacts de 72 espèces d'insectes invasives publiés entre 1970 et 2008, en les classant selon leur rôle fonctionnel dans l'écosystème : herbivores, prédateurs, parasitoïdes ou pollinisateurs.
Effets des herbivores :
Les principaux herbivores invasifs étudiés sont Adelges piceae et A. tsugae, deux pucerons originaires d'Europe, introduits accidentellement en Amérique du Nord et responsables du déclin respectivement du sapin de Fraser (Abies fraseri) et de deux conifères du genre Tsuga (Tsuga canadensis et T. caroliniana). Cette altération des communautés floristiques modifie l'exposition au vent dans certaines zones et provoque la mort indirecte de nombreux autres arbres comme l'épinette rouge (Picea rubens). Cela provoque également des effets indirects sur la composition faunistique de cet environnement, avec le déclin de nombreuses espèces d'oiseaux nicheurs dans ces arbres, ainsi que de grands mammifères comme les rennes.
Effets des prédateurs ;
La coccinelle asiatique Harmonia axyridis et la coccinnelle à 7 points d'Europe Coccinella septempunctata, introduites en Amérique du Nord, sont des prédateurs intra-guildes très voraces : en effet, il a été montré que leurs larves respectives se nourrissent des larves des coccinelles indigènes et les remplacent dans l’écosystème. En outre, leur voracité conduit également à la réduction de la disponibilité des proies pour les espèces indigènes, qui voient alors leur nombre décroître. Néanmoins, les prédateurs invasifs les plus documentés sont les fourmis. On peut notamment citer l'exemple de Anoplolepis gracilipes, originaire d'Asie et d'Afrique qui a envahi l'ile Christmas, qui a fait chuter les populations de crabes rouges (Gecarcoidea natalis) endémiques de cette île, augmentant alors indirectement le nombres d'arbres et de buissons (dont les crabes sur nourrissaient) sur l'île. Enfin, les moustiques sont également très étudiés : certaines espèces invasives du genre Culex sont connues pour avoir dévaster les populations d'oiseaux à Hawaii et en Nouvelle-Zélande car ils sont vecteurs de la malaria aviaire.
Effets des parasitoïdes :
La propagation du lépidoptère invasif Lymantria dispar en Amérique du Nord a nécessité l'implantation volontaire de Compsilura concinnata, un diptère parasitoïde pour réguler sa population. Ce parasitoïde est plutôt généraliste et peut parasiter de nombreux lepidoptères mais aussi des hyménoptères ou des coléoptères. Il est impliqué dans le déclin de nombreuses espèces de papillons de nuit depuis son introduction en Amérique du Nord en 1906. Autre exemple de parasitoïde introduit pour contrôler une espèce : l'hyménoptère Lysiphlebus testaceipes, introduit en région méditerranéenne pour contrôler les populations de pucerons Aphis spiraecola, est devenu également le parasitoïde d'autres pucerons, remplaçant ainsi deux espèces congénériques indigènes L. fabarum et L. confuses.
Effet des pollinisateurs :
Les espèces de bourdon du genre Bombus sont de très importants pollinisateurs invasifs, notamment B. terrestris originaire d'Europe qui semble avoir remplacé des espèces d'abeilles indigènes en Tasmanie. Il a aussi été montré que des colonies commerciales de Bombus transportaient des pathogènes qu'ils transmettaient ensuite aux espèces indigènes, provoquant alors leur déclin.
On dénombre seulement 72 espèces dont 54 espèces différentes étudiées dans les 403 papiers publiés depuis les années 70 sur les impacts écologiques des insectes invasifs. Ce qui ne représente qu'une infime part des insectes invasifs dans le monde (on en recensait plus de 2000 sur le seul continent Nord-Américain en 2009). Les effets en milieux forestiers sont plus documentés, probablement parce que les impacts sont plus visibles. De plus, certaines espèces sont plus surveillées que d'autres à cause de leurs impacts économiques ou sanitaires (fourmis, abeilles, moustiques). De plus, il existe un biais supplémentaire engendré par le fait que certains taxons d'insectes soient peu étudiés à cause du manque de spécialiste à l'échelles globale. L'impact positif d'espèces introduites, mais peu connues, peut donc être complètement invisible à cause de ce biais. De plus amples études sont nécessaires, sur plus de taxons.
Cette review montre les différents impacts négatifs que peuvent avoir certains insectes invasifs, selon leur rôle dans l'écosystème (herbivores, prédateurs…) et à différents niveaux d'organisation : menace directe sur une espèce en particulier, menace indirecte sur les communautés ou sur les processus écologiques. On peut alors parler réellement d'espèces exotiques envahissantes, puisqu'au vu des différentes publications reviewées ici, la plupart de ces espèces entrent bien dans la définition actuelle d'une EEE.
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