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Les aires marines protégées augmentent la stabilité temporelle structurale des communautés, mais pas la densité ou la diversité des communautés tropicales poissons-herbiers marins
Introduction à l'article :
L'efficacité générale des aires marines protégées (AMPs) étant questionnée, la réponse dépend en partie des études menées sur des zones géographiques et habitats peu étudiés tels que les herbiers marins en Tanzanie. La capacité des AMPs à augmenter la biodiversité locale, soit également le nombre de réponses possibles aux perturbations environnementales, induirait une augmentation de la stabilité temporelle des écosystèmes, et donc de la résilience de ces derniers face aux changements climatiques. Dans les régions tropicales, la mousson est un phénomène climatique impactant les communautés de poissons, notamment en modifiant la qualité et la superficie de leur habitat (effet indirect). En outre, ces effets sont susceptibles d'augmenter avec le changement des conditions météorologiques. Ainsi, cette étude cherche à étudier un potentiel effet tampon des AMPs sur les effets saisonniers directs et indirects de la mousson dans des communautés de poissons associées aux herbiers marins.
Expériences de l'article :
Quatre sites ont été échantillonnés sur 3 saisons (sèche ; pluies modérées ; fortes pluies) dans l'archipel de Zanzibar en Tanzanie entre 2014-2015: deux sites protégés et deux en libre-accès pour la pêche, dont les conditions environnementales (exposition au vagues, distance jusqu'au récif) sont les plus semblables. Les données collectées sont des observations menées sous l'eau par un même observateur, le long d'un transect de 25m (111 transects au total), qui va identifier et compter les poissons 'gros/mobiles' d'une part, puis 'petits/peu mobiles' d'autre part. Les individus au niveau du transect ont été identifiés au rang spécifique quand cela était possible, et leur taille a été estimée au 5èmecm près. Enfin, les poissons ont été catégorisés selon 3 classes d'âge : juvéniles, subadultes et adultes. De plus, six quadrats de 0.25m² ont été placés le long de chaque transect afin d'estimer le pourcentage de sol occupé par les herbiers marins ainsi que d'autres organismes sessiles.
Résultats de l'article :
Au total, 116 taxa ont été répertoriés, dont 114 définis au rang spécifique. Quelque soit le site, les espèces herbivores sont prédominantes, et la structure en âge des poissons est légèrement dominée par les subadultes, puis les adultes et les juvéniles. La richesse spécifique et la densité ne sont pas influencées par les AMPs ou les saisons. De même, il n'y a pas d'effets directs, ni indirects (i.e. liés à l'habitat) des saisons sur la densité (par classes et toutes classes comprises) au sein des sites protégés. Au contraire, les sites non protégés sont indirectement impactés, globalement (i.e toutes classes d'âges comprises), par les saisons. Ces dernières et la gestion de l'habitat ont un effet statistiquement significatif et indépendant sur la structure de la communauté, en terme d'espèces plus abondantes selon la gestion ou selon les saisons. En outre, les AMPs augmentent la stabilité temporelle structurale de la communauté pour les classes de juvéniles et d'adultes uniquement.
Rigueur de l'article :
La méthodologie de cet article me semble peu rigoureuse. En effet, ils échantillonnent sous la justification d'un 'protocole standard dans les récifs tropicaux' or, ce n'est pas parce que la méthode a fréquemment été utilisée qu'elle est 1) bonne et pertinente, 2) bien réalisée. De plus, ils précisent qu'ils peuvent comparer leur résultats avec de précédentes études, or il peut y avoir de la variabilité inter-annuelle mais aussi de la variance du à l'effet de l'AMP (d'autant plus que l'étude n'est menée que sur 1 an). Il aurait peut-être été pertinent de travailler sur deux années afin de prendre en compte un minimum de variabilité inter-annuelle. En outre, il n'y a qu'un seul observateur faisant toutes les mesures par observations, sous l'eau, sans prendre de photos ce qui pourrait déjà diminuer le risque d'erreur d'identification. Toutes ces remarques sous-entendent que ces résultats doivent être exploités avec parcimonie et un certain regard critique.
Ce que cet article apporte au débat :
Ces résultats indiquent que les AMPs ne semblent pas être efficace dans un objectif de conservation des écosystèmes marins : ravitaillement des stocks et augmentation de la biodiversité. De plus, ici, les aires marines protégées n'augmentent globalement pas la stabilité temporelle structurale de la communauté totale, mais elles l'augmentent pour les juvéniles et les adultes. De plus, dans un environnement perturbé (i.e. mousson), les AMPs ont bien un effet tampon, puisque la densité n'est pas impactée contrairement aux sites non protégés. Cet article apporte ainsi un avis partagé sur l'efficacité des AMPs, et révèle l'importance de tenir compte des différentes classes d'âges auxquelles appartiennent les individus, afin de mettre en place des plans de gestion plus efficaces, notamment dans un contexte de changement climatique.
Remarques sur l'article :
Cet article manque de rigueur dans sa réalisation, c'est-à-dire autant sur la forme que sur le fond. En effet, les résultats semblent parfois contradictoires, notamment sur l'effet des saisons, et les explications sont peu claires ou mal organisées. En outre, les auteurs indiquent dans leur titre que les AMPs augmentent la stabilité temporelle de la structures de ces communautés, mais sur la population totale, ce n'est pas le cas. Ils présentent un manque de conformité entre leur matériel et méthodes et leur résultats où ils annoncent des mesures dont ils ne parlent pas directement dans les résultats (e.g tailles des poissons, le pourcentage de sol couvert par les herbiers marins). Ils parlent brièvement des effets indirects en lien avec le couvert mais sans le comparer globalement entre sites, c'est-à-dire en terme d'abondance relative, ce qui pourrait aussi être intéressant.
Publiée il y a plus de 8 ans
par
L. Heitzmann.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Les aires marines protégées augmentent la stabilité temporelle structurale des communautés, mais pas la densité ou la diversité des communautés tropicales poissons-herbiers marins
Introduction à l'article :
L'efficacité générale des aires marines protégées (AMPs) étant questionnée, la réponse dépend en partie des études menées sur des zones géographiques et habitats peu étudiés tels que les herbiers marins en Tanzanie. La capacité des AMPs à augmenter la biodiversité locale, soit également le nombre de réponses possibles aux perturbations environnementales, induirait une augmentation de la stabilité temporelle des écosystèmes, et donc de la résilience de ces derniers face aux changements climatiques. Dans les régions tropicales, la mousson est un phénomène climatique impactant les communautés de poissons, notamment en modifiant la qualité et la superficie de leur habitat (effet indirect). En outre, ces effets sont susceptibles d'augmenter avec le changement des conditions météorologiques. Ainsi, cette étude cherche à étudier un potentiel effet tampon des AMPs sur les effets saisonniers directs et indirects de la mousson dans des communautés de poissons associées aux herbiers marins.
Quatre sites ont été échantillonnés sur 3 saisons (sèche ; pluies modérées ; fortes pluies) dans l'archipel de Zanzibar en Tanzanie entre 2014-2015: deux sites protégés et deux en libre-accès pour la pêche, dont les conditions environnementales (exposition au vagues, distance jusqu'au récif) sont les plus semblables. Les données collectées sont des observations menées sous l'eau par un même observateur, le long d'un transect de 25m (111 transects au total), qui va identifier et compter les poissons 'gros/mobiles' d'une part, puis 'petits/peu mobiles' d'autre part. Les individus au niveau du transect ont été identifiés au rang spécifique quand cela était possible, et leur taille a été estimée au 5èmecm près. Enfin, les poissons ont été catégorisés selon 3 classes d'âge : juvéniles, subadultes et adultes. De plus, six quadrats de 0.25m² ont été placés le long de chaque transect afin d'estimer le pourcentage de sol occupé par les herbiers marins ainsi que d'autres organismes sessiles.
Au total, 116 taxa ont été répertoriés, dont 114 définis au rang spécifique. Quelque soit le site, les espèces herbivores sont prédominantes, et la structure en âge des poissons est légèrement dominée par les subadultes, puis les adultes et les juvéniles. La richesse spécifique et la densité ne sont pas influencées par les AMPs ou les saisons. De même, il n'y a pas d'effets directs, ni indirects (i.e. liés à l'habitat) des saisons sur la densité (par classes et toutes classes comprises) au sein des sites protégés. Au contraire, les sites non protégés sont indirectement impactés, globalement (i.e toutes classes d'âges comprises), par les saisons. Ces dernières et la gestion de l'habitat ont un effet statistiquement significatif et indépendant sur la structure de la communauté, en terme d'espèces plus abondantes selon la gestion ou selon les saisons. En outre, les AMPs augmentent la stabilité temporelle structurale de la communauté pour les classes de juvéniles et d'adultes uniquement.
La méthodologie de cet article me semble peu rigoureuse. En effet, ils échantillonnent sous la justification d'un 'protocole standard dans les récifs tropicaux' or, ce n'est pas parce que la méthode a fréquemment été utilisée qu'elle est 1) bonne et pertinente, 2) bien réalisée. De plus, ils précisent qu'ils peuvent comparer leur résultats avec de précédentes études, or il peut y avoir de la variabilité inter-annuelle mais aussi de la variance du à l'effet de l'AMP (d'autant plus que l'étude n'est menée que sur 1 an). Il aurait peut-être été pertinent de travailler sur deux années afin de prendre en compte un minimum de variabilité inter-annuelle. En outre, il n'y a qu'un seul observateur faisant toutes les mesures par observations, sous l'eau, sans prendre de photos ce qui pourrait déjà diminuer le risque d'erreur d'identification. Toutes ces remarques sous-entendent que ces résultats doivent être exploités avec parcimonie et un certain regard critique.
Ces résultats indiquent que les AMPs ne semblent pas être efficace dans un objectif de conservation des écosystèmes marins : ravitaillement des stocks et augmentation de la biodiversité. De plus, ici, les aires marines protégées n'augmentent globalement pas la stabilité temporelle structurale de la communauté totale, mais elles l'augmentent pour les juvéniles et les adultes. De plus, dans un environnement perturbé (i.e. mousson), les AMPs ont bien un effet tampon, puisque la densité n'est pas impactée contrairement aux sites non protégés. Cet article apporte ainsi un avis partagé sur l'efficacité des AMPs, et révèle l'importance de tenir compte des différentes classes d'âges auxquelles appartiennent les individus, afin de mettre en place des plans de gestion plus efficaces, notamment dans un contexte de changement climatique.
Cet article manque de rigueur dans sa réalisation, c'est-à-dire autant sur la forme que sur le fond. En effet, les résultats semblent parfois contradictoires, notamment sur l'effet des saisons, et les explications sont peu claires ou mal organisées. En outre, les auteurs indiquent dans leur titre que les AMPs augmentent la stabilité temporelle de la structures de ces communautés, mais sur la population totale, ce n'est pas le cas. Ils présentent un manque de conformité entre leur matériel et méthodes et leur résultats où ils annoncent des mesures dont ils ne parlent pas directement dans les résultats (e.g tailles des poissons, le pourcentage de sol couvert par les herbiers marins). Ils parlent brièvement des effets indirects en lien avec le couvert mais sans le comparer globalement entre sites, c'est-à-dire en terme d'abondance relative, ce qui pourrait aussi être intéressant.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.