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Des arbres, des oiseaux et des abeilles sur l'île Maurice : compétition par exploitation entre des abeilles mellifères introduites et des oiseaux nectarivores endémiques.
Introduction à l'article :
La grande capacité de pollinisation des abeilles de l'espèce Apis mellifera n'est plus à démontrer. Elles sont également d'excellents producteurs de miel. Elles présentent donc un intérêt économique certain, ce qui les a amené à être volontairement introduites dans le monde entier. Cependant, l'introduction d'un pollinisateur exogène dans un nouveau milieu peut poser plusieurs problèmes : une pollinisation moins efficace que celle perpétrée par les espèces natives, et une perturbation des interactions entre plantes et pollinisateurs natifs. Cette étude se propose d'apporter des éléments de réponse sur les potentiels impacts de la présence de A. mellifera dans les interactions plantes-pollinisateurs sur l'île Maurice, en tentant de répondre aux deux questions suivantes :
(1) La présence de A. mellifera interfère-t-elle dans les interactions plantes-pollinisateurs de l'île?
(2) Si oui, sa pollinisation est elle moins efficace que celle perpétrée par les espèces autochtones ?
Expériences de l'article :
Le site d'étude est situé sur un plateau forestier culminant à 660m au dessus du niveau de la mer, au sud-ouest de l'île Maurice. Deux espèces végétales sont prises en considération ici : Sideroxylon cinereum et S. puberulu, deux espèces dioïques (les sexes sont séparés, certains individus portent des fleurs mâles tandis que d'autres portent des fleurs femelles), à caractère buissonnant ou arbustif. La pollinisation se fait principalement par deux oiseaux : l'oiseau-lunette gris (Zosterops borbonicus) et le Zostérops vert de Maurice (Zosterops chloronothos), ainsi que par A. mellifera, introduite sur l'île il y a 300 ans.
L'activité de nutrition par les pollinisateurs a été enregistrée et traduite en taux de visite.
L'efficacité de la pollinisation a été obtenue en comparant la production de fruits d'individus témoins accessibles par les oiseaux comme par les abeilles, à la production de fruits d'individus uniquement accessibles par les abeilles.
Résultats de l'article :
Les oiseaux commencent à visiter les fleurs très tôt dans la journée mais le nombre de fleurs visitées par unité de temps diminue à mesure que l'on avance dans la journée et que les abeilles arrivent sur le site d'étude : on passe d'un arbre visité toutes les 15 minutes à un arbre toutes les 30 à 40 minutes. Il y a donc exclusion compétitive pour les ressources des oiseaux par les abeilles. De plus, les abeilles semblent être des pollinisateurs moins efficaces que les oiseaux : chaque abeille se nourrit du nectar d'une fleur, puis passe à la fleur voisine (du même plant) mais ne change que très rarement d'individu. Or, chaque plant étant monoïque, il lui est impossible d'être fécondé de cette façon.
Il s'avère donc que (1) A. mellifera interfère dans les relations plantes-pollinisateurs existantes sur l'île, en excluant les oiseaux et (2) A. mellifera est un pollinisateur moins efficace, pouvant à terme mener au déclin des populations de Sideroxylon cinereum et S. puberulu.
Rigueur de l'article :
Le principal point négatif de cette étude est l'absence de situation de contrôle : il n'existe pas sur l'île de zone où les abeilles sont absentes. Il est alors difficile d'estimer réellement l'impact de A. mellifera sur les pollinisateurs et sur les plantes elle-mêmes.
Ce que cet article apporte au débat :
On se rend compte ici que le cas de A. mellifera est particulièrement complexe au sein des espèces exotiques envahissantes. Elle est le plus souvent considérée comme bénéfique, d'abord d'un point de vue économique mais aussi écologique (leur organisation et leur grand nombre en fait des pollinisateurs particulièrement efficaces, pouvant remplacer des pollinisateurs indigènes déjà en déclin tout en conservant, voire en améliorant, leur fonction de pollinisation). Dans cette étude, il a été montré qu'elles ont plutôt des effets négatifs sur la faune et la flore locale, ce qui peut s'avérer critique en contexte insulaire, où la faible abondance des individus rend ces derniers particulièrement fragiles. A. mellifera requiert donc une gestion différente selon la localisation dans laquelle elle est introduite.
Des arbres, des oiseaux et des abeilles sur l'île Maurice : compétition par exploitation entre des abeilles mellifères introduites et des oiseaux nectarivores endémiques.
Introduction à l'article :
La grande capacité de pollinisation des abeilles de l'espèce Apis mellifera n'est plus à démontrer. Elles sont également d'excellents producteurs de miel. Elles présentent donc un intérêt économique certain, ce qui les a amené à être volontairement introduites dans le monde entier. Cependant, l'introduction d'un pollinisateur exogène dans un nouveau milieu peut poser plusieurs problèmes : une pollinisation moins efficace que celle perpétrée par les espèces natives, et une perturbation des interactions entre plantes et pollinisateurs natifs. Cette étude se propose d'apporter des éléments de réponse sur les potentiels impacts de la présence de A. mellifera dans les interactions plantes-pollinisateurs sur l'île Maurice, en tentant de répondre aux deux questions suivantes :
(1) La présence de A. mellifera interfère-t-elle dans les interactions plantes-pollinisateurs de l'île?
(2) Si oui, sa pollinisation est elle moins efficace que celle perpétrée par les espèces autochtones ?
Le site d'étude est situé sur un plateau forestier culminant à 660m au dessus du niveau de la mer, au sud-ouest de l'île Maurice. Deux espèces végétales sont prises en considération ici : Sideroxylon cinereum et S. puberulu, deux espèces dioïques (les sexes sont séparés, certains individus portent des fleurs mâles tandis que d'autres portent des fleurs femelles), à caractère buissonnant ou arbustif. La pollinisation se fait principalement par deux oiseaux : l'oiseau-lunette gris (Zosterops borbonicus) et le Zostérops vert de Maurice (Zosterops chloronothos), ainsi que par A. mellifera, introduite sur l'île il y a 300 ans.
L'activité de nutrition par les pollinisateurs a été enregistrée et traduite en taux de visite.
L'efficacité de la pollinisation a été obtenue en comparant la production de fruits d'individus témoins accessibles par les oiseaux comme par les abeilles, à la production de fruits d'individus uniquement accessibles par les abeilles.
Les oiseaux commencent à visiter les fleurs très tôt dans la journée mais le nombre de fleurs visitées par unité de temps diminue à mesure que l'on avance dans la journée et que les abeilles arrivent sur le site d'étude : on passe d'un arbre visité toutes les 15 minutes à un arbre toutes les 30 à 40 minutes. Il y a donc exclusion compétitive pour les ressources des oiseaux par les abeilles. De plus, les abeilles semblent être des pollinisateurs moins efficaces que les oiseaux : chaque abeille se nourrit du nectar d'une fleur, puis passe à la fleur voisine (du même plant) mais ne change que très rarement d'individu. Or, chaque plant étant monoïque, il lui est impossible d'être fécondé de cette façon.
Il s'avère donc que (1) A. mellifera interfère dans les relations plantes-pollinisateurs existantes sur l'île, en excluant les oiseaux et (2) A. mellifera est un pollinisateur moins efficace, pouvant à terme mener au déclin des populations de Sideroxylon cinereum et S. puberulu.
Le principal point négatif de cette étude est l'absence de situation de contrôle : il n'existe pas sur l'île de zone où les abeilles sont absentes. Il est alors difficile d'estimer réellement l'impact de A. mellifera sur les pollinisateurs et sur les plantes elle-mêmes.
On se rend compte ici que le cas de A. mellifera est particulièrement complexe au sein des espèces exotiques envahissantes. Elle est le plus souvent considérée comme bénéfique, d'abord d'un point de vue économique mais aussi écologique (leur organisation et leur grand nombre en fait des pollinisateurs particulièrement efficaces, pouvant remplacer des pollinisateurs indigènes déjà en déclin tout en conservant, voire en améliorant, leur fonction de pollinisation). Dans cette étude, il a été montré qu'elles ont plutôt des effets négatifs sur la faune et la flore locale, ce qui peut s'avérer critique en contexte insulaire, où la faible abondance des individus rend ces derniers particulièrement fragiles. A. mellifera requiert donc une gestion différente selon la localisation dans laquelle elle est introduite.
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