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Introduction: Biologie des Populations, Évolution et Contrôle des Espèces Envahissantes
Résumé de la review :
Les auteurs analysent le rôle de la biologie des populations dans la compréhension des mécanismes d’invasion et des caractéristiques d’une EEE dans un souci de gestion de celles-ci. En effet, les EEE sont confrontées à un nouvel environnement entrainant de la compétition entre EEE et espèces natives notamment pour les niches écologiques. Elles sont actuellement désignées comme la deuxième menace après la fragmentation de l’habitat.
En génétique des populations, un grand nombre de fondateurs réduit le goulot d’étranglement ce qui permet une variabilité génétique plus grande au sein de la population qui s’installe mais également de réduire l’effet de la dérive génétique et de la consanguinité. Ainsi, une population nouvellement établie, qui est composée d’un nombre de colons initiaux souvent faible, est susceptible d'être beaucoup moins diversifiée sur le plan génétique que la population dont elle provient. Alors, pourquoi l’effet du goulot d’étranglement sur les populations d’EEE n’a pas empêché leur établissement et la colonisation de la zone d’introduction ?
L’une des solutions proposée par l’auteur à ces paradoxes génétiques repose sur le fait que de nombreuses EEE ne sont pas autant appauvries génétiquement que ce que l’on pense, reposant sur l'effet fortement observé de la pression des propagules sur le caractère envahissant des espèces. La pression de propagation comprend à la fois le nombre d'individus introduits et le nombre d'événements de libération.
De plus, les EEE de par leur introduction, ne sont pas forcément régulées par la présence d’un prédateur. Ainsi, les EEE ont la plupart du temps une meilleure croissance et un meilleur taux de reproduction que les espèces indigènes. Par ailleurs, la performance à court terme des espèces indigènes est réduite dans le milieu, dû à des adaptations à long terme s’appliquant lors d’évènements de perturbations extrêmes. Les EEE sont donc plus compétitives du fait de leur adaptation locale à court terme.
Ils présentent les étapes, constituant le schéma d'une invasion, en deux étapes majeures, d'une part, l'établissement de l'espèce non-native et d'autre part, sa propagation et le remplacement des espèces indigènes. Ces deux étapes sont basées sur des principes génétiques de prédiction traduisant le potentiel invasif d'une espèce non-native mais sont également étroitement liées à des techniques de gestion.
Les auteurs ont écrit une section spéciale proposant une méta-analyse de 6 articles mettant en avant l’aspect controversé et lourdement critiqué du concept des EEE et de leur gestion. Il existe notamment de nombreux malentendus au sein des médias, du grand public et au sein même de la communauté scientifique. Une atténuation de ces malentendus a été observée lors de l’implication économique d’une EEE. Certains auteurs notamment Simberloff, Lodge et Shrader-Frechette prône une politique de non-tolérance vis à vis des EEE. Simberloff propose d'exploiter la période de latence entre l'introduction des EEE et leur propagation pour appliquer une politique d'éradication.
Au contraire, des auteurs comme Rosenzweig[1] et Sagoff se placent à la frontière de cette controverse. Rosenzweig [1] admet que les EEE peuvent réduire la diversité mais soutient que l'évolution peut compenser ces pertes. Sagoff, quant à lui, témoigne de la confusion régnant autour de la définition non uniforme d'une EEE comparée à celle d'une espèce indigène.
Le positionnement vis à vis de la lutte biologique est également très controversé. Strong et Pemberton prennent parti pour un contrôle précautionneux des EEE par leurs ennemis naturels.
Au contraire, pour Louda et al., la lutte biologique impacte directement les espèces indigènes qui sont apparentées à l’espèce EEE mais aussi celles se trouvant dans la même guilde écologique que l’agent de lutte biologique.
La conclusion générale de cet article repose sur une utilisation plus importante de la génétique dans l’élaboration des plans d’action et de contrôle.
Rigueur de la review :
Cet article présente clairement dans sa dernière partie, la controverse qui règne sur le sujet des EEE et de leur gestion.
Ce que cette review apporte au débat :
Cet article propose d'étudier de manière plus importante les traits d’histoire de vie des EEE afin de voir d'une part, quelles espèces peuvent devenir invasives mais également d'identifier les niveaux critiques de contrôle pour gérer de manière efficace les EEE.
Il est proposé par l’auteur d’identifier des points de régulation plutôt que des points d’éradication.
Selon l'auteur, il est également nécessaire d’étudier les interactions afin de voir la sensibilité des écosystèmes à l’invasion mais aussi d’identifier les EEE clés dans le but de prédire les effets de l'invasion.
Remarques sur la review :
Lodge, D. M., & Shrader‐Frechette, K. (2003). Nonindigenous species: ecological explanation, environmental ethics, and public policy. Conservation Biology, 17(1), 31-37.
Louda, S. M., Kendall, D., Connor, J., & Simberloff, D. (1997). Ecological effects of an insect introduced for the biological control of weeds. Science, 277(5329), 1088-1090.
Sagoff, M. 2000. Why exotic species are not as bad as we fear. Chronicle of Higher Education 23 June: B7.
Strong, D. R., and R. W. Pemberton. 2000. Biological control of invading species: risk and reform. Science 288: 1969–1971.
Publiée il y a plus de 8 ans
par
T. Lemoine et V. Lucas.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Introduction: Biologie des Populations, Évolution et Contrôle des Espèces Envahissantes
Résumé de la review :
Les auteurs analysent le rôle de la biologie des populations dans la compréhension des mécanismes d’invasion et des caractéristiques d’une EEE dans un souci de gestion de celles-ci. En effet, les EEE sont confrontées à un nouvel environnement entrainant de la compétition entre EEE et espèces natives notamment pour les niches écologiques. Elles sont actuellement désignées comme la deuxième menace après la fragmentation de l’habitat.
En génétique des populations, un grand nombre de fondateurs réduit le goulot d’étranglement ce qui permet une variabilité génétique plus grande au sein de la population qui s’installe mais également de réduire l’effet de la dérive génétique et de la consanguinité. Ainsi, une population nouvellement établie, qui est composée d’un nombre de colons initiaux souvent faible, est susceptible d'être beaucoup moins diversifiée sur le plan génétique que la population dont elle provient. Alors, pourquoi l’effet du goulot d’étranglement sur les populations d’EEE n’a pas empêché leur établissement et la colonisation de la zone d’introduction ?
L’une des solutions proposée par l’auteur à ces paradoxes génétiques repose sur le fait que de nombreuses EEE ne sont pas autant appauvries génétiquement que ce que l’on pense, reposant sur l'effet fortement observé de la pression des propagules sur le caractère envahissant des espèces. La pression de propagation comprend à la fois le nombre d'individus introduits et le nombre d'événements de libération.
De plus, les EEE de par leur introduction, ne sont pas forcément régulées par la présence d’un prédateur. Ainsi, les EEE ont la plupart du temps une meilleure croissance et un meilleur taux de reproduction que les espèces indigènes. Par ailleurs, la performance à court terme des espèces indigènes est réduite dans le milieu, dû à des adaptations à long terme s’appliquant lors d’évènements de perturbations extrêmes. Les EEE sont donc plus compétitives du fait de leur adaptation locale à court terme.
Ils présentent les étapes, constituant le schéma d'une invasion, en deux étapes majeures, d'une part, l'établissement de l'espèce non-native et d'autre part, sa propagation et le remplacement des espèces indigènes. Ces deux étapes sont basées sur des principes génétiques de prédiction traduisant le potentiel invasif d'une espèce non-native mais sont également étroitement liées à des techniques de gestion.
Les auteurs ont écrit une section spéciale proposant une méta-analyse de 6 articles mettant en avant l’aspect controversé et lourdement critiqué du concept des EEE et de leur gestion. Il existe notamment de nombreux malentendus au sein des médias, du grand public et au sein même de la communauté scientifique. Une atténuation de ces malentendus a été observée lors de l’implication économique d’une EEE. Certains auteurs notamment Simberloff, Lodge et Shrader-Frechette prône une politique de non-tolérance vis à vis des EEE. Simberloff propose d'exploiter la période de latence entre l'introduction des EEE et leur propagation pour appliquer une politique d'éradication.
Au contraire, des auteurs comme Rosenzweig[1] et Sagoff se placent à la frontière de cette controverse. Rosenzweig [1] admet que les EEE peuvent réduire la diversité mais soutient que l'évolution peut compenser ces pertes. Sagoff, quant à lui, témoigne de la confusion régnant autour de la définition non uniforme d'une EEE comparée à celle d'une espèce indigène.
Le positionnement vis à vis de la lutte biologique est également très controversé. Strong et Pemberton prennent parti pour un contrôle précautionneux des EEE par leurs ennemis naturels.
Au contraire, pour Louda et al., la lutte biologique impacte directement les espèces indigènes qui sont apparentées à l’espèce EEE mais aussi celles se trouvant dans la même guilde écologique que l’agent de lutte biologique.
La conclusion générale de cet article repose sur une utilisation plus importante de la génétique dans l’élaboration des plans d’action et de contrôle.
Cet article présente clairement dans sa dernière partie, la controverse qui règne sur le sujet des EEE et de leur gestion.
Cet article propose d'étudier de manière plus importante les traits d’histoire de vie des EEE afin de voir d'une part, quelles espèces peuvent devenir invasives mais également d'identifier les niveaux critiques de contrôle pour gérer de manière efficace les EEE.
Il est proposé par l’auteur d’identifier des points de régulation plutôt que des points d’éradication.
Selon l'auteur, il est également nécessaire d’étudier les interactions afin de voir la sensibilité des écosystèmes à l’invasion mais aussi d’identifier les EEE clés dans le but de prédire les effets de l'invasion.
Lodge, D. M., & Shrader‐Frechette, K. (2003). Nonindigenous species: ecological explanation, environmental ethics, and public policy. Conservation Biology, 17(1), 31-37.
Louda, S. M., Kendall, D., Connor, J., & Simberloff, D. (1997). Ecological effects of an insect introduced for the biological control of weeds. Science, 277(5329), 1088-1090.
Sagoff, M. 2000. Why exotic species are not as bad as we fear. Chronicle of Higher Education 23 June: B7.
Strong, D. R., and R. W. Pemberton. 2000. Biological control of invading species: risk and reform. Science 288: 1969–1971.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.