ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Titre de l'article :

Les effets dynamiques du biocontrôle sur les écosystèmes : bénéfices ou nuisances ?


Introduction à l'article :

Les effets des agents de contrôle sur les écosystèmes sont encore peu connus. Pour lutter contre un petit d'arbuste du genre Tamarix, un biocontrôle est mis en place en utilisant l’herbivore qu'il lui est associé dans son milieu naturel. L’herbivore a pour effet de défolier spécifiquement les feuilles du Tamarix. L’approche des auteurs est de modéliser l’écosystème où le biocontrôle est mis en place. La modélisation a pour but de suivre l’effet de l’introduction de cet agent de biocontrôle sur les autres populations d’insectes – herbivores natifs et leurs prédateurs. La modélisation teste dans un premier temps l’effet du ratio de plante invasive sur le système dynamique et dans un deuxième temps, comment la défoliation provoquée par l’agent de contrôle influence l’écosystème. Pour finir, ils mesurent quelles sont les synergies entre l’environnement et le biocontrôle par défoliation.

Expériences de l'article :

La modélisation permet de comprendre l'effet de l'ajout d'un agent de contrôle sur la dynamique des autres populations d'insectes herbivores et de leurs prédateurs. Elle se base sur un écosystème réel en faisant les hypothèses de travail suivantes : 1. La plante native est la principale ressource du consommateur local (resp. pour les espèces exogènes) 2. L’habitat étant stable, le taux de plantes invasives est fixé. 3. Les feuilles de Tamarix perdues lors de la défoliation par l’agent de contrôle peuvent être consommées par les herbivores natifs. 4. Les prédateurs se nourrissent des deux herbivores (natif et exogène).
La modélisation permet alors de suivre les populations d’insectes au cours du temps en suivant un ensemble de trois équations différentielles pour les trois agents biotiques.

Résultats de l'article :

L’introduction d’un agent de contrôle dans l’écosystème peut entrainer des dynamiques complexes dont les résultats sont fonction des conditions initiales (e.g. conditions environnementales et biotiques de départ). Dans certains cas, les agents de contrôle peuvent promouvoir la biodiversité en maintenant un nouvel équilibre entre les espèces. Dans d’autres cas, les conséquences peuvent être désastreuses en éliminant les herbivores locaux ou bien les prédateurs de ceux-ci. Ensuite, les auteurs montrent que la quantité de plantes invasives initiales est l’un des éléments principaux influençant ces dynamiques complexes. L’ensemble de ces résultats sont un outil puissant de prédiction des dynamiques des écosystèmes après l’introduction d’une nouvelle espèce comme agent de contrôle.

Rigueur de l'article :

La rigueur mathématique du raisonnement mis en œuvre dans cet article permet de suivre pas à pas le raisonnement et ses conclusions. Cependant quelques approximations avouées par les auteurs laissent à nuancer les résultats qui ne sont valables qu’à court terme. D’une part, la modélisation suppose un taux constant de plantes invasives. Ceci est vrai à court terme car les agents de contrôle ne jouent que sur la défoliation de l’espèce mais beaucoup moins vrai à long terme lorsque les effets de cette défoliation pourront se faire sentir. D’autre part, le modèle ne prend pas en compte la spatialisation des processus qui peuvent influencer les dynamiques de populations.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article met en évidence la contexte dépendance des effets de la lutte biologique. La nouveauté ici est que le contexte n’est pas simplement le couple agent de contrôle, entité à contrôler et leur environnement abiotique. Ici, nous voyons que d’autres paramètres comme le niveau d’invasion de l’écosystème ou le mode d’action de l’agent de contrôle peuvent avoir des effets sur les résultats et les dynamiques. Enfin, on remarque aussi que la lutte biologique peut avoir comme conséquence un nouvel équilibre où la plante invasive est contrôlée et non éliminée et où celle-ci fait partie intégrante de l’écosystème.

Publiée il y a plus de 8 ans par R. Beugnon et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 8 ans.