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Titre de la review :

Nourrir la faune sauvage pour attirer les touristes : une synthèse des problèmes et des impacts


Résumé de la review :

L’écotourisme constitue un secteur économique de plus en plus important : il est estimé que plus de 14 milliards de dollars sont dépensés annuellement aux USA dans cette activité. En conséquence de cette demande progressive, de nombreux secteurs ont décidé de recourir au nourrissage artificiel pour s'assurer d'une rencontre entre les touristes et la faune sauvage, ou de permettre aux touristes de donner à manger aux animaux. Ce mode opératoire a plusieurs conséquences sur l'écologie de la faune sauvage.

Tout d'abord, l'apport de nourriture à un endroit modifie les comportements et les mouvements des individus. De nombreuses études ont mis en évidence que cet apport de nourriture entraînait une réduction du domaine vital, une diminution du temps passé à chasser ou à se nourrir ainsi qu'une augmentation du temps passé à la reproduction. D'autre part, on remarque des groupes d'animaux plus grands, et des espèces plus agressives, donc plus à même d'accéder à cette nourriture, près des zones de nourrissage. Ces changements ne sont pas forcément négatifs : dans de nombreux cas, la faune sauvage était déjà très dépendante des activités anthropiques. De ce fait l'apport de nourriture remplacerait juste un autre apport de nourriture, comme par exemple, les dauphins dans la Moreton Bay en Australie qui se nourrissaient déjà en grande partie des crevettes relâchées par les pêcheurs, ce qui rend très faible l'impact de l'apport de nourriture lié à l'écotourisme sur les habitudes et les mouvements des dauphins. Cependant, cette dépendance aux humains n'est pas sans conséquence . En effet, des individus dépendants peuvent perdre la capacité ou l'habitude de chercher de la nourriture par eux-mêmes. Si cet apport venait à s'arrêter du jour au lendemain, ces individus seraient en grand danger puisque leur capacité à trouver de la nourriture serait diminuée. L'apport de nourriture a aussi été utilisé avec succès dans les programmes de conservation pour renforcer les populations, comme cela a été le cas chez les vautours et le griffon en Afrique du Sud.

Néanmoins, cet apport peut avoir des effets négatifs : attraction de compétiteurs à l'espèce cible, attraction de prédateurs, ce qui entraîne une augmentation des attaques envers la faune sauvage ou les humains, et une augmentation de la taille de population de certaines proies, lié au fait que les prédateurs vont passer moins du temps à chasser dû à la présence de cet apport en nourriture. On a également observé une avancée de la date de ponte et un âge à la première reproduction plus précoce chez certaines espèces d'oiseaux en réponse à cet apport.

Un autre phénomène négatif induit par ce nourrissage est un augmentation de l'habituation à l'homme. En effet, des animaux nourris par l'homme deviennent moins méfiants envers la totalité des humains. Or, certains peuvent en profiter pour les chasser ou les blesser comme les pêcheurs qui pêchent plus facilement les poissons habitués aux humains. De plus, ces animaux habitués ont tendance à s'approcher des populations humaines et ainsi augmenter leur chance de collision mortelle avec des voitures, des avions ou des bateaux.

Enfin, l'apport de nourriture peut diminuer la santé de la faune sauvage si la nourriture n'est pas adaptée à leur régime alimentaire. Une nourriture transformée ou trop grasse peut dégrader la santé des animaux. On observe également une transmission de certains pathogènes et une diminution des soins maternels dans les populations nourries.

Rigueur de la review :

L'auteur n'est pas un écologue ou un biologiste, mais un scientifique spécialisé dans les activités touristiques (d'ailleurs le journal où a été publié cet article est Tourism Management), ce qui diminue la fiabilité de son discours sur l'impact de l'écotourisme sur les paramètres écologiques de la biodiversité.

Ce que cette review apporte au débat :

L'évaluation de l'impact du nourrissage artificiel de la faune sauvage pour attirer les animaux à un endroit précis où l'apport de nourriture par les touristes eux-mêmes est complexe et ses conséquences peuvent être positives, négatives ou neutres selon les conditions. Cependant, cet apport de nourriture altère de manière quasi-systématique le comportement et les déplacements des individus nourris et d'autres espèces des environs : l'effet négatif de ces changements dépend de la dépendance initiale des individus aux apports de nourriture par l'homme, des effets sur ses compétiteurs et ses prédateurs.

Toutefois, arrêter tout apport de nourriture n'est pas forcément une bonne idée, puisque certaines populations sont totalement dépendantes de cette nourriture, et un arrêt signifierait un grand danger pour ces populations.

En somme, l'auteur écrit à propos de l'écotourisme que "ce n'est parce que c'est amusant et parce que nous pouvons le faire, que nous devons le faire".

Remarques sur la review :

Cette review est divisée en trois parties : la première qui liste et décrit les impacts du tourisme sur les réponses écologiques de la biodiversité. La deuxième qui essaye d'expliquer de manière historique et psychologique le fait de nourrir la biodiversité et enfin la dernière partie qui liste et décrit les différents types de management qui sont effectués. Cette analyse n'a pris en compte que la première partie, car c'est la seule qui est comprise dans les limites de cette controverse.

Publiée il y a plus de 8 ans par P. Barry et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 8 ans.