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Titre de la review :

Les quatre questions : Qu'engendre l'introduction d'espèces exotiques sur la diversité?


Résumé de la review :

L’auteur reprend les mots de Slobodkin [1] au sujet du caractère « bon ou mauvais » d’une espèce et précise qu’il s’agit d’une valeur de jugement et non plus d’un raisonnement scientifique. Il met en avant le fait que la plupart des écologistes placent la perte de diversité comme une chose mauvaise, et s’attelle à présenter non plus l’EEE de manière individuelle mais d’étudier la diversité des espèces d’un système dynamique. Ainsi, l'auteur étudie de quelle manière les introductions affectent-elles la diversité des espèces ?

Il place son étude et sa réflexion à l’échelle temporelle de l’Homogocène (Gordon Orians) et à l’échelle géographique de la Nouvelle Pangée (Hal Mooney). Selon ces auteurs, nous assistons à une véritable rupture des frontières biogéographiques du fait de l’introduction de nouvelles espèces dans certaines régions en dehors de leur région d’origine. Ainsi, se pose la question du devenir de la diversité suite à la rupture de ces barrières biogéographiques.
L'absence de frontières engendre un agrandissement de l'aire de répartition ce qui pousse la diversité des espèces à augmenter presque linéairement. Ainsi, une homogénéisation du monde n’aurait pas d’impact sur la diversité globale d’espèces à l’état d’équilibre. Sachant que l'état d'équilibre de la diversité résulte des processus de spéciation et d'extinction. De plus, la diversité d’une grande province revient à faire la somme de la diversité de l’ensemble des petites provinces la constituant. Ainsi, créer une Nouvelle-Pangée ne changerait pas la diversité mondiale des espèces à l’état d’équilibre.

L'auteur explique qu’avant que la diversité globale de la Nouvelle-Pangée n’atteigne son état d’équilibre, de nombreuses interactions causent des extinctions. Cependant, ces extinctions ne sont pas compensées par la spéciation, ce qui mène à une perte nette d’espèces dans le monde.
Au contraire à l’échelle locale, avant que la diversité n’atteigne son état d’équilibre, celle-ci est confrontée à des augmentations du fait de l'introduction plus rapide de nouvelles espèces compensant l'extermination des indigènes par ces dernières. Selon l'auteur, la stimulation de la diversité locale ne semble donc pas éphémère du fait que les EEE n’induisent pas forcément une extinction des indigènes. De plus, les diversités locales se dirigent vers des niveaux beaucoup plus élevés suite à l’avènement de l’Homogocène.

Ces scénarios prédictifs indiquent donc que la Nouvelle-Pangée serait au début marquée par une perte de diversité globale d’espèces mais qui serait compensée. En parallèle, les régions de la Nouvelle-Pangée gagneraient en diversité d’espèces à la fois sur le court terme (dynamique de la biogéographie insulaire) et sur le long terme (spéciations).
Cette prédiction n'affirme en rien que la diversité va augmenter globalement ou localement mais indique que la rupture de l’isolement biogéographique ne constitue pas une menace pour la diversité mondiale des espèces et pourrait favoriser l’augmentation de la diversité à l’échelle locale sur des îles petites et isolées. En effet, partout ailleurs d’autres influences pèsent sur la diversité des espèces et éclipsent celle causée par la rupture des barrières biogéographiques notamment la perte globale d’une zone.
L'auteur affirme l'idée que nous sommes actuellement confrontés à un rétrécissement du monde naturel de l’Homogocène qui se traduit par une diminution de la spéciation. Ceci engendre une diminution de la diversité en espèces proportionnelle à la perte des zones naturelles. Il devient important d'apprendre à concilier les activités humaines et la préservation des habitats. D’autres niveaux de diversité autre que l’espèce pourront être atteints notamment à l'échelle du genre ou de la famille.

Enfin, selon l'auteur, les EEE prises individuellement ont certainement créé des problèmes au sein des systèmes écologiques et pour les êtres humains mais des problèmes qui n'ont rien à voir avec la diversité à tous les niveaux.

Ce que cette review apporte au débat :

Cet article propose un ensemble de modèles prédictifs sur la diversité globale et locale de la Nouvelle-Pangée, durant l'Homogocène. Il indique que la rupture de l’isolement biogéographique, notamment dû aux introductions de nouvelles espèces, ne constitue pas une menace pour la diversité des espèces à l'échelle locale et mondiale. En effet, d'autres influences pèsent sur cette diversité d'espèces notamment la perte des zones naturelles. Ainsi, les EEE bien qu'engendrant des problèmes dans les sociétés humaines et au sein des écosystèmes, ne constituent pas un danger pour la diversité à tous les niveaux.

Publiée il y a plus de 8 ans par T. Lemoine et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 6 ans.