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Titre de la review :

Mise en place d'"outils évolutifs" pour prédire et prévenir les risques de différenciation hôtes/parasites lors de programmes de contrôle biologique : revue et perspectives


Résumé de la review :

Cette review s’intéresse aux modalités, aux processus par lesquelles les agents de lutte biologique divergent de leurs populations d'origine, et aux vitesses de divergence post-introduction des biocontrôles. Ici par exemple avec des parasitoïdes hyménoptères introduits. En effet, afin de maximiser le succès des programmes de biocontrôle et d'éviter les effets indirects sur des espèces non-cibles, il est intéressant de pouvoir prédire les changements évolutifs chez les agents de lutte biologique. Ces agents étant soumis à de nouvelles pressions évolutives et sélectives dans leur nouvel environnement.

L'étude prend en compte les deux aspects de l'évolution, macroévolution dans un premier lieu puis microévolution. L'échelle microévolutive reste cependant le cadre principale de cette étude. Le but étant d'expliquer les différences de réponses des populations introduites et originelles aux agents de biocontrôle, les auteurs chercher à mesurer la divergence entre ces populations. Pour ceci, on s’intéresse aux mécanismes évolutifs influençant la divergence tels que la mutation, la dérive génétique, la sélection ou les flux géniques entre populations1. Le point important est alors de pouvoir prévoir l'impact de ces processus dans un contexte de post-introduction des agents de biocontrôle dans leur nouveau milieu.

Les méthodes d'étude en laboratoire des agents de lutte antérieurement à leur introduction ont souvent pour effet d'isoler de petites populations à variabilité réduite. Ceci peut alors mener à un certain effet de "goulot d'étranglement" post-introduction, l'agent introduit peut alors se montrer plus sensible à la dérive génétique et, par l'intermédiaire de l'effet fondateur, favoriser les phénomènes adaptatifs dans le nouvel environnement : du fait de la présence de fortes pressions de co-évolution entre les espèces hôtes, ici considérée comme les espèces cibles, et leurs faunes parasitoïdes associées (agent de lutte biologique). La divergence des populations issues d'agents introduits à partir de leurs populations post-introduction est de ce fait influencée de façon plus ou moins importante par les paramètres biotiques de l'écosystème, que se soit les relations de proies/prédateurs ou les pressions de co-évolution. Ces intéractions nouvelles sont donc à l'origine de la formation de micro-populations locales fortement adaptées à leur habitat d'introduction et ayant accumulé suffisamment de différences génétiques pour mettre en place les processus de spéciation. Ainsi, la population d'origine et les populations locales introduites dans un but de pur contrôle biologique peuvent ne plus présenter les mêmes affinités pour un même type d'hôte, les agents de lutte biologique introduits n’obéissent alors plus aux mêmes exigences écologiques et peuvent donc s'attaquer à des cibles différentes que les espèces cibles du programme de lutte biologique.

Les modifications qui interviennent dans les liens hôtes/parasites entre la population d'agents de contrôle pré-introduction et les populations post-introduction entraine des risques. La prévention de ce risque passe donc par la tentative de limiter l'adaptation des agents de lutte introduit aux nouvelle niches écologiques mis à disposition. Il est possible pour cela de limiter la quantité d'agents introduits ou bien de mieux choisir le biotype (via différents outils de modélisation) en maintenant un niveau de variation génétique similaire à celui des biotypes ancestraux.

1 mutation : modification ponctuel et irréversible du matériel génétique transmissible entre générations. dérive génétique: modification aléatoire des fréquences alléliques dans une population du fait de phénomènes stochastiques. Sélection: survie ou reproduction différentielle des phénotypes. Flux géniques: échange d'allèles entre population.

Ce que cette review apporte au débat :

Les nouveaux problèmes posés par la lutte biologique sont les effets indirects (non prévus) sur les espèces non-cibles. Cette review semble montrer qu'il est possible de prévoir ces effets dans l'écosystème et donc, in fine, de pouvoir les éviter ou au moins réduire leur intensité.
Cette prévention doit donc passer par une meilleure compréhension des processus et mécanismes évolutifs étant en jeu dans une population exogène introduite dans un nouvel environnement.

Publiée il y a plus de 8 ans par T. Martial et R. Beugnon.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.