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Titre de l'article :

L'apport de nourriture par les touristes inverse les activités diurnes et altère les mouvements et la distribution spatiale de la raie pastenague américaine Dasyatis americana


Figure :

Cartes représentant la localisation des raies pastenagues femelles durant la journée dans la zone de nourrissage artificiel (haut, A), et dans la zone contrôle sans nourrissage (bas, B) durant la journée. Les cercles noirs représentent les zones principales où l'on retrouve chaque femelle. Les zones se chevauchent beaucoup plus dans la zone de nourrissage que dans la zone contrôle.

Introduction à l'article :

L'essor de l'écotourisme s'est accompagné de l'augmentation de l'apport artificiel de nourriture pour attirer la faune sauvage, que ce soit par les touristes eux mêmes ou par des tours opérateurs. Ceci peut avoir comme conséquence de changer le comportement, la taille des populations, la reproduction, les patrons de migration et la santé des animaux nourris. Les résultats précédemment obtenus sont très variables en fonction de l'espèce étudiée.

Cette étude vise à étudier l'impact d'un nourrissage artificiel sur le comportement et les mouvements de la raie pastenague américaine dans les Caraïbes. Ces populations de raies ont été nourries par l'homme depuis les années 1930 par les pêcheurs et le nourrissage intentionnel pour le tourisme est effectué depuis 1986. Aujourd'hui, les raies sont nourries quotidiennement depuis le rivage par des touristes, avec une espèce de calamar non native (venant de Californie) et montre des comportements d'habituation de la présence humaine.

Expériences de l'article :

Deux groupes de raies ont été étudiées : i) le premier nourri par l'homme, ii) le deuxième non nourri, constitué de deux populations indépendantes. Les mouvements de 7 raies nourries (5 femelles, 2 mâles) et 6 raies "sauvages" (6 femelles) ont été étudiés pendant 1 à 3 jours grâce à des transmetteurs acoustiques manuels. Ainsi leurs positions successives ont pu être établie. De plus, des transmetteurs acoustiques automatiques ont été attachés aux nageoires des raies nourries pendant 1 an. Ils ont ainsi pu déterminés : i) la fidélité du site de capture, et ii) les mouvements de ces raies. Les patrons de mouvements ont pu déterminés : le coeur de l'habitat des raies (aire de l'habitat principalement visité par les raies) et l'aire d'activité durant le jour et la nuit (aire de l'habitat utilisé par les raies pendant les activités habituelles comme la recherche de nourriture, la reproduction, etc).

Des opérations de captures ont permis d'estimer les tailles de population.

Résultats de l'article :

164 raies ont été capturées dans le site de nourrissage contre 55 dans les sites contrôles. 87% des raies nourries ont été re-capturées au moins deux fois et certaines jusqu'à 11 fois (!) contre 22% des raies qui ont été re-capturées au moins une fois dans les autres sites.

Les femelles nourries occupent des aires d'activités plus petites (0.13 contre 0.88 km²). Elles sont plus actives durant la journée et moins durant la nuit contrairement aux raies "sauvages". Les aires individuelles de coeur d'habitats se chevauchent plus fréquemment suggérant une augmentation de la densité de raies sur la zone de nourrissage. Ces aires se chevauchent plus souvent durant la journée que la nuit.

Ces raies réalisent des patrons de mouvement différents des raies "sauvages" : une phase de repos hors des périodes de nourrissage, une approche vers la zone de nourrissage une heure avant celle-ci et une période de mouvement 2-3 heures après cette dernière.

Ce que cet article apporte au débat :

Le nourrissage artificiel altère les activités diurnes et les mouvements de la raie pastenague américaine.

Les raies nourries recherchent la nourriture le jour tandis que les raies non nourries recherche de la nourriture la nuit seulement. De plus, l'aire parcourue par ces dernières durant ces activités est 45 fois plus grande que les premières, suggérant que les raies nourries se concentrent essentiellement sur le lieu de nourrissage pour la recherche de nourriture.

Ces changements de mouvement provoquent une plus grande dépendance des raies envers l'homme et une augmentation de la densité de raies à l'endroit de nourrissage, alors que cette espèce est normalement plutôt solitaire. Ceci entraîne une augmentation des interactions agressives entre raies, ainsi qu'une possible augmentation de transmission de maladies.

Ces changements pourraient aussi entraîner une augmentation de la consanguinité, bien que les conséquences sur la survie et la fécondité doivent être étudiées.

Publiée il y a plus de 8 ans par P. Barry et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 8 ans.