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L'éradication des espèces introduites invasives: effets "Surprise" et succès de conservation
Introduction à l'article :
Cette étude récapitule la mise au point d’un programme d’éradication du rat noir (Rattus rattus) et de la souris commune (Mus musculus) sur l’île Surprise située à 230 km au Nord de la Nouvelle Calédonie.
Les auteurs font part du manque de concertation entre les programmes d’éradication et les études menées pour comprendre leurs impacts écologiques sur la flore et la faune installées et/ou native (Courchamp et al., 2003). Depuis toujours, on ne voit et retient que les effets bénéfiques de l’éradication d’une espèce invasive sur le biote natif mais des observations sur le terrain montrent que ces effets peuvent varier le long d’un gradient d’intensité et peuvent même être néfastes à l’écosystème. Bien que ces effets « Surprise » ne soient pas la norme, il est important de les anticiper puisqu’ils peuvent mener à des drames écologiques.
Expériences de l'article :
Mise au point d'une méthode de gestion d’espèces invasives en milieu insulaire où l’effet Surprise pourrait se manifester.
Études faunistiques et floristiques complètes: diète de l’espèce introduite étudiée, démographie des espèces clés de voûte et des espèces impactées par le rat.
Construction de modèles mathématiques recréant la dynamique des populations qui interagissent au sein des réseaux trophiques. On élimine les rats en fonction des scénarios modélisés.
Surveillance post-éradication de l’écosystème entier.
Durant toute l’étude (4 ans avant l’éradication puis 5 ans après), des relevés faunistiques et floristiques étudient les changements à court terme qui surviennent dans les communautés de l’île. La découverte d’une population de M. musculus a contraint les auteurs à les éliminer aussi. L’élimination simultanée des rats et souris par piégeage étant néfastes pour la faune et flore locale (densité importante de pièges), l'éradication par empoisonnement (raticide) est retenue.
Résultats de l'article :
Lors des relevés floristiques, une espèce exotique potentiellement invasive et encore peu répandue est retrouvée : Cassytha filiformis (originaire de Floride). Une autre espèce exotique est retrouvée dispersée dans toute l’île : Colubrina asiatica sans pour autant dominer la végétation indigène. L’étude du contenu stomacal des rats ne laisse pas penser à une grande consommation de ces plantes et leur éradication ne devrait pas impacter ces populations végétales.
Après l’éradication, de nombreux moyens de vérification ont confirmés l’absence de rats ou de souris sur l’île durant 4 ans. La petite communauté de C. filiformis a été éradiquée alors que C. asiatica ne l’a pas été à cause de l’importante surface qu’elle recouvre. Sa population n’a cependant pas augmenté suite à l’éradication des rats. Par contre, une espèce indigène Achyranthes aspersa s’est développée sur une grande surface de l’île.
Ce que cet article apporte au débat :
Les études et surveillances pré- et post-éradication sont des éléments importants au bon fonctionnement de l’élimination d’espèces invasives. Éradiquer une espèce dans un écosystème peut avoir des conséquences bonnes comme mauvaises et il est important de quantifier et prédire ces effets avant de mettre en place des moyens de gestion. Pour conclure, un programme de gestion ne peut pas être considéré comme un succès si l’éradication d’une espèce invasive mène à un dérèglement de l’écosystème par l’arrivée d’une autre espèce invasive.
Remarques sur l'article :
Le modèle mathématique utilisé et ses résultats ne sont pas présenté dans l'article mais le sont dans celui de Caut et al., 2009, deuxième co-auteur de cet article.
Publiée il y a plus de 8 ans
par
F. Lachery et C. Vagnon.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
L'éradication des espèces introduites invasives: effets "Surprise" et succès de conservation
Introduction à l'article :
Cette étude récapitule la mise au point d’un programme d’éradication du rat noir (Rattus rattus) et de la souris commune (Mus musculus) sur l’île Surprise située à 230 km au Nord de la Nouvelle Calédonie.
Les auteurs font part du manque de concertation entre les programmes d’éradication et les études menées pour comprendre leurs impacts écologiques sur la flore et la faune installées et/ou native (Courchamp et al., 2003). Depuis toujours, on ne voit et retient que les effets bénéfiques de l’éradication d’une espèce invasive sur le biote natif mais des observations sur le terrain montrent que ces effets peuvent varier le long d’un gradient d’intensité et peuvent même être néfastes à l’écosystème. Bien que ces effets « Surprise » ne soient pas la norme, il est important de les anticiper puisqu’ils peuvent mener à des drames écologiques.
Mise au point d'une méthode de gestion d’espèces invasives en milieu insulaire où l’effet Surprise pourrait se manifester.
Durant toute l’étude (4 ans avant l’éradication puis 5 ans après), des relevés faunistiques et floristiques étudient les changements à court terme qui surviennent dans les communautés de l’île. La découverte d’une population de M. musculus a contraint les auteurs à les éliminer aussi. L’élimination simultanée des rats et souris par piégeage étant néfastes pour la faune et flore locale (densité importante de pièges), l'éradication par empoisonnement (raticide) est retenue.
Lors des relevés floristiques, une espèce exotique potentiellement invasive et encore peu répandue est retrouvée : Cassytha filiformis (originaire de Floride). Une autre espèce exotique est retrouvée dispersée dans toute l’île : Colubrina asiatica sans pour autant dominer la végétation indigène. L’étude du contenu stomacal des rats ne laisse pas penser à une grande consommation de ces plantes et leur éradication ne devrait pas impacter ces populations végétales.
Après l’éradication, de nombreux moyens de vérification ont confirmés l’absence de rats ou de souris sur l’île durant 4 ans. La petite communauté de C. filiformis a été éradiquée alors que C. asiatica ne l’a pas été à cause de l’importante surface qu’elle recouvre. Sa population n’a cependant pas augmenté suite à l’éradication des rats. Par contre, une espèce indigène Achyranthes aspersa s’est développée sur une grande surface de l’île.
Les études et surveillances pré- et post-éradication sont des éléments importants au bon fonctionnement de l’élimination d’espèces invasives. Éradiquer une espèce dans un écosystème peut avoir des conséquences bonnes comme mauvaises et il est important de quantifier et prédire ces effets avant de mettre en place des moyens de gestion. Pour conclure, un programme de gestion ne peut pas être considéré comme un succès si l’éradication d’une espèce invasive mène à un dérèglement de l’écosystème par l’arrivée d’une autre espèce invasive.
Le modèle mathématique utilisé et ses résultats ne sont pas présenté dans l'article mais le sont dans celui de Caut et al., 2009, deuxième co-auteur de cet article.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.