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Titre de l'article :

Rôle trophique du rat noir et ses impacts sur les oiseaux marins dans les îles tropicales: libération de mésoprédateurs ou hyperprédation?


Figure :
  • La figure 1 schématise les relations trophiques rentrant en jeu dans les phénomènes de MRE (en haut) et d'hyperprédation (en bas).
  • La table 2 synthétise les résultats de l'étude du succès reproductif sur les deux îles d'Europa chez les 5 espèces étudiées.
  • La figure 4 montre l'abondance relative des restes de proies dans les pelotes de réjection de T.alba (a) et dans les excréments de F. catus (b).

Toutes les figures sont issues de l'article analysé.

Introduction à l'article :

L’introduction de rats (Ratus sp.) dans les îles est une des principales menaces sur les populations d’oiseaux marins nicheurs (en période de reproduction) et c’est un phénomène très documenté (94 études). Avant de les éradiquer, il faut étudier leur place dans les chaînes trophiques et prévoir les conséquences possibles de leur disparition(Fig. 1).

  • Le Mesopredator release effect peut apparaître quand 2 prédateurs doivent se partager la même proie et ont un fort impact négatif sur elles. Le top-prédateur TP se nourrit du mésoprédateur MP. Eradiquer le TP peut entraîner l'augmentation des MP et diminuer encore plus les populations proies. 2 conditions d'application : 1) l’impact négatif du MP seul sur les proies est plus important que l’impact négatif cumulé des deux prédateurs 2) la population de MP est régulée par le TP.
  • L’hyperprédation est un processus durant lequel une proie introduite augmente la population de top-prédateur qui va avoir un impact négatif accru sur les proies natives.
Expériences de l'article :

Europa et Juan de Nova (JdN) sont deux îles tropicales du canal du Mozambique. Rattus rattus à été introduit dans les deux îles vers 1850. Europa abrite une forte densité de rats (10-80 rats/ha), JdN un peu moins (10-35 rats/ha). Felis catus et Mus musculus ont aussi été introduits sur JdN et Tyto alba est présente en petite communauté sur Europa.
Les rats sont piégés et le contenu stomacal analysé (identification des fragments de plumes au niveau spécifique). Les excréments de chats sont aussi analysés et on opère des biopsies dans leur foie pour mener des études isotopiques (C et N) renseignant sur le régime alimentaire. Sur Europa on analyse les pelotes de réjection de T. alba.
Comptage quotidien des carcasses d'oiseaux retrouvées et calcul de la mortalité moyenne par hectare et à l’échelle de la colonie.
Sur Europe, on calcule le taux de succès reproductif chez 5 espèces d’oiseaux marins (N poussins à maturité/N œufs pondus).

Résultats de l'article :
  • R. rattus consomme moins de sterne fuligineuse (Onychoprion fuscatus) à JdN qu'à Europa. Tous ces restes sont des plumes de juvéniles mais l’impact des rats sur les sternes semble assez faible au vu de la taille des colonies. On observe une forte différence du succès reproductif entre la petite île d'Europa contrôlée et l'autre (4* plus de succès chez Phaethon sp. que sur l’île principale Tab.2). Les rats contribuent au déclin important des phaétons car leur population est restreinte (~1000 couples).
  • F. catus se nourrit des rongeurs introduits mais on observe de grandes différences dans l’alimentation en fonction de la saison. Durant la période de reproduction des sternes, il consomme plus d’oiseaux (150/saison). 45% des carcasses ne sont pas consommées et un chat tuerait en fait ~300 oiseaux. Au total, ce serait entre 37k et 80k sternes tuées par saison. Fig.4
  • T. alba, en l’absence de sternes, consomme principalement des rats mais ses proies préférées sont les poussins. Fig.4
Ce que cet article apporte au débat :

A JdN, l’éradication des seuls rats n’est pas recommandée car ils sont en compétition avec les souris qui profiterait de leur disparition pour envahir l'île. Cependant, cette augmentation de la population des souris ne poserait pas de problème à la végétation (essai à Tromelin positif) et l’éradication des rats serait très bénéfique au maintient des populations d’oiseaux marins. Ici on a un effet de MRE (augmentation des populations de souris) qui peut être négligé puisque le "prédateur" libéré ne poserait pas de problèmes et que le gain à éradiquer les rats est très important.
A Europa, éradiquer les rats pourrait menacer T. alba dont on ne sait pas si elles sont introduites ou natives. Peut-on alors éliminer les rats pour protéger les population d'oiseaux marins en condamnant T. alba?
Cet article pose aussi le problème d'un choix à faire entre deux espèces à protéger dont l'une sera forcément mise en péril par la protection de l'autre.

Publiée il y a plus de 8 ans par F. Lachery et C. Vagnon.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.