ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.

Analyse de la référence ON THE NATURE OF FILTERABLE VIRUSES

Titre de la review :

Sur la nature des virus filtrable


Résumé de la review :

1935 est l’année de la première cristallisation des capsides du virus de la mosaïque du tabac, la première étape dans la compréhension de la nature physique des virus. A cette époque, les virus (selon leur définition actuelle) sont connus et étudiés depuis plus de trente ans, mais ne sont caractérisés qu’à travers leur petite taille et leur dépendance aux tissus vivants pour la multiplication. Le terme virus est d’ailleurs, à cette époque, un terme générique utilisé pour désigner les pathogènes, qui provient du latin virus qui signifie « venin, poison, infection ». Les virus sont alors appelés « virus filtrables », car leur petite taille, et donc leur capacité à passer au travers de filtres au maillage très fin, est la caractéristique principale permettant aux scientifiques de les isoler des autres types de pathogènes. A cette époque, alors qu’il ne possède presque aucune connaissance concernant la nature des virus, Robert Green propose une hypothèse concernant leur origine évolutive.

Sa proposition repose d’abord sur des observations. Il observe qu’il existe une association presque totale entre le caractère filtrable et le caractère parasite obligatoire des pathogènes. En d’autres termes, tous les pathogènes passant les filtres de l’époque, et trop petits pour être vus au microscope optique, nécessitent la présence de tissus vivants pour se multiplier. Tout en considérant la possibilité que des pathogènes de très petite taille mais indépendants du point de vue de la réplication aient existé, ou existent sans avoir encore été découverts, il propose qu’il existe une taille minimale en-deçà de laquelle un cycle de reproduction libre est impossible. Selon lui, les « virus filtrables » ne peuvent donc être que des formes dérivées, parasites, de formes libres, et donc plus grosses. Le mécanisme de réduction fonctionnelle qu’il invoque pour expliquer une telle évolution lui est alors fourni par ses connaissances en parasitologie. Lorsqu’un parasite possède un lien suffisamment intime avec son hôte pour pouvoir directement profiter de certaines des fonctions assurées par ce dernier, il devient désavantageux pour le parasite de continuer à assurer la même fonction. Ainsi, la sélection naturelle favorisera des parasites fonctionnellement réduits. L’auteur propose que ce phénomène ait mené, pour des micro-organismes parasites intra-cellulaires (certains sont connus à l’époque, comme les bactéries du genre Rickettsia), à une réduction telle qu’ils soient devenus entièrement dépendants de leurs hôtes et très petits.

L’auteur va alors un peu plus loin et explore les limites de sa proposition. Selon lui, le processus évolutif qu’il propose pourrait, à l’extrême, mener à l’évolution d’entités constituées d’une seule molécule initiant sa propre réplication, et ayant abandonné toute autre fonction. Si l’on fait abstraction des gènes permettant la production de capsides (une structure dont l'auteur n'avait aucune idée), cette définition pourrait s’appliquer à certains virus du genre Circovirus, inconnus à l’époque. Il ne rejette pas en revanche la possibilité que des parasites en voie de réduction fonctionnelle acquièrent d’une façon ou d’une autre de nouvelles fonctions, non exprimées par leur hôte et leur permettant d’optimiser leur propre reproduction.

Rigueur de la review :

Cet article peut paraître peu rigoureux du point de vue du lecteur actuel. Proposer un seuil de taille en-deçà duquel toute réplication indépendante est impossible, par exemple, peut paraître insensé au vu des connaissances actuelles en génétique, qui indiqueraient qu’il s’agit avant tout d’une question de contenu génomique. Cependant, si l’on replace l’article dans son contexte historique, la rigueur de l’auteur est frappante. A travers une analogie simple, l’auteur propose une hypothèse dont il étudie si rigoureusement les limites, à travers des éléments très peu nombreux, qu’il produit des prédictions très en avance sur son temps.

On notera tout de même que l'auteur ne cite aucune source, notamment concernant les observations sur lesquelles il base son raisonnement. Il semble que ceci ait été la norme pour ce journal et pour cette époque.

Ce que cette review apporte au débat :

Cet article semble être la première publication adressant le problème de l’origine évolutive des virus. L’auteur y développe l’hypothèse par réduction. Cette hypothèse a ensuite beaucoup évolué, au fil des découvertes concernant les virus, mais les idées majeures qui la sous-tendent étaient déjà présentes dans cet article de 1935.

Remarques sur la review :

L'absence de sources empêche malheureusement de naviguer efficacement dans la bibliographie de l'époque.

Publiée il y a plus de 8 ans par A. Weyna et L. Guillou.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.