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Titre de l'article :

L’augmentation de la densité des colonies d’abeilles mellifères affecte le butinage des bourdons.


Introduction à l'article :

L'article permet de mettre en avant l'impact de colonies d'abeilles domestiques sur les abeilles locales grises et les différentes espèces de bourdons déjà présentes dans l'écosystème. Le but de ces expériences est de déterminer s'il y a, le type de compétition et quelle est son ampleur entre l'espèce domestique et les espèces locales.

Expériences de l'article :

Les premiers tests ont été conduits au sein d'un champ de Phacelia tanacetifolia (des végétaux à quantité et qualité nutritives importantes) entourés de 3 parcelles céréalières et d'une prairie en jachère avec comme paramètres :

  • un témoin, en observant des abeilles et bourdons locaux dans leurs conditions non perturbées
  • un ajout d'une colonie d'abeilles jaunes domestiques A. m. ligustica
  • un ajout de 10 colonies.

Les dénombrements se font sur des lignes de transect situés dans 3 zones différentes autour de la ruche (entre 10 et 40m, 110 et 140m et 210 et 240m).

Une seconde expérience a été menée sur des parcelles de fleurs sauvages composées de Polygonum persicaria , Epilobium angustifolium, Centaurea jacea et Lotus uliginosus aux valeurs de butinage variant sensiblement et avec les mêmes paramètres que la première. Ici, les densités d'abeilles et de bourdons sont comptés dans un cadre de 1 m² , 3 à 5 fois par jour à des températures supérieures à 15°C hors conditions de pluie.

Résultats de l'article :

Dans le champ de phacélies, il y a :

  • une compétition temporelle : les abeilles grises se nourrisent dès les premières heures de floraison
  • un déplacement spatial des abeilles grises locales sur de plus grandes distances par rapport à leur ruche lorsqu'il y a ajout d'abeilles jaunes
  • un effet de la distance par rapport à la ruche des bourdons : plus la distance est grande et moins la densité en abeilles est grande, plus la densité des groupes de Bombus lapidarus et des bourdons à longue langue augmente
  • une réduction du couvert végétal butiné par les différentes espèces locales lorsqu'il y a ajout de colonies domestiques.

Dans le cas des parcelles sauvages :

  • ni les abeilles jaunes ni les abeilles grises ne vont butiner les fleurs de lotus
  • lorsqu'il y a ajout des colonies d'abeilles domestiques, la réponse des bourdons (Bombus spp.) varie en fonction des espèces en revanche, pas de changements significatifs observés au niveau du genre Bombus .
Rigueur de l'article :

La taxonomie des bourdons n'a pas été assez appliquée pour que les résultats aient réellement un intérêt vis à vis de cette catégorie de butineurs. De plus, le fait de ne pas avoir fait d'expériences à long terme (uniquement sur une journée mais plusieurs fois), ne permet pas de se mettre dans les conditions réelles d'une installation en apiculture.
De même, les impacts sur les espèces plus rares n'ont pas été assez mis en avant. L'article parle dans la discussion des conséquences qu'ont les abeilles domestiques en s'appropriant les ressources de bourdons non flexibles sur les aires de butinage. Ces constats auraient pu être intéressants en étant plus précis dans la partie résultats.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article permet de présenter le fait qu'une installation incluant l'ajout de plusieurs colonies d'abeilles exogènes à l'écosystème de base (de 20 à plusieurs centaines de colonies dans le cas de l'apiculture) est nuisible aux espèces s'y trouvant déjà. Ainsi, même si aucune compétition agressive n'a été montrée, lorsque les abeilles domestiques sont présentes les espèces autochtones pouvant se déplacer sur de longues distances sont repoussées plus loin de leur ruche et de leur aire de burinage préférentiel (ou habituel). En ce qui concerne les espèces ne butinant qu'à proximité de leur nid, les auteurs en viennent même à supposer qu'elles sont menacées de disparaître étant donné que la nourriture qui se trouvait à leur proximité est épuisée.
Ces impacts peuvent être réduits par une biodiversité accrue des végétaux (le lotus, inintéressant pour les abeilles, représentait dans ce cas, une ressource "de repli" pour les bourdons).

Publiée il y a plus de 8 ans par C. Crétel et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 8 ans.