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Les auteurs acceptent le fait que beaucoup des changements à large échelle qui motivent une désignation formelle de l'Anthropocène ont eu lieu au cours des deux derniers siècles et se sont rapidement accéléré pendant le XXème siècle. C'est pourquoi le groupe de travail sur l'Anthropocène commissionné par la Société Géologique de Londres a proposé d'utiliser le 16 juillet 1945 afin de marquer le début de cette époque. Les radionucléides résultant des premiers tests de bombes atomiques fourniraient alors un horizon-marqueur. Cependant, les auteurs pensent qu'une focalisation excessive sur uniquement les changements les plus récents risque de minimiser les transformations induites par l'Homme depuis des milliers d'années sur l'atmosphère, le climat et la biodiversité. En effet, 65% des genres de grands mammifères se sont éteints entre 50 000 et 12 500 ans avant notre ère, très probablement à cause de l'Homme. L’avènement de l'agriculture au Néolithique a entraîné une déforestation au profit des terres arables et une augmentation des émissions de CO2 et de CH4. Les habitats ont dès lors déjà commencé à être fragmentés, anthropisés et les sols à être perturbés et érodés. Cependant, aucun de ces changements n'a laissé un horizon-marqueur valable du fait qu'ils se sont produits à différents moments suivant les régions du monde. Les altérations suivantes à partir de la Révolution Industrielle n'ont été que dans le prolongement de ces premiers changements. Ainsi, pour les auteurs, choisir 1945 comme début de l'Anthropocène voilerait cette partie de l'Histoire de l'interaction entre l'Homme et son environnement. Définir une époque dominée par les impacts de l'Homme des millénaires après qu'une transformation radicale d'origine anthropique (comme les premières déforestations du Néolithique) ait eu lieu ne fait pas sens, selon les auteurs. Ils proposent d'utiliser le terme uniquement de manière informelle, ce qui permettrait de le discuter suivant l'aspect auquel on s'intéresse. Cela éviterait le confinement imposé par une seule désignation formelle et embrasserait la longue et riche histoire des transformations par l'Homme de son environnement.
Ce que cette review apporte au débat :
C'est un point de vue inédit qui permettrait de concilier les différentes opinions mais en omettant une composante de la science qui est de définir ce sur quoi on travaille. Il a suscité quelques réactions. Notamment, G. Certini et R. Scalenghe ont proposé en retour de fusionner l'Anthropocène et l'Holocène en une seule époque. Selon eux, cela fournirait une justification climatique (la fin de la dernière période glaciaire) à l'augmentation de la population humaine et au rôle géologique joué par l'Homme en plus de répondre aux problématiques soulevées par W.F. Ruddiman et al. L'Holocène deviendrait alors le premiers étage stratigraphique de l'Anthropocène. S.L. Lewis et M.A. Maslin ont quant à eux souligné l'importance de se ramener aux normes de la géologie. Il est nécessaire selon eux de démontrer, s'il y a lieu, les changements à long terme (sur plusieurs millions d'années) du système Terre dus à l'Homme et de définir un point stratotypique mondial s'y rapportant le cas échéant.
Publiée il y a plus de 8 ans
par
T. Valette.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Définir l'époque dans laquelle on vit
Résumé de la review :
Les auteurs acceptent le fait que beaucoup des changements à large échelle qui motivent une désignation formelle de l'Anthropocène ont eu lieu au cours des deux derniers siècles et se sont rapidement accéléré pendant le XXème siècle. C'est pourquoi le groupe de travail sur l'Anthropocène commissionné par la Société Géologique de Londres a proposé d'utiliser le 16 juillet 1945 afin de marquer le début de cette époque. Les radionucléides résultant des premiers tests de bombes atomiques fourniraient alors un horizon-marqueur. Cependant, les auteurs pensent qu'une focalisation excessive sur uniquement les changements les plus récents risque de minimiser les transformations induites par l'Homme depuis des milliers d'années sur l'atmosphère, le climat et la biodiversité. En effet, 65% des genres de grands mammifères se sont éteints entre 50 000 et 12 500 ans avant notre ère, très probablement à cause de l'Homme. L’avènement de l'agriculture au Néolithique a entraîné une déforestation au profit des terres arables et une augmentation des émissions de CO2 et de CH4. Les habitats ont dès lors déjà commencé à être fragmentés, anthropisés et les sols à être perturbés et érodés. Cependant, aucun de ces changements n'a laissé un horizon-marqueur valable du fait qu'ils se sont produits à différents moments suivant les régions du monde. Les altérations suivantes à partir de la Révolution Industrielle n'ont été que dans le prolongement de ces premiers changements. Ainsi, pour les auteurs, choisir 1945 comme début de l'Anthropocène voilerait cette partie de l'Histoire de l'interaction entre l'Homme et son environnement. Définir une époque dominée par les impacts de l'Homme des millénaires après qu'une transformation radicale d'origine anthropique (comme les premières déforestations du Néolithique) ait eu lieu ne fait pas sens, selon les auteurs. Ils proposent d'utiliser le terme uniquement de manière informelle, ce qui permettrait de le discuter suivant l'aspect auquel on s'intéresse. Cela éviterait le confinement imposé par une seule désignation formelle et embrasserait la longue et riche histoire des transformations par l'Homme de son environnement.
C'est un point de vue inédit qui permettrait de concilier les différentes opinions mais en omettant une composante de la science qui est de définir ce sur quoi on travaille. Il a suscité quelques réactions. Notamment, G. Certini et R. Scalenghe ont proposé en retour de fusionner l'Anthropocène et l'Holocène en une seule époque. Selon eux, cela fournirait une justification climatique (la fin de la dernière période glaciaire) à l'augmentation de la population humaine et au rôle géologique joué par l'Homme en plus de répondre aux problématiques soulevées par W.F. Ruddiman et al. L'Holocène deviendrait alors le premiers étage stratigraphique de l'Anthropocène. S.L. Lewis et M.A. Maslin ont quant à eux souligné l'importance de se ramener aux normes de la géologie. Il est nécessaire selon eux de démontrer, s'il y a lieu, les changements à long terme (sur plusieurs millions d'années) du système Terre dus à l'Homme et de définir un point stratotypique mondial s'y rapportant le cas échéant.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.