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Titre de la review :

Naturalisation et invasion des plantes exotiques : concepts et définitions


Résumé de la review :

Il existe dans le domaine de l'écologie des invasions une confusion autour de termes comme « invasion, « introduction », « naturalisation », employés sans distinction ou sans avoir été définis au préalable dans les publications.

Après sélection, 157 papiers ont permis d'étudier l'emploi du terme « naturalisation » au sein des plantes. Quatre façons différentes d'employer ce terme ont été isolées :

  • La naturalisation intervient quand une espèce se reproduit sans intervention humaine mais proche des parents et dans un milieu anthropisé (23%)
  • La naturalisation intervient quand une espèce se reproduit sans intervention humaine, proche des parents, mais cette fois dans un milieu naturel (8%)
  • Une espèce naturalisée est synonyme d'espèce exotique (« alien species »), sans indications sur la surface occupée par l'espèce ou sur sa dispersion (25%)
  • Une espèce naturalisée est synonyme d'espèce envahissante (« invasive species ») (29%)
  • Aucune définition donnée dans la publication (15%)

Deux suppositions peuvent être faites quant à ces confusions :

  • Avant l'émergence de la langue anglaise comme référence dans la littérature scientifique, les auteurs issus de régions non anglophones étaient attachés à des définitions différentes du terme « naturalisation ». La traduction vers « naturalization » en anglais a amené à de nombreuses confusions.
  • Depuis les premiers travaux sur les invasions biologiques au XVIIIe siècle, les transports se sont intensifiés et les milieux perturbés se sont étendus, provoquant des introductions plus nombreuses et de plus grande ampleur. Le terme « naturalisation » ne correspond plus à ce à quoi il faisait référence auparavant.

Les auteurs de cette publication proposent alors de baser la définition des termes relatifs à la naturalisation/invasion d'espèce sur un schéma conceptuel du processus d'invasion, articulé en plusieurs étapes successives. Chaque espèce doit passer un certain nombre de barrières pour être définie comme simplement introduite, naturalisé, envahissante, etc.
Une espèce est :

  • **Introduite **quand elle a passé une barrière géographique majeure (loin de son aire de répartition naturelle)
  • **Occasionnelle **quand elle a passé la barrière environnementale, locale (elle peut se reproduire dans son nouveau milieu mais ne peut pas se maintenir sur une longue période)
  • **Naturalisée **quand elle a passé la barrière de la reproduction (elle se reproduit suffisamment bien et n'est plus menacée d'extinction par simple phénomène de stochasticité environnementale)
  • **Invasive **quand elle a passé la barrière de la dispersion (elle est capable de se reproduire loin de ses parents et de faire face à des environnements différents)

Cependant la distinction entre « naturalisée » et « invasive » n'est pas facile à mettre en évidence, il s'agit plutôt d'un continuum. Il est alors proposé de mesurer la distance à laquelle on trouve des enfants reproducteurs de leur parents :

  • à 100m en moins de 50 ans pour les taxons dont les propagules sont dispersés par le vent, les animaux, etc.
  • à 6m en 3 ans pour les taxons se reproduisant de façon végétative (stolons, rhizomes…)

Il est à noter que cette définition n'incorpore pas de notion d'impacts négatifs sur l'économie ou sur la santé humaine. Néanmoins, de nombreux auteurs incorporent la notion d'impact dans leur définition d'espèce invasive. Des termes déjà existant devraient être employés pour définir ces espèces néfastes, comme « ravageurs » ou « mauvaises herbes ». Selon les auteurs de cette revue, 50 à 80 % des espèces considérées comme invasives entrent dans ces catégories. D'autres espèces invasives, estimées à 10 %, peuvent être qualifiées d'espèces « transformatrices » car ayant de lourdes conséquences sur l'environnement, et nécessitent l'investissement de plus de ressources pour être gérées. Les espèces restantes sont des envahisseurs bénins.

Ce que cette review apporte au débat :

Ici, les auteurs proposent un schéma conceptuel qui permet de statuer précisément le caractère invasif ou non d'une espèce. Chaque statut est délimité par une barrière. Les définitions données ici ne prennent en compte que la dimension spatiale et temporelle de la distribution de l'espèce mais en aucun cas n'impliquent la notion d'impact sur l'environnement. Cette généralisation des termes dans le domaine des invasions biologiques permet de mieux comprendre le phénomène et de mieux allouer les ressources dans la gestion.

Publiée il y a plus de 8 ans par V. Lucas et T. Lemoine.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.