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Titre de l'article :

La quantité de fruits des arbustes envahissants prédit l'abondance des oiseaux indigènes communs frugivores dans le centre de la Pennsylvanie


Introduction à l'article :

Contexte : Les invasions biologique sont considérées comme une des plus graves menaces pour la biodiversité mondiale. Néanmoins, des études ont montré que les invasions biologiques peuvent créer des interactions et des services écologiques positifs, qui peuvent entraîner des difficultés dans les efforts de conservation. Des espèces envahissantes peuvent entretenir une relation mutualiste avec des oiseaux frugivores indigènes. C'est le cas du chèvrefeuille d'Asie (Lonicera spp.). Lonicera spp. a été utilisée aux États-Unis pour la remise en état des terres et pour améliorer l'habitat des oiseaux en raison de sa forte production de fleurs et de fruits. Aujourd'hui, Lonicera spp., considérée comme une espèce envahissante, est au centre des initiatives de conservation dans le centre de la Pennsylvanie. D'autre part, ces espèces ont montré être consommées en grande quantité par une large gamme d'oiseaux.
Objectif : Examiner la corrélation entre Lonicera spp. et les communautés d'oiseaux.

Expériences de l'article :

1) Dans cette étude, les auteurs ont mené des recensements ponctuels pour définir l'abondance des oiseaux et des espèces de plantes à fruits-charnus du 1 Septembre au 31 Octobre 2009. Ces recensements ont été effectués au State College au centre de la Pennsylvanie au sein d'un paysage de 187,5 km²; un paysage qui inclue des environnements urbains, forestiers et agricoles.
2) Les auteurs ont également comparé le taux d'élimination des fruits d'une plante indigène, la morelle noire Solanum americanum, dans deux milieux contrastés:

  1. une zone boisée avec une densité élevée de Lonicera spp.
  2. une zone boisée avec une densité faible de Lonicera spp.
Résultats de l'article :

1) 34 espèces d'oiseaux et 22 espèces de plantes zoochoriques à fruits-charnus ont été recensées.
Turdus migratorius et Dumetella carolinensis sont les oiseaux les plus fréquemment détectés et représentent 31,7% de toutes les détections.
Lonicera spp. sont les espèces les plus abondantes avec une part de 53,6% de la récolte totale de fruits charnus dans ce paysage.
L'abondance des oiseaux est fortement corrélée avec celle des fruits de Lonicera spp., avec l'abondance de Turdus migratorius et Dumetella carolinensis montrant les corrélations les plus fortes. Ainsi l'abondance de Lonicera spp. est un fort prédicteur de l'abondance moyenne des oiseaux.

2) Le taux d'élimination des fruits de Solanum americanum est 30% plus élevé dans le milieu à forte densité de Lonicera spp. par rapport au milieu à faible densité de Lonicera spp. Ainsi la dispersion de graines de plantes indigènes productrices de fruits est plus importante où les Lonicera spp. sont les plus abondantes.

Rigueur de l'article :

1)Les recensements d'espèces d'oiseaux/ de plantes ont été réalisés :

  1. durant le mois de Septembre et d'Octobre pour coïncider avec le pic de fructification des plantes à fruits-charnus
  2. dans une grille de 30 carrés de dimensions équivalentes
  3. dans un ordre aléatoire, d'abord en septembre, puis une deuxième fois en octobre, en suivant le même ordre qu'en septembre
  4. par une même personnes pour éviter les biais dû à l'observateur.

2)Les deux sites d'étude étaient distants de 3,2 km. S. americanum et les oiseaux frugivores étaient relativement communs sur les deux sites, les deux transects étant orientés dans des directions similaires et leurs conditions abiotiques étaient similaires (disponibilité de l'eau, proximité des routes et utilisation humaine) ce qui évite les effets confondants. Toutefois, comme l'expérience d'élimination des fruits n'a été menée que sur ces deux sites, les auteurs sont prudents quant à la généralisation et à l'exclusion d'autres explications alternatives.

Ce que cet article apporte au débat :

Les invasions biologiques peuvent avoir des effets inattendus voire contre-intuitifs dans les communautés envahies. Ici les auteurs signalent qu'il faut avant tout comprendre la présence de relations mutualistes entre les espèces indigènes et exotiques avant de se lancer dans la mise en oeuvre de pratiques de contrôles et d'éradication souvent coûteuses. La diminution de Lonicera spp. pourrait impacter négativement l'abondance des frugivores. La diminution des frugivores affectent directement la pollinisation, le recrutement et le flux gènes affectant ainsi la dynamique à long terme des communautés végétales. Dans le cas de Lonicera spp. les auteurs soutiennent un contrôle ciblé localement pour favoriser la dispersion et l’établissement des espèces indigènes. Mais une éradication généralisée et rapide de grandes parcelles de Lonicera spp. engendrera une menace immédiate plus grande pour la biodiversité.

Publiée il y a plus de 7 ans par M. Leroy et M. Corbin.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.