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Titre du Livre :

Invasions biologiques et extinction : 11 000 ans d'histoire des vertébrés en France


Introduction au livre :

Dans ce contexte de mondialisation des échanges, qui accélère considérablement l’introduction d’espèces potentiellement envahissantes dans les milieux, « Invasions biologiques et extinctions : 11 000 ans d'histoire des vertébrés en France » est la première synthèse des connaissances sur l’évolution des vertébrés en France métropolitaine pendant l’Holocène (de 9200 ans avant J.C à nos jours). Il s’agit d’un inventaire des espèces éteintes ou disparues du territoire, des espèces qui ont conquis une partie ou la totalité du territoire. Les objectifs de cette synthèse sont de comprendre si les taxons envahissants présentent des caractéristiques particulières et s’il y a des écosystèmes plus sensibles que d’autres aux invasions biologiques.

Résumé et résultats du livre :

Pourquoi choisir d’étudier l’Holocène ? Il s’agit de la période où l’on trouvera un climat, un environnement, et des cortèges de taxons de vertébrés proches de ceux que l’on peut trouver dans l’actuel, juste après une période de glaciation, et où l’environnement commence tout juste à être influencé par les chasseurs.
585 espèces de vertébrés ont été retenues pour s’être reproduites de façon pérenne en France pendant l’Holocène : 50 sont disparues, 10 sont éteintes, et 3 n’existent plus à l’état sauvage. Au sein des vertébrés, ce sont les oiseaux (56%) et les mammifères (36%) qui sont les plus touchés (intérêt économique et symbolique). Ces espèces vont subir une accélération des disparitions ou extinctions entre 1800 et 1914, avec un maximum atteint avec une moyenne de 13 disparitions par siècle entre 1914 et 1945. La plus petite diminution observée dans les années suivantes est mise sur le compte des mesures de protection des espèces et des environnements.
Parmi ces 585 espèces, 153 (26%) se sont installées en France pendant l’Holocène. Les premières invasions coïncident avec la « néolithisation » : quelques groupes humains commencent à manipuler des objets naturels en fonction de leurs besoins socio-économiques ou de leurs croyances et modifient leur écosystème. Les invasions commencent à être plus fréquentes à partir de 1600, jusqu’à atteindre le nombre de 136 invasions lors du XXe siècle. L’avifaune représentent 43% des invasions recensées, les mammifères 23%, l’ichtyofaune 20% et l’herpétofaune 11%.
Sur ces 11 000 ans, le renouvellement faunique est positif : 88 invasions contre 50 extinctions. L’ichthyofaune et la faune mammalienne sont les plus touchées par les invasions biologiques alors qu’elles ne constituent respectivement que 12% et 22% de la diversité de la faune de vertébrés en France pendant l’Holocène.
Les milieux insulaires sont plus sensibles aux invasions biologiques. En France, les auteurs ont choisi d’étudier la Corse, une île océanique, qui est séparée du continent depuis 130 000 ans. La diversité des vertébrés en Corse est plus faible que celle du continent, et présente un fort taux d’endémisme. Aujourd’hui, seules 4 espèces de micromammifères ont survécu (contre 22 au début de l’Holocène). La diversité actuelle résulte des introductions successives depuis le Néolithique (carnivores, compétiteurs, déboisement massif entraînant les premières vagues d’extinctions), puis l’extinction du XXe siècle qui a été plus importante (animaux domestiques, transfert involontaire de commensaux).
En somme, les invasions biologiques voient leur nombre augmenter au fil des siècles, devenant un sujet de préoccupation croissante, par l’impact socio-économique et les perturbations du fonctionnement des écosystèmes occasionnés.
Peu connu, l’une des premières éradications ayant pour but de préserver la biodiversité a eu lieu en France en 1951 pour les rats surmulots sur les Sept Iles de Bretagne. Mais depuis, beaucoup de pays n’appliquent pas les stratégies proposées pour limiter l’introduction d’espèces envahissantes plus sûres et moins coûteuses que de gérer les populations allochtones établies sur le territoire.
Les éradications réussies montrent une augmentation significative de l’indice d’abondance, l’augmentation de couples nicheurs, de réinstallations et du succès de reproduction des faunes autochtones.

Rigueur du livre :

Cette analyse est menée sur plus de 1300 documents, par une soixantaine de paléontologues, archéozoologues, historiens, écologues, épidémiologistes, naturalistes, et gestionnaires des espaces naturels.

Ce que ce livre apporte au débat :

Cet ouvrage montre qu’il y a clairement une relation entre l’activité humaine et les invasions biologiques. On les met en évidence dès le début du Néolithique quand l’Homme commence à influencer son environnement pour ses besoins vitaux ou culturels.
L’éradication, ou du moins la gestion des espèces envahissantes peut, en cas de réussite, conduire à des conséquences positives sur les écosystèmes et la faune autochtone.
Une autre question se soulève : le problème éthique d’intervenir sur le monde vivant. Pour autant, se pose-t-on la question pour la grave décision d’introduire une espèce ?

Publiée il y a plus de 7 ans par A. Gardin et M. Leroy.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.