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Titre de la review :

Une revue systématique des preuves empiriques des impacts de l'écotourisme sur les forêts dans les points chauds de la biodiversité


Résumé de la review :

La revue débute par une mise en contexte autour des risques liés à l’expansion de la population mondiale et de la croissance économique pour la biodiversité et plus particulièrement celle des forêts. Les forêts font partie des écosystèmes touchés par la crise de la biodiversité et risquent de subir encore de fortes altérations dans les années à venir. Elles subissent une exploitation importante et d’un autre côté, la conservation des forêts préoccupe de plus en plus les sociétés. Un défi de taille consiste donc à développer des stratégies d’utilisation des terres permettant à la fois l’exploitation et la protection des forêts. L’écotourisme est l’une de ces stratégies et l’objectif de la revue est alors de faire un état des connaissances actuelles concernant l’effet de l’écotourisme sur les forêts d’un point de vue écologique, économique et social.
Les auteurs ont produit une base de données des évaluations de la relation entre l’écotourisme et les forêts et ont inclus dans leur revue uniquement les publications examinées par des pairs qui ont utilisé des approches empiriques pour réaliser une évaluation sur la relation entre l'écotourisme et les forêts. Ils ont au final retenu 17 publications d’après ces critères.
Il en ressort que 9 des 17 études montraient que le développement de l’écotourisme menait à la déforestation, et 8 montraient que l’écotourisme permettait au moins une certaine reforestation voire une proetction des forêts. Les 9 premières études ont été menées en Chine, Inde, Népal et Cambodge et révèlent toutes que le tourisme amène à une augmentation de la demande en produits forestiers que l’on peut décomposer en cinq mécanismes. Premièrement, l’afflux de touristes induit une augmentation de la demande en bois de construction dans le but d’héberger ces derniers. Secondement, la demande de bois de chauffage a également augmenté pour pouvoir assurer les services aux touristes. Troisièmement, les immigrants ont afflué dans ces zones touristiques afin de tirer parti de ces nouvelles opportunités économiques et ont de ce fait augmenté encore la demande en logement et en bois de chauffage. Quatrièmement, les forêts ont été défrichées soit pour des stations touristiques soit pour mettre en place des vergers par exemple pour satisfaire la demande en alimentation croissante. Enfin, lorsque les revenus de la population locales ont été augmentés grâce au tourisme, elle a pu de ce fait construire de plus grandes maisons par exemple ce qui a augmenté encore la déforestation. Parmi les 8 autres publications, 4 montrent un effet bénéfique de l'écotourisme sur la protection des forêts (Mexican Biosphere Reserve, sanctuaire de babouin à Belize, parcs écotouristes au Pérou et au Chinatown Park au Népal) et ont en point commun quatre critères spécifiques. Premièrement, Il y a mise en place d’engagements de conservation ou des paiements pour des services écosystémiques. Deuxièmement, une limite spatiale délimite la zone régie par des lois de conservation du reste. Troisièmement, les familles locales reçoivent des avantages économiques directs et enfin, il y a une surveillance de la zone conservée. Six des 17 études ont établi un lien entre l’écotourisme et la régénération forestière, car les agriculteurs ont abandonné les terres agricoles pour se tourner vers d’autres opportunités économiques comme le tourisme.
Au final, l'écotourisme protège les forêts lorsque le pays a une situation politique et économique stable en termes de gouvernance forestière. L'écotourisme conduit à la déforestation lorsque le développement économique se retrouve sans stratégie de gouvernance solide. La reforestation peut s’accompagner d'une déforestation de la forêt primaire en parallèle s'il n'y pas de mise en place de protection stricte de la forêt primaire. Les auteurs concluent qu'il n'y a pas encore assez de recherches empiriques pour évaluer de manière plus précise les impacts de l'écotourisme sur les forêts.

Rigueur de la review :

Les deux auteurs de cette revue sont des chercheurs spécialisés en biologie de la conservation dont un qui fait partie d’une chair en écotourisme en Australie. Il ne semble pas y avoir de conflits d’intérêts. Concernant la méthodologie, celle-ci semble très honnête dans le sens où elle est bien détaillée pour le lecteur et sans ambiguïté. Ils explicitent bien leurs critères de sélection des articles et ces critères sont très précis. Ils ont classé les articles par types de résultats obtenus pour l'écotourisme en expliquant pour chaque article ou groupes d'articles les causes de réussite ou d'échec, et en les reliant par des points communs. Les auteurs ne considèrent pas uniquement l’aspect scientifique mais aussi les aspects politiques et sociaux pour avoir une vue d’ensemble complète et pas uniquement centrée sur la science. Ils gardent un regard très scientifique cependant et permettent au lecteur par exemple de faire la distinction entre protection de la forêt et reforestation.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette revue nous apporte une vision globale de la question de l’écotourisme en prenant en compte les différents acteurs prenant part à la question de l’écotourisme. Ils considèrent à la fois les aspects écologiques, économiques et sociaux ce qui permet de comprendre les implications de chaque parti. Cette revue nous permet également de visualiser différents contextes de mise en place d’écotourisme et de mieux discerner les démarches menant à la réussite ou à l’échec de cette mise en place. Enfin, en montrant par exemple que la reforestation n’est pas forcément signe de protection de la biodiversité des forêts, cette publication permet de faire émerger la question suivante : sur quels critères écologiques peut-on parler de réelle protection des forêts et plus largement de la biodiversité par le biais de l’écotourisme ?

Publiée il y a plus de 7 ans par N. Cavagnara.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.