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(A)Taille annuelle minimale de la population de panthères subadultes et adultes ainsi que le patrimoine génétique présumé entre 1986 et 2007. Les CFPs sont de couleur jaune, les EVGs sont roses, les TX rouges, les CFP x TX-F1 et les EVG x TX-F1 oranges, les TX-BC (backcross) et les autres AdmFPs sont représentés par d'autres nuances de orange. Les individus non caractérisés (Unk) sont quant à eux de couleur grise. La ligne noire est une estimation indépendante de la taille minimale de la population à partir de relevés d'indices de présence sur le terrain. (B)Hétérozygotie adulte moyenne annuelle. (C)Âge moyen annuel des adultes. (D) Courbes de survie projetées pour des pumas femelles de différents héritages génétiques. (Johnson et al. 2010)
Introduction à l'article :
La panthère de Floride (Puma concolor coryi) est la dernière sous-espèce de puma encore présente dans l'Est de l'Amérique du Nord. Elle est cependant confrontée à la perte de son habitat et est donc en voie de disparition. Au début des années 90, la population comptait entre 20 et 30 individus et présentait une faible diversité génétique ainsi que de la consanguinité. De ce fait, de nombreux problèmes étaient observés, notamment une mauvaise qualité de sperme, un faible taux de reproduction et de fécondité ou encore une charge élevée de parasites et d'agents pathogènes. De plus, des modèles démographiques prédisaient une probabilité d'extinction de 95% d'ici deux décennies. En 1995, huit pumas femelles du Texas (P. c. stanleyana) ont donc été transférées dans la population de Floride afin d'accroître la diversité génétique, réduire la consanguinité et augmenter la taille de la population. Le but de cet article est d'évaluer les conséquences démographiques et génétiques de ce transfert.
Expériences de l'article :
Plusieurs analyses ont été effectuées afin d'évaluer les conséquences démographiques, génétiques et biomédicales du transfert (cf. matériel supplémentaire de l'article). Une importante étude de terrain a alors été réalisée (observations, surveillance par radiotélémétrie, évaluations biomédicales). Depuis 1981, des pumas ont été capturés et soumis à des examens afin d'évaluer leur état de santé et leur état physique. Des individus ont ensuite été marqués afin d'analyser leur comportement, survie, reproduction, etc. Des estimations annuelles de la taille de la population ont également été réalisées. D'autre part, des échantillons d'ADN ont été récoltés entre 1978 et 2009 et 23 locus informatifs ont été utilisés afin de réaliser plusieurs mesures : hétérozygotie moyenne, variation génétique, etc. Ensuite, un arbre phylogénétique a été établi à partir des distances génétiques entre individus. Le patrimoine génétique de ces derniers ainsi qu'un pedigree détaillé ont également été reconstruits.
Résultats de l'article :
Tout d'abord, les analyses ont révélé plusieurs groupes génétiques : ceux présents avant le transfert, c.a.d. celui des panthères de Floride (CFPs) et de celles provenant du parc des Everglades (EVGs), et ceux observables à la suite de ce transfert, c.a.d. celui des panthères du Texas ainsi que des individus admixés (génomes mélangés, AdmFPs) pour la première génération F1 et avec des backcross. Il est alors possible de déterminer le patrimoine génétique de chaque panthère avant et après l'introduction. Entre 1995 et 2008, il apparaît que les individus admixés ont fortement contribué à l'augmentation de la densité de la population. Les résultats montrent également une augmentation de l'hétérozygotie moyenne. Fait intéressant, les taux de mortalité par agression intraspécifique ont aussi diminués. De plus, pour F1, l'ascendance génétique "mélangée" a été associée à une survie accrue des panthères. Par la suite, une baisse de la contribution des CFPs à la population AdmFP est observée.
Rigueur de l'article :
Cette étude se base sur un important travail de terrain et sur des analyses rigoureuses. Le jeu de données utilisé ici comprend la présence ou non de certains traits, des estimations de la diversité, l'identification des parents ainsi que des informations démographiques et sur le pedigree pour 591 pumas échantillonnés entre 1978 et 2009. Celui-ci est donc particulièrement important. De plus, parmi les études sur le sauvetage génétique, cet exemple de restauration est l'un des plus cités afin de mettre en avant le potentiel de cette stratégie pour sauver les petites populations menacées.
Ce que cet article apporte au débat :
L'objectif de ce plan de restauration était d'améliorer la taille et la viabilité de la population en augmentant la diversité génétique sans perdre les adaptations locales. Après la translocation de 8 panthères du Texas, la taille de la population de Floride a triplé. Une augmentation de la variation génétique ainsi qu'une réduction significative de l'incidence de la dépression de consanguinité sur plusieurs caractères ont également été observées. Par ailleurs, les hybrides présentaient un taux de survie accru ainsi que des comportements pouvant être associés à une meilleure fitness de ces derniers. Des analyses démographiques ont d'ailleurs suggéré qu'un taux de croissance annuel de 4% avait remplacé un déclin de 5% de la population après la translocation (Whiteley & al. 2015). Ce plan de restauration de la diversité génétique via l'hybridation a donc été un succès. Concernant les études sur le sauvetage génétique, cet exemple est l'un des plus connus et a été cité de nombreuses fois.
Remarques sur l'article :
Notons tout de même que, outre la restauration génétique, l'augmentation du nombre de panthères a pu être facilitée par d'autres mesures de gestion prises à la fin des années 80. Par ailleurs, des facteurs, tels que la disponibilité limitée et décroissante de l'habitat, et des évènements stochastiques continueront de réguler la croissance démographique de la population. Cela nécessite des efforts continus afin de maintenir l'habitat et donc de préserver le potentiel évolutif de la panthère de Floride à long terme. D'autre part, des effets négatifs sont également observables suite à ce plan de restauration. D'abord, le patrimoine génétique initial de la panthère de Floride disparaît peu à peu en raison de la baisse de contribution des CFPs à la population AdmFP. De plus, la survie des hybrides est accrue pour la génération F1 mais celle des adultes diminue ensuite avec les backcross. D'autre part, il apparaît que le niveau d'agents pathogènes a augmenté après l'évènement d'introduction.
Publiée il y a plus de 7 ans
par
L. Rodrigues de sa.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Restauration génétique de la panthère de Floride
(A) Taille annuelle minimale de la population de panthères subadultes et adultes ainsi que le patrimoine génétique présumé entre 1986 et 2007. Les CFPs sont de couleur jaune, les EVGs sont roses, les TX rouges, les CFP x TX-F1 et les EVG x TX-F1 oranges, les TX-BC (backcross) et les autres AdmFPs sont représentés par d'autres nuances de orange. Les individus non caractérisés (Unk) sont quant à eux de couleur grise. La ligne noire est une estimation indépendante de la taille minimale de la population à partir de relevés d'indices de présence sur le terrain. (B) Hétérozygotie adulte moyenne annuelle. (C) Âge moyen annuel des adultes. (D) Courbes de survie projetées pour des pumas femelles de différents héritages génétiques. (Johnson et al. 2010)
La panthère de Floride (Puma concolor coryi) est la dernière sous-espèce de puma encore présente dans l'Est de l'Amérique du Nord. Elle est cependant confrontée à la perte de son habitat et est donc en voie de disparition. Au début des années 90, la population comptait entre 20 et 30 individus et présentait une faible diversité génétique ainsi que de la consanguinité. De ce fait, de nombreux problèmes étaient observés, notamment une mauvaise qualité de sperme, un faible taux de reproduction et de fécondité ou encore une charge élevée de parasites et d'agents pathogènes. De plus, des modèles démographiques prédisaient une probabilité d'extinction de 95% d'ici deux décennies. En 1995, huit pumas femelles du Texas (P. c. stanleyana) ont donc été transférées dans la population de Floride afin d'accroître la diversité génétique, réduire la consanguinité et augmenter la taille de la population. Le but de cet article est d'évaluer les conséquences démographiques et génétiques de ce transfert.
Plusieurs analyses ont été effectuées afin d'évaluer les conséquences démographiques, génétiques et biomédicales du transfert (cf. matériel supplémentaire de l'article). Une importante étude de terrain a alors été réalisée (observations, surveillance par radiotélémétrie, évaluations biomédicales). Depuis 1981, des pumas ont été capturés et soumis à des examens afin d'évaluer leur état de santé et leur état physique. Des individus ont ensuite été marqués afin d'analyser leur comportement, survie, reproduction, etc. Des estimations annuelles de la taille de la population ont également été réalisées. D'autre part, des échantillons d'ADN ont été récoltés entre 1978 et 2009 et 23 locus informatifs ont été utilisés afin de réaliser plusieurs mesures : hétérozygotie moyenne, variation génétique, etc. Ensuite, un arbre phylogénétique a été établi à partir des distances génétiques entre individus. Le patrimoine génétique de ces derniers ainsi qu'un pedigree détaillé ont également été reconstruits.
Tout d'abord, les analyses ont révélé plusieurs groupes génétiques : ceux présents avant le transfert, c.a.d. celui des panthères de Floride (CFPs) et de celles provenant du parc des Everglades (EVGs), et ceux observables à la suite de ce transfert, c.a.d. celui des panthères du Texas ainsi que des individus admixés (génomes mélangés, AdmFPs) pour la première génération F1 et avec des backcross. Il est alors possible de déterminer le patrimoine génétique de chaque panthère avant et après l'introduction. Entre 1995 et 2008, il apparaît que les individus admixés ont fortement contribué à l'augmentation de la densité de la population. Les résultats montrent également une augmentation de l'hétérozygotie moyenne. Fait intéressant, les taux de mortalité par agression intraspécifique ont aussi diminués. De plus, pour F1, l'ascendance génétique "mélangée" a été associée à une survie accrue des panthères. Par la suite, une baisse de la contribution des CFPs à la population AdmFP est observée.
Cette étude se base sur un important travail de terrain et sur des analyses rigoureuses. Le jeu de données utilisé ici comprend la présence ou non de certains traits, des estimations de la diversité, l'identification des parents ainsi que des informations démographiques et sur le pedigree pour 591 pumas échantillonnés entre 1978 et 2009. Celui-ci est donc particulièrement important. De plus, parmi les études sur le sauvetage génétique, cet exemple de restauration est l'un des plus cités afin de mettre en avant le potentiel de cette stratégie pour sauver les petites populations menacées.
L'objectif de ce plan de restauration était d'améliorer la taille et la viabilité de la population en augmentant la diversité génétique sans perdre les adaptations locales. Après la translocation de 8 panthères du Texas, la taille de la population de Floride a triplé. Une augmentation de la variation génétique ainsi qu'une réduction significative de l'incidence de la dépression de consanguinité sur plusieurs caractères ont également été observées. Par ailleurs, les hybrides présentaient un taux de survie accru ainsi que des comportements pouvant être associés à une meilleure fitness de ces derniers. Des analyses démographiques ont d'ailleurs suggéré qu'un taux de croissance annuel de 4% avait remplacé un déclin de 5% de la population après la translocation (Whiteley & al. 2015). Ce plan de restauration de la diversité génétique via l'hybridation a donc été un succès. Concernant les études sur le sauvetage génétique, cet exemple est l'un des plus connus et a été cité de nombreuses fois.
Notons tout de même que, outre la restauration génétique, l'augmentation du nombre de panthères a pu être facilitée par d'autres mesures de gestion prises à la fin des années 80. Par ailleurs, des facteurs, tels que la disponibilité limitée et décroissante de l'habitat, et des évènements stochastiques continueront de réguler la croissance démographique de la population. Cela nécessite des efforts continus afin de maintenir l'habitat et donc de préserver le potentiel évolutif de la panthère de Floride à long terme. D'autre part, des effets négatifs sont également observables suite à ce plan de restauration. D'abord, le patrimoine génétique initial de la panthère de Floride disparaît peu à peu en raison de la baisse de contribution des CFPs à la population AdmFP. De plus, la survie des hybrides est accrue pour la génération F1 mais celle des adultes diminue ensuite avec les backcross. D'autre part, il apparaît que le niveau d'agents pathogènes a augmenté après l'évènement d'introduction.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.