ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Un nouvel appel pour la fin de la biologie de l'invasion
Résumé de la review :
Les auteurs de cette review considèrent que définir une espèce envahissante en fonction de son origine (native ou non-native) n'est que très peu justifié dans la littérature et complique l'analyse du phénomène d'invasion biologique.
Pour les auteurs, observer une invasion biologique revient à observer un changement rapide de l'abondance d'une espèce menant cette espèce à devenir dominante vis-à-vis des autres espèces de son milieu. Cette définition exclut la prise en compte de l'origine de l'espèce ainsi que d'un potentiel impact négatif de cette espèce nouvellement dominante sur la communauté locale. Justement, le genévrier occidental (Juniperus occidentalis) et l'urubu noir (Coragyps atratus) sont des espèces qui ont été considérées comme envahissantes alors qu'elles se trouvaient dans leur aire géographique d'origine. Il semblerait que l'anthropisation du milieu ait facilité leur rapide explosion démographique. D'autres espèces telles que l'étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), le doryphore (Leptinotarsa decemlineata) et la petite fourmi de feu (Wasmannia auropunctata) présentent une rapide augmentation de leur abondance à la fois dans leur région native et dans les régions où elles ont été introduites, illustrant le fait que la dynamique démographique d'une espèce ne dépend pas nécessairement de son origine qui, de plus, peut s'avérer difficile à déterminer pour certaines espèces. Cette difficulté supplémentaire concernant la détermination de l'origine peut mener à des confusions vis-à-vis du caractère invasif ou non d'une espèce. Ainsi, selon les auteurs, dans un environnement donné, si une espèce considérée par défaut comme native devient rapidement dominante, ce phénomène peut-être considéré comme une expansion de l'aire géographique et non comme une invasion biologique, uniquement parce que l'origine est incluse dans la définition historique de ce qu'est une espèce envahissante. De plus, l'explosion démographique et la dominance qui caractérisent une invasion biologique n'ont pas nécessairement lieu rapidement après l'arrivée d'une espèce dans une nouvelle aire géographique. Les auteurs posent alors la question de savoir à partir de combien de temps une espèce non-native devient une espèce envahissante si son abondance n'augmente qu'après un certain laps de temps après son arrivée dans une nouvelle zone.
Pour conclure, les auteurs considèrent que leur étude n'a révélé aucun mécanisme ou processus qui ne soit pas connu en dehors du cadre conceptuel de la biologie de l'invasion et qui justifierait que la biologie de l'invasion soit une discipline à part entière. Ils appellent donc à élargir la discipline vers l'écologie de la redistribution (SPRED ecology en anglais pour SPecies REDistribution) défini par Mark Davis dans son livre Invasion Biology paru en 2009.
Rigueur de la review :
Les auteurs défendent leur point de vue en le basant sur une approche dite "phénoménologique". Cette approche se base sur l’étymologie du mot phénomène (venant du verbe apparaitre) pour justifier les deux critères définissant une espèce envahissante (rapide augmentation de l'abondance et dominance dans la communauté). Cette approche me semble un peu survendue et, bien que cette définition apporte des éléments au débat concernant ce qu'est une espèce envahissante en soit, elle se base uniquement sur un argument étymologique assez péremptoire. De plus, les auteurs n'utilisent pas de données quantitatives pour définir les deux critères. Leurs critères qualitatifs sont donc des critères arbitraires, caractéristique reprochée par ces mêmes auteurs à la dichotomie native/non-native. Ces limites fragilisent le propos final des auteurs qui remettent en question la biologie de l'invasion comme discipline sans même évoquer les avancées permises par cette discipline en écologie fondamentale.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review fait partie des études qui prennent parti dans le débat et remettent en cause l'existence de la biologie de l'invasion comme discipline à part entière. Cette review propose une définition de la notion d'invasion biologique qui montre les limites de la définition historique basée sur l'origine géographique pour définir si une espèce est envahissante ou non. Cependant, la nouvelle définition proposée et basée sur une augmentation rapide de l'abondance menant à la dominance d'une espèce dans son environnement possède elle aussi des limites assez marquées (évoquées dans la partie Rigueur de la review) que les auteurs ignorent. Ils tiennent alors un discours assez affirmatif et ne discutent pas des limites de leur nouvelle définition.
Remarques sur la review :
Je pense personnellement que si le débat est si vif dans la littérature c'est parce qu'il existe des articles comme celui-ci qui sont très affirmatifs sur leur point de vue et qui remettent en cause la biologie de l'invasion sans prendre en compte les apports que cette discipline a fourni à l'étude des déplacements d'espèces. Les réponses sont en général elles aussi très affirmatives. Cet échange peut créer un cercle vicieux d'argumentations et de contre-argumentations qui prennent à parti les auteurs et éloignent le débat de son fond conceptuel, à savoir la notion d'espèce envahissante.
Cette étude correspond à un format plus court que le format d'une review mais la structure s’éloignant des articles scientifiques, nous avons décidé de la catégoriser comme review.
Nous avons suggéré au site la création d'une catégorie Letters/Opinion pour la soumission des références tant ce format est couramment utilisé lors d'échanges d'opinions.
Publiée il y a plus de 7 ans
par
N. Mazet.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Un nouvel appel pour la fin de la biologie de l'invasion
Résumé de la review :
Les auteurs de cette review considèrent que définir une espèce envahissante en fonction de son origine (native ou non-native) n'est que très peu justifié dans la littérature et complique l'analyse du phénomène d'invasion biologique.
Pour les auteurs, observer une invasion biologique revient à observer un changement rapide de l'abondance d'une espèce menant cette espèce à devenir dominante vis-à-vis des autres espèces de son milieu. Cette définition exclut la prise en compte de l'origine de l'espèce ainsi que d'un potentiel impact négatif de cette espèce nouvellement dominante sur la communauté locale. Justement, le genévrier occidental (Juniperus occidentalis) et l'urubu noir (Coragyps atratus) sont des espèces qui ont été considérées comme envahissantes alors qu'elles se trouvaient dans leur aire géographique d'origine. Il semblerait que l'anthropisation du milieu ait facilité leur rapide explosion démographique. D'autres espèces telles que l'étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), le doryphore (Leptinotarsa decemlineata) et la petite fourmi de feu (Wasmannia auropunctata) présentent une rapide augmentation de leur abondance à la fois dans leur région native et dans les régions où elles ont été introduites, illustrant le fait que la dynamique démographique d'une espèce ne dépend pas nécessairement de son origine qui, de plus, peut s'avérer difficile à déterminer pour certaines espèces. Cette difficulté supplémentaire concernant la détermination de l'origine peut mener à des confusions vis-à-vis du caractère invasif ou non d'une espèce. Ainsi, selon les auteurs, dans un environnement donné, si une espèce considérée par défaut comme native devient rapidement dominante, ce phénomène peut-être considéré comme une expansion de l'aire géographique et non comme une invasion biologique, uniquement parce que l'origine est incluse dans la définition historique de ce qu'est une espèce envahissante. De plus, l'explosion démographique et la dominance qui caractérisent une invasion biologique n'ont pas nécessairement lieu rapidement après l'arrivée d'une espèce dans une nouvelle aire géographique. Les auteurs posent alors la question de savoir à partir de combien de temps une espèce non-native devient une espèce envahissante si son abondance n'augmente qu'après un certain laps de temps après son arrivée dans une nouvelle zone.
Pour conclure, les auteurs considèrent que leur étude n'a révélé aucun mécanisme ou processus qui ne soit pas connu en dehors du cadre conceptuel de la biologie de l'invasion et qui justifierait que la biologie de l'invasion soit une discipline à part entière. Ils appellent donc à élargir la discipline vers l'écologie de la redistribution (SPRED ecology en anglais pour SPecies REDistribution) défini par Mark Davis dans son livre Invasion Biology paru en 2009.
Les auteurs défendent leur point de vue en le basant sur une approche dite "phénoménologique". Cette approche se base sur l’étymologie du mot phénomène (venant du verbe apparaitre) pour justifier les deux critères définissant une espèce envahissante (rapide augmentation de l'abondance et dominance dans la communauté). Cette approche me semble un peu survendue et, bien que cette définition apporte des éléments au débat concernant ce qu'est une espèce envahissante en soit, elle se base uniquement sur un argument étymologique assez péremptoire. De plus, les auteurs n'utilisent pas de données quantitatives pour définir les deux critères. Leurs critères qualitatifs sont donc des critères arbitraires, caractéristique reprochée par ces mêmes auteurs à la dichotomie native/non-native. Ces limites fragilisent le propos final des auteurs qui remettent en question la biologie de l'invasion comme discipline sans même évoquer les avancées permises par cette discipline en écologie fondamentale.
Cette review fait partie des études qui prennent parti dans le débat et remettent en cause l'existence de la biologie de l'invasion comme discipline à part entière. Cette review propose une définition de la notion d'invasion biologique qui montre les limites de la définition historique basée sur l'origine géographique pour définir si une espèce est envahissante ou non. Cependant, la nouvelle définition proposée et basée sur une augmentation rapide de l'abondance menant à la dominance d'une espèce dans son environnement possède elle aussi des limites assez marquées (évoquées dans la partie Rigueur de la review) que les auteurs ignorent. Ils tiennent alors un discours assez affirmatif et ne discutent pas des limites de leur nouvelle définition.
Je pense personnellement que si le débat est si vif dans la littérature c'est parce qu'il existe des articles comme celui-ci qui sont très affirmatifs sur leur point de vue et qui remettent en cause la biologie de l'invasion sans prendre en compte les apports que cette discipline a fourni à l'étude des déplacements d'espèces. Les réponses sont en général elles aussi très affirmatives. Cet échange peut créer un cercle vicieux d'argumentations et de contre-argumentations qui prennent à parti les auteurs et éloignent le débat de son fond conceptuel, à savoir la notion d'espèce envahissante.
Cette étude correspond à un format plus court que le format d'une review mais la structure s’éloignant des articles scientifiques, nous avons décidé de la catégoriser comme review.
Nous avons suggéré au site la création d'une catégorie Letters/Opinion pour la soumission des références tant ce format est couramment utilisé lors d'échanges d'opinions.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.