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Titre de la review :

Entre le marteau et l'enclume : évaluation des risques relatifs à la consanguinité et à l'hybridation pour la conservation et la gestion


Résumé de la review :

De nos jours, les populations deviennent de plus en plus fragmentées et vulnérables face à la dépression de consanguinité et à la perte de leur potentiel évolutif. Certaines études ont donc souligné les avantages que pourrait avoir l'hybridation en biologie de la conservation. En effet, cette stratégie permettrait d'augmenter la diversité génétique et de réduire la dépression de consanguinité dans les populations menacées. Cette enthousiasme est cependant tempéré par la possibilité que les croisements puissent induire une dépression hybride. En d'autres termes, les hybrides pourraient subir une baisse de la valeur sélective due aux perturbations des interactions intrinsèques, entre gènes, ou extrinsèques, entre les gènes et l'environnement. La question est donc de savoir si l'hybridation doit être encouragée ou, au contraire, évitée. Cette review présente les risques de la consanguinité et de l'hybridation, discute des raisons pour lesquelles ces risques peuvent être difficiles à prévoir et évalue les domaines dans lesquels davantage d'informations sont nécessaires.

Dans les petites populations isolées, la consanguinité peut redistribuer les fréquences génotypiques, conduisant ainsi à une augmentation de l'homozygotie. Par le biais de différents mécanismes génétiques (superdominance, expression de caractères récessifs délétères), une dépression de consanguinité peut donc s'installer et entraîner une baisse de la valeur sélective. L'hybridation apparaît donc être une solution à ce problème. En effet, cette stratégie peut conduire à l'amélioration de la fitness des hybrides (hétérosis). Ceci est en générale attribué à la superdominance (hétérozygotes avantagés par rapport aux homozygotes) ou au masquage des caractères récessifs délétères, bien que l'épistasie (interaction entre gènes masquant ou empêchant l'expression d'autres gènes) puisse également être impliquée. Cependant, les croisements entre populations peuvent tout aussi bien entraîner une réduction de la fitness chez les hybrides de première génération (sous-dominance, interactions épistatiques) et une perte de l'adaptation locale. Souvent, cette baisse de valeur sélective est retardée jusqu'à la génération F2 ou plus, lorsque des interactions délétères entre locus homozygotes sont exposées. Par ailleurs, le modèle "Dobzhansky-Müller" explique que les populations isolées accumulent progressivement des mutations neutres ou avantageuses et développent des complexes de gènes co-adaptés. Lorsqu'il y a accouplement entre ces populations, la ségrégation et la recombinaison peuvent alors briser ces complexes et rassembler des mutations n'ayant jamais été "testées" et pouvant donc avoir des effets négatifs. La review nous explique ensuite comment mesurer les coûts liés à la consanguinité et à l'hybridation par des croisements contrôlés ou par des analyses génétiques à partir de populations naturelles. Elle souligne également la faible quantité d'informations concernant la dépression hybride, en particulier car les recherches sur l'hybridation ne vont que très rarement au delà de la première génération. Malgré ce manque d'études consacrées à la dépression hybride, ce phénomène a été observé chez une grande diversité d'organismes. Certains travaux ont d'ailleurs montré, qu'au delà de la première génération, les risques liés à l'hybridation ont tendance à dépasser ceux causés par la consanguinité. De plus, la review souligne que les effets de l'hybridation varieront probablement selon les taxons, les caractères, le niveau de divergence entre les populations, les antécédents d'accouplement, les conditions environnementales et les effets simultanées de la consanguinité et de l'hybridation. Cela suggère que des études plus approfondies doivent être réalisées avant de mettre en place des programmes de gestion utilisant l'hybridation et que les préoccupations relatives à cette stratégie doivent être prises au sérieux, les effets pouvant parfois être aussi néfastes que la consanguinité.

Rigueur de la review :

L'auteur se base ici sur de nombreuses références bien connues sur le sujet et met en avant un grand nombre d'exemples de dépression hybride. Cette review a d'ailleurs été citée de nombreuses fois par les études concernant l'utilisation de l'hybridation en conservation afin de discuter des risques de cette stratégie.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette review suggère que les gestionnaires devraient prendre sérieusement en considération les risques potentiels liés à l'hybridation, ces derniers pouvant être plus importants que ceux causés par la consanguinité au delà de F1. Malgré les avantages potentiels de l'hybridation, de faibles niveaux de flux de gènes peuvent avoir un effet désastreux sur certaines populations. Davantage d'études sur la question doivent donc être réalisées et si l'hybridation et absolument nécessaire, certaines règles strictes doivent être appliquées. Enfin, les conséquences de l'hybridation sur la fitness devraient être testées pendant au moins deux générations avant d'imposer cette stratégie de gestion à la population concernée. L'auteur souligne que la dépression hybride est hautement imprévisible et qu'il est tout à fait possible que l'hybridation réduise la dépression de consanguinité à la première génération, mais induise des niveaux comparables de dépression hybride à partir de la deuxième génération.

Publiée il y a plus de 7 ans par L. Rodrigues de sa.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.