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Sauvetage, par un seul immigrant, d'une population de loups (Canis lupus) ayant subi un goulot d’étranglement
Introduction à l'article :
La pression humaine conduit de plus en plus à l'isolement des populations naturelles, avec une perte consécutive de la variabilité génétique et un risque d'extinction élevé. Cependant, plusieurs études ont indiqué que ces populations consanguines pourraient être sauvées par la contribution d'un petit nombre d'immigrés. Cette stratégie permettrait d'éviter la dépression de consanguinité et d'induire de profonds changements dans les structures génétiques.
L’étude dont il est question ici, apporte une preuve renforçant cette théorie. Alors que la population de loups de la péninsule scandinave avait été déclarée éteinte, une meute a été découverte de manière inattendue en 1983. Celle-ci a ensuite commencé à croître de manière exponentielle après 1991. Cette étude retrace donc l'origine de la population, suit l'évolution de la diversité génétique et évalue l'impact des rares migrants sur cette population.
Expériences de l'article :
En premier lieu, des échantillons de tissu et de sang provenant de 94 loups scandinaves collectés entre 1984 et 2001, de 93 loups de la population de l'Est et de 66 chiens ont été analysés. Pour cela, différents outils moléculaires ont été utilisés, incluant l'ADN mitochondrial (mtDNA), des microsatellites liés au chromosome Y et au chromosome X ainsi que des marqueurs microsatellites autosomiques.
En deuxième lieu, un génotypage d'un sous ensemble de 12 marqueurs microsatellites autosomiques provenant de dents de 30 spécimens de musée, c.a.d. de loups "historiques", a été réalisé.
Ensuite, l'origine des fondateurs a été déterminée avec une approche bayésienne.
Enfin, une Analyse Factorielle des Correspondances (AFC) a été réalisée pour déterminer la similarité génétique entre les échantillons et évaluer la variabilité génétique dans chaque population. De plus, le degré de différenciation entre les populations a été mesuré par un estimateur de Fst (statistique Φ) et par la distance de Nei.
Résultats de l'article :
Les résultats associés au génotypage indiquent que la population a été fondée par un seul mâle et une seule femelle. L'origine des fondateurs a été déterminée pour estimer la probabilité que leurs génotypes correspondent à la population historique, à la population de l'Est ou à la population de chiens. Ainsi, la femelle fondatrice a une probabilité de 95% de provenir de la population de loups de l'Est. De même, le mâle fondateur présumé a une forte probabilité (0,98) d'être un immigré de cette même population voisine.
L'AFC indique que les loups scandinaves contemporains sont différenciés de la population de l'Est et des loups scandinaves historiques. De plus, la variabilité génétique est plus faible dans la population contemporaine de loups scandinaves que chez les loups historiques et ceux de l'Est.
Il semble ensuite que l'arrivée d'un nouvel immigré mâle a conduit à l'augmentation de l'hétérozygotie et coïncide alors avec la croissance rapide et exponentielle de la population.
Ce que cet article apporte au débat :
L’article apporte de bons arguments concernant l'avantage de l'hybridation dans une petite population. En effet, l'arrivée d'un seul loup immigré peut non seulement réduire le risque de dépression de consanguinité, mais aussi permettre le déclenchement de la croissance démographique de la population. Par conséquent, un migrant qui réussi à se reproduire au sein d'une population peut contribuer au sauvetage d'une population en danger d'extinction via l'hybridation.
Les auteurs soulignent que de nombreuses espèces possèdent des mécanismes comportementaux afin d'éviter la consanguinité. Cet évitement peut augmenter le risque d'extinction dû à la stochasticité environnementale ou démographique. Cependant, comme on peut le constater ici, la migration, même à un faible taux, peut être très bénéfique pour les populations et permettre une diminution de la consanguinité ainsi qu'une augmentation rapide de la densité et de la croissance démographique de ces dernières.
Sauvetage, par un seul immigrant, d'une population de loups (Canis lupus) ayant subi un goulot d’étranglement
Introduction à l'article :
La pression humaine conduit de plus en plus à l'isolement des populations naturelles, avec une perte consécutive de la variabilité génétique et un risque d'extinction élevé. Cependant, plusieurs études ont indiqué que ces populations consanguines pourraient être sauvées par la contribution d'un petit nombre d'immigrés. Cette stratégie permettrait d'éviter la dépression de consanguinité et d'induire de profonds changements dans les structures génétiques.
L’étude dont il est question ici, apporte une preuve renforçant cette théorie. Alors que la population de loups de la péninsule scandinave avait été déclarée éteinte, une meute a été découverte de manière inattendue en 1983. Celle-ci a ensuite commencé à croître de manière exponentielle après 1991. Cette étude retrace donc l'origine de la population, suit l'évolution de la diversité génétique et évalue l'impact des rares migrants sur cette population.
En premier lieu, des échantillons de tissu et de sang provenant de 94 loups scandinaves collectés entre 1984 et 2001, de 93 loups de la population de l'Est et de 66 chiens ont été analysés. Pour cela, différents outils moléculaires ont été utilisés, incluant l'ADN mitochondrial (mtDNA), des microsatellites liés au chromosome Y et au chromosome X ainsi que des marqueurs microsatellites autosomiques.
En deuxième lieu, un génotypage d'un sous ensemble de 12 marqueurs microsatellites autosomiques provenant de dents de 30 spécimens de musée, c.a.d. de loups "historiques", a été réalisé.
Ensuite, l'origine des fondateurs a été déterminée avec une approche bayésienne.
Enfin, une Analyse Factorielle des Correspondances (AFC) a été réalisée pour déterminer la similarité génétique entre les échantillons et évaluer la variabilité génétique dans chaque population. De plus, le degré de différenciation entre les populations a été mesuré par un estimateur de Fst (statistique Φ) et par la distance de Nei.
Les résultats associés au génotypage indiquent que la population a été fondée par un seul mâle et une seule femelle. L'origine des fondateurs a été déterminée pour estimer la probabilité que leurs génotypes correspondent à la population historique, à la population de l'Est ou à la population de chiens. Ainsi, la femelle fondatrice a une probabilité de 95% de provenir de la population de loups de l'Est. De même, le mâle fondateur présumé a une forte probabilité (0,98) d'être un immigré de cette même population voisine.
L'AFC indique que les loups scandinaves contemporains sont différenciés de la population de l'Est et des loups scandinaves historiques. De plus, la variabilité génétique est plus faible dans la population contemporaine de loups scandinaves que chez les loups historiques et ceux de l'Est.
Il semble ensuite que l'arrivée d'un nouvel immigré mâle a conduit à l'augmentation de l'hétérozygotie et coïncide alors avec la croissance rapide et exponentielle de la population.
L’article apporte de bons arguments concernant l'avantage de l'hybridation dans une petite population. En effet, l'arrivée d'un seul loup immigré peut non seulement réduire le risque de dépression de consanguinité, mais aussi permettre le déclenchement de la croissance démographique de la population. Par conséquent, un migrant qui réussi à se reproduire au sein d'une population peut contribuer au sauvetage d'une population en danger d'extinction via l'hybridation.
Les auteurs soulignent que de nombreuses espèces possèdent des mécanismes comportementaux afin d'éviter la consanguinité. Cet évitement peut augmenter le risque d'extinction dû à la stochasticité environnementale ou démographique. Cependant, comme on peut le constater ici, la migration, même à un faible taux, peut être très bénéfique pour les populations et permettre une diminution de la consanguinité ainsi qu'une augmentation rapide de la densité et de la croissance démographique de ces dernières.
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