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Titre de l'article :

Le turnover des espèces promeut l'importance de la diversité des abeilles pour la pollinisation des cultures aux échelles régionales


Introduction à l'article :

Le rôle de la richesse spécifique dans un écosystème est un sujet focus des écologues depuis plusieurs dizaines d'années. Les services écosystémiques (i.e. les avantages que les humains en retirent) sont-ils dépendant d'un grand nombre d'espèces ou quelques espèces clés sont-elles suffisantes pour obtenir ce service rendu ?
Les études se penchant sur cette question essaient surtout d'y répondre en conditions contrôlées où ni la dominance ni l'abondance spécifiques ne sont considérées. Le contrôle des conditions abiotiques et biotiques posent problèmes aux généralisations potentielles, en terme de conservation des espèces et donc de la préservation des services rendus par la biodiversité.
Les auteurs s'appliquent ici à étudier à large échelle l'effet du nombre d'espèce, de la différence de composition des communautés (turnover) et de la dominance locale des populations d'abeilles sauvages sur la pollinisation des cultures du sud-est des états-unis.

Expériences de l'article :

Les auteurs ont mesurés le nombre d'espèces nécessaires pour atteindre un niveau de pollinisation (25, 50 et 75% de la moyenne observée) sur un nombre croissant de localité et donc de communautés de pollinisateurs. Ils ont étudiés 48 sites dans lesquels ils ont répliqué leur capture d'insectes afin d'étudier à la fois l'échelle régionale et locale. Chaque espèce capturée a été caractérisée par le nombre de grains déposés sur des fleurs expérimentales (pollinisation réalisée). Ils comparent ensuite leur résultats à un modèle qui supprime l'effet de la dominance de populations au sein de communauté.

Résultats de l'article :

À la plus petite échelle mesurée, 50% de la pollinisation moyenne est réalisée par 5.5 espèces d'abeilles sauvages en moyenne, résultat proche de ceux d'expériences en conditions contrôlées. Cependant, en élargissant l'échelle au paysage (16 localités), le nombre d'espèces nécessaire au même taux de pollinisation est multiplié par 4.4. En regardant à l'échelle régionale, 55 espèces d'abeilles sont nécessaire pour 50% et 79 espèces sont nécessaire pour réaliser 75% de la pollinisation moyenne des champs observés. Les auteurs rajoutent qu'ils ne prennent en compte que 3 systèmes d'agricultures et que leurs résultats devraient être démultiplié en considérant les autres systèmes.
L'effet de la dominance sur le nombre d'espèces nécessaire à la pollinisation est ici faible devant l'effet du turnover. L'hypothèse que la dominance diminue l'importance de la richesse spécifique au sein d'une communauté s'avère donc fausse : même si une espèce domine, l'ensemble de la communauté est essentiel.

Rigueur de l'article :

Cet article est hautement rigoureux et bien que financé par le ministère de l'agriculture américain, il va à l'encontre des pratiques et idées partagées des agricultures actuelles.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article permet de remettre en question le management actuel des agricultures intensives où la pollinisation artificielle par A. mellifera, espèce très dominante et abondante parfois artificiellement, est régulièrement uniquement employée. Les auteurs se positionnent donc sur la conservation de l'ensemble des pollinisateurs et ne pas se "reposer" sur la conservation des quelques espèces dominantes dans certains types d'environnement.
Les auteurs n'étudient cependant que la richesse spécifique des abeilles sauvages et ne prennent pas en compte la richesse des autres pollinisateurs tels que papillons, scarabées et tant d'autre insectes. Leur présence est-elle complémentaire au service écosystémique de pollinisation ou les abeilles sont-elles-elle suffisantes (voir par exemple Rader et al., 2016) ?

Publiée il y a plus de 7 ans par A. Estarague.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.