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Titre de la review :

La fin de la biologie de l’invasion : un débat d’idées n’est pas équivalent à de la science insensée


Résumé de la review :

Cette review est une réponse à l’article de Valéry et al. (2013). Les auteurs critiquent la remise en question de la biologie de l’invasion énoncée par Valéry et al. (2013) et soulignent que le débat scientifique que peut provoquer des notions, même centrales à une discipline, ne doit pas pour autant remettre en cause la discipline au point de la qualifier comme absurde ou insensée.

Dans leur review, Valery et al. (2013) considèrent que définir une espèce comme envahissante uniquement à partir de son origine géographique est arbitraire, n’est pas une caractéristique propre à l’espèce et n’est pas opérationnel d’un point de vue pratique. Pour eux, un changement rapide vers la dominance suffit à caractériser une espèce envahissante. Ils citent ainsi des exemples d’espèces qui présentent des changements rapide d’abondance vers la dominance à la fois dans leur aire de répartition native et dans les aires où ces espèces ont été introduites pour illustrer leur critique de l’utilisation de l’origine comme critère de définition.

Pour les auteurs de cette étude, utiliser la définition proposée par Valéry et al. (2013) revient à considérer toute explosion démographique comme invasion biologique et ne prend absolument pas en compte certains changements saisonniers de démographie très caractéristiques chez certaines espèces. Ils appuient notamment sur le fait que les critères et arguments utilisés par Valéry et al. (2013) n’expliquent en rien les causes de l’invasion biologique, c’est-à-dire, selon leurs critères, l’état de dominance d’une espèce. Qui plus est, cette rapide dominance n’est pas toujours observée chez les espèces considérées comme envahissantes. Ici, les auteurs affirment que la notion de colonisation d’une zone géographique au-delà de l’aire de répartition historique d’une espèce est fondamentale au concept d’invasion et est à différencier d’une simple prolifération locale de cette même espèce.

La non prédictibilité des invasions biologiques est aussi un argument avancé par Valéry et al. (2013) pour justifier leur volonté de mettre un terme à la biologie de l’invasion. Cet argument est rejeté par les auteurs car ils considèrent que beaucoup de domaines scientifiques devraient alors être abandonnés et que nous ne devrions plus tenter de comprendre des phénomènes idiosyncratiques difficiles à prédire. Inclure un critère d’impact dans la définition d’une espèce invasive est ouvert au débat mais cela ne signifie pas que l’ensemble de la biologie de l’invasion doit être remis en question, tant cette dernière à apporter à la biologie de la conservation et à l’écologie fondamentale. L’étude conclue assez fermement sur le fait qu’au lieu de vouloir en finir avec la biologie de l’invasion, les scientifiques devraient continuer à concentrer leurs efforts dans la compréhension des invasions biologiques pour en finir avec les invasions les plus néfastes.

Rigueur de la review :

La review se concentre sur la faible argumentation utilisée par Valéry et al. (2013) et sur leurs conclusions péremptoires. Les auteurs mettent en perspectives les critiques émises par Valéry et al. (2013) par rapport à ce que la biologie de l’invasion a apporté à l’écologie fondamentale et ce sans nier le débat existant autour de la notion d’espèce envahissante. Cela donne un poids moindre aux critiques de Valéry et al. (2013) qui attaquaient la biologie de l’invasion sans évoquer ses points positifs. De ce point de vue, les auteurs semblent mieux maîtriser leur sujet. On peut cependant leur reprocher une conclusion hors sujet car ils considèrent que le temps perdu aux polémiques n’est pas consacré à comprendre des invasions néfastes. Les auteurs glissent ainsi vers des considérations appliquées alors que le débat est avant tout fondamental. Cela détonne avec le reste de l’analyse qui met en lumière les limites de l’étude de Valéry et al. (2013) de façon assez rigoureuse.

Ce que cette review apporte au débat :

À travers la réponse qui est faite à l’étude de Valéry et al. (2013), cette review met en avant les limites de la définition nouvellement proposée en la confrontant aux avancées permises en écologie fondamentale par la biologie de l’invasion. Si Valéry et al. (2013) critiquaient la nature arbitraire d’une définition centrée sur l’origine, les auteurs critiquent ici l’absence de la notion de colonisation d’un nouveau milieu dans la définition d’une invasion. Ils pointent aussi du doigt les non-sens de la nouvelle définition qui laisse penser que la moindre explosion démographique pourrait être considérée comme une invasion. Cette réponse apporte une contradiction claire et argumentée à certaines critiques de la biologie de l’invasion bien qu’elle soit maladroitement conclue par des considérations appliquées qui s’éloignent du débat conceptuel.

Remarques sur la review :

Comme évoqué dans l'analyse de Valéry et al. (2013), lorsque des articles peu rigoureux sont très incisifs sur leur propos (comme ce fut le cas pour l'étude à laquelle répond cette review), les réponses sont en général elles aussi très affirmatives et parfois à charge. Si celle-ci est assez rigoureuse, le style d'écriture est clairement offensif et reproche implicitement l'écriture incisive de Valéry et al. (2013). Ce type d'échange piquant est susceptible d'éloigner le débat de son fond conceptuel, à savoir la notion d'espèce envahissante.

Cette étude correspond à un format plus court que le format d'une review mais la structure s’éloignant des articles scientifiques, nous avons décidé de la catégoriser comme review.
Nous avons suggéré au site la création d'une catégorie Letters/Opinion pour la soumission des références tant ce format est couramment utilisé lors d'échanges d'opinions.

Publiée il y a plus de 7 ans par N. Mazet.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.