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Titre de la review :

Une entreprise gigantesque : exploiter les connaissances de l'écologie fonctionnelle pour définir les priorités en matière de désextinction


Figure :

The extinction of the woolly mammoth (Mammuthus primigenius) was associated with the extinction of a diverse set of ecological functions. De‐extinction programmes currently targeting the resurrection of mammoths can be made more ecologically meaningful by endeavouring to recover both the biological and the ecological integrity of this species. Functions depicted were derived from the following literature: migration and nutrient transport (Zimov, Zimov & Chapin 2012; Doughty et al. 2015); decreased snowpack (Zimov 2005); increased grass and herb growth (Zimov et al. 1995; Barnosky et al. 2015); and trampling impacts on nutrient cycling (Zimov et al. 1995; Barnosky et al. 2015).

Résumé de la review :
  1. La désextinction, ou processus de résurrection d’espèces disparues, a été avancée comme un nouvel outil en biologie de la conservation. Jusqu'à présent, la plupart des discussions scientifiques sur la désextinction ont porté sur la méthodologie et l'éthique permettant de ramener à la vie des espèces jadis disparues. Nous nous demandons: comment peut-on transformer stratégiquement la désextinction en un service qui profite au maximum aux communautés écologiques et aux écosystèmes?
  2. Les écologistes indiquent souvent que la perte de fonction écologique est le pire aspect de l'extinction. Plusieurs décennies de recherche sur la définition, la classification et le suivi des modifications du panel de fonctions écologiques ont généré un riche répertoire d’informations qui devraient être exploité pour aider à guider la désextinction vers un avenir où ses produits peuvent réellement restaurer la perte de fonction induite par l’extinction.
  3. Les classifications des fonctions écologiques restent plus subjectives que d'autres taxonomies biologiques. Cependant, les écologistes s'accordent à dire que les fonctions de certaines espèces sont moins redondantes sur le plan écologique que d'autres. La perte d'espèces fonctionnellement uniques peut avoir des effets immédiats et en cascade sur le fonctionnement de la communauté et de l'écosystème.
  4. Nous examinons, du point de vue d’un écologiste, les efforts en cours afin d'utiliser la désextinction pour rétablir le mammouth laineux et le pigeon voyageur. Ces études de cas emblématiques illustrent les opportunités et les défis à venir pour restaurer la fonction écologique en utilisant la désextinction.
  5. Il y a un grand risque que la désextinction se limite à la fabrication de produits imitant la biologie d'espèces disparues, mais ne parvienne pas à ressusciter leur écologie. Nous suggérons trois façons pour la désextinction de restaurer de manière plus significative le fonctionnement d'espèces anciennement disparues: (i) sélectionner les espèces cibles dans les groupes à faible redondance fonctionnelle; (ii) se concentrer sur les espèces qui ont disparu récemment plutôt que sur des extinctions plus anciennes; et (iii) travailler uniquement avec les espèces qui peuvent être restaurées à des niveaux d'abondance qui permettent un rétablissement significatif de la fonction écologique.
Rigueur de la review :

La review est plutôt rigoureuse en ce qui concerne les références qu'elle cite (grand nombre d'articles (+70), issus de journaux à comité de lectures). Elle fournit des "supporting information" (tableaux et figures supplémentaires aidant à la compréhension de la review mais non nécessaires).
Il n'y a pas d'évidence pour un conflit d'intérêt. Les financements proviennent de la fondation "Alfred P. Sloan Foundation" (organisation philanthropique à but non lucratif américaine), ainsi que du programme "the Benioff Ocean Initiative". On remarquera néanmoins que deux des auteurs font partie du "Benioff Ocean Initiative" (Dr. Douglas McCauley et Dr. Hillary Young), ce qui laisserait penser que l'obtention de ce financement a pu être facilitée.
La méthodologie est cohérente pour une review.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette review met en exergue la dimension fonctionnelle de la désextinction du mammouth (le cas du thylacine n'est pas traité). Elle préconise de choisir une espèce qui présente un niveau de redondance fonctionnelle faible, qui a été éteinte récemment et qui peut être ramenée à la vie à un niveau d'abondance cohérent à la restauration de ses fonctions écologiques.
Le mammouth ne remplit pas tous ces critères. En effet, le mammouth joue bien un rôle unique dans la décomposition et le renouvellement des nutriments (de part son régime alimentaire), et modifie la structure du sol par son piétinement, permettant ainsi aux herbacés de s'installer et de façonner l'écosystème. Néanmoins, le mammouth s'est éteint il y a 13000 ans : les conditions actuelles du milieu ne permettraient pas la réapparition des herbacés, même avec la réintroduction du mammouth (sol trop acide). Fonctionnellement parlant, la résurrection du mammouth des steppes n'est pas pertinente et ne devrait donc pas avoir lieu d'être.

Publiée il y a plus de 7 ans par P. Charlot.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.