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Réintroduire des espèces ressuscitées : sélectionner des candidats à la désextinction
Figure :
Etude de cas du thylacine. L'évaluation de celui-ci dans notre cadre n'a pas vocation à être finale; nous avons utilisé la littérature publiée pour modéliser comment, en général, les questions relatives à la faisabilité du translocation et au risque peuvent être abordées afin d'informer les décideurs sur la faisabilité d'une libération. Une évaluation plus détaillée du candidat devrait inclure des informations écologiques provenant de toutes les sources, y compris des rapports non publiés, ainsi que l'opinion d'experts, le cas échéant. L'évaluation de la disponibilité de l'habitat, des menaces actuelles et futures, des maladies et d'autres risques devrait également intégrer les meilleures informations disponibles provenant de toutes les sources.
Source : Seddon, P. J., Moehrenschlager, A., & Ewen, J. (2014). Reintroducing resurrected species: selecting DeExtinction candidates. Trends in ecology & evolution, 29(3), 140-147.
Introduction à l'article :
Les auteurs partent du postulat que si la désextinction est envisageable, il y a alors une nécessité de choisir l'espèce que l'on souhaite ressusciter selon certains critères.
Le but de cet article est d'émettre un premier filtre dans le choix des espèces potentiellement ressuscitables, en prenant en compte la faisabilité et les risques associés à une réintroduction dans le milieu. Les auteurs choisissent pour cela d'avoir recours à un guide produit par l'IUCN (International Union for Conservation of Nature) qui émet des principes régissant les translocations d'espèces, une sous-branche de la conservation où des espèces sont relâchées dans un milieu duquel elles ne sont pas originaires. guide de l'IUCN
Ce guide est ici utilisé afin d'identifier les informations manquantes, les incertitudes et les risques relatifs à le remise en liberté d'espèces ressuscitées. Cela permet d'éliminer les candidats inappropriés et d'éviter des efforts scientifiques, techniques et monétaires inutiles.
Expériences de l'article :
10 questions fermées posées pour le thylacine. Les causes d'extinction sont-elles identifiables et résolvables? Existe-t-il des causes de déclin actuelles ou futures? Les besoins du candidat sont-ils suffisamment compris pour sélectionner des aires de réintroduction? Y a-t-il une zone suffisamment appropriée et convenablement gérée actuellement et dans le futur? La translocation est-elle compatible avec la politique et la législation actuelles? La translocation serait-elle possible au vu du contexte socio-économique de la zone considérée? Y a-t-il un risque que l'espèce introduite ait des impacts négatifs sur les espèces, les communautés ou l'écosystème de l'aire d'accueil? Y a-t-il un risque lié aux agents pathogènes qui pourrait avoir des impacts négatifs sur l'espèce ou l'écosystème? Y a-t-il des risques directs préjudiciables sur les hommes, leur existence et les services écosystémiques? Serait-il possible de supprimer ou déplacer l'espèce réintroduite en cas d'impacts imprévus intolérables?
Résultats de l'article :
Une espèce candidate peut être rejetée si elle faillit à l'une de ces dix questions, ou s'il y a un manque d'informations, ou encore de fortes incertitudes dans la réponse aux questions. Ce filtre reste néanmoins assez grossier, et ne sert qu'à éliminer les candidats visiblement inadéquats.
Le thylacine, qui est l'une de nos espèces d'intérêt dans cette controverse, réussit à passer ce premier filtre, car les causes d'extinction et ses besoins sont connues et gérables; il existe une aire appropriée à sa réintroduction, compatible avec la politique et la législation en vigueur; les impacts potentiels sur les hommes et l'écosystème sont plutôt prévisibles et acceptables; leur démographie originelle plutôt faible permettrait d'avoir le contrôle en cas d'imprévus nécessitant le déplacement ou la suppression de l'espèce.
Selon cet article, la résurrection du thylacine mériterait donc d'être étudiée plus en détail car les risques associés à sa réintroduction dans le milieu sont acceptables.
Rigueur de l'article :
En plus de leurs organismes d'origine (centre de recherche), les trois auteurs sont tous membres de l'IUCN, au sein du groupe spécialisé dans la réintroduction. L'IUCN est une organisation non gouvernementale internationale financée majoritairement par des agences internationales qui lutte pour la conservation de la nature et l'utilisation durable des ressources naturelles. On comprend donc mieux pourquoi ils ont choisi de se fonder sur le rapport de l'IUCN pour effecteur leur analyse. La méthodologie utilisée n'en reste pas moins pertinente pour répondre à l'objectif fixé, qui est de faire un premier tri grossier parmi les candidats.
Un des auteurs (A. Moehrenschlager) a reçu le soutien financier de Husky Energy Endangered Species Program (grande entreprise canadienne dans le secteur des hydrocarbures), ainsi que de la Canadian Wildlife Federation (organisme canadien à but non lucratif voué à la conservation de la faune). Les financements ne soulèvent pas de conflits d'intérêt apparents.
Ce que cet article apporte au débat :
Cet article évalue concrètement les risques liés à la réintroduction du thylacine dans la région de la Tasmanie en Australie. Selon les auteurs, les risques d'impacts négatifs sont plutôt modérés, ce qui en ferait donc un candidat idéal à la désextinction.
Une question émergente majeure concerne les pathogènes. (cf Parasites Lost: Neglecting a Crucial Element in De-Extinction). En effet, bien que certains pathogènes soient déjà connus pour le thylacine, leurs possibles impacts sur l'écosystème sont inconnus, et demanderaient donc un approfondissement. Les autres questions émergentes sont plus de l'ordre socio-économique. Bien que la population locale supporte le démon de Tasmanie, qui peut poser des menaces sur l'agriculture et l'élevage, supporterait-elle la réintroduction du thylacine, qui poserait le même type de menace ? Le tourisme que pourrait générer la réintroduction du thylacine et donc les hypothétiques bénéfices financiers liés suffiraient-ils à convaincre ces populations ?
Remarques sur l'article :
Philip Seddon est professeur dans le département de zoologie de l'université d'Otago (Nouvelle-Zélande). Il est l'un des leader dans le domaine de la désextinction, ayant publié de nombreux articles à ce sujet.
Axel Moehrenschlager est chercheur au centre de recherche sur la conservation à la Calgary Zoological Society (Canada) travaillant sur la restauration écologique.
John Ewen est chercheur à l'Institut de Zoologie, aile recherche de la Zoological Society of London (Royaume-Uni).
Cet article se définit comme un "opinion paper", il n'est donc pas anormal d'assister à une prise de position plutôt visible (dans ce cas-ci, favorable à la désextinction).
Réintroduire des espèces ressuscitées : sélectionner des candidats à la désextinction
Etude de cas du thylacine. L'évaluation de celui-ci dans notre cadre n'a pas vocation à être finale; nous avons utilisé la littérature publiée pour modéliser comment, en général, les questions relatives à la faisabilité du translocation et au risque peuvent être abordées afin d'informer les décideurs sur la faisabilité d'une libération. Une évaluation plus détaillée du candidat devrait inclure des informations écologiques provenant de toutes les sources, y compris des rapports non publiés, ainsi que l'opinion d'experts, le cas échéant. L'évaluation de la disponibilité de l'habitat, des menaces actuelles et futures, des maladies et d'autres risques devrait également intégrer les meilleures informations disponibles provenant de toutes les sources.
Source : Seddon, P. J., Moehrenschlager, A., & Ewen, J. (2014). Reintroducing resurrected species: selecting DeExtinction candidates. Trends in ecology & evolution, 29(3), 140-147.
Les auteurs partent du postulat que si la désextinction est envisageable, il y a alors une nécessité de choisir l'espèce que l'on souhaite ressusciter selon certains critères.
Le but de cet article est d'émettre un premier filtre dans le choix des espèces potentiellement ressuscitables, en prenant en compte la faisabilité et les risques associés à une réintroduction dans le milieu. Les auteurs choisissent pour cela d'avoir recours à un guide produit par l'IUCN (International Union for Conservation of Nature) qui émet des principes régissant les translocations d'espèces, une sous-branche de la conservation où des espèces sont relâchées dans un milieu duquel elles ne sont pas originaires. guide de l'IUCN
Ce guide est ici utilisé afin d'identifier les informations manquantes, les incertitudes et les risques relatifs à le remise en liberté d'espèces ressuscitées. Cela permet d'éliminer les candidats inappropriés et d'éviter des efforts scientifiques, techniques et monétaires inutiles.
10 questions fermées posées pour le thylacine. Les causes d'extinction sont-elles identifiables et résolvables? Existe-t-il des causes de déclin actuelles ou futures? Les besoins du candidat sont-ils suffisamment compris pour sélectionner des aires de réintroduction? Y a-t-il une zone suffisamment appropriée et convenablement gérée actuellement et dans le futur? La translocation est-elle compatible avec la politique et la législation actuelles? La translocation serait-elle possible au vu du contexte socio-économique de la zone considérée? Y a-t-il un risque que l'espèce introduite ait des impacts négatifs sur les espèces, les communautés ou l'écosystème de l'aire d'accueil? Y a-t-il un risque lié aux agents pathogènes qui pourrait avoir des impacts négatifs sur l'espèce ou l'écosystème? Y a-t-il des risques directs préjudiciables sur les hommes, leur existence et les services écosystémiques? Serait-il possible de supprimer ou déplacer l'espèce réintroduite en cas d'impacts imprévus intolérables?
Une espèce candidate peut être rejetée si elle faillit à l'une de ces dix questions, ou s'il y a un manque d'informations, ou encore de fortes incertitudes dans la réponse aux questions. Ce filtre reste néanmoins assez grossier, et ne sert qu'à éliminer les candidats visiblement inadéquats.
Le thylacine, qui est l'une de nos espèces d'intérêt dans cette controverse, réussit à passer ce premier filtre, car les causes d'extinction et ses besoins sont connues et gérables; il existe une aire appropriée à sa réintroduction, compatible avec la politique et la législation en vigueur; les impacts potentiels sur les hommes et l'écosystème sont plutôt prévisibles et acceptables; leur démographie originelle plutôt faible permettrait d'avoir le contrôle en cas d'imprévus nécessitant le déplacement ou la suppression de l'espèce.
Selon cet article, la résurrection du thylacine mériterait donc d'être étudiée plus en détail car les risques associés à sa réintroduction dans le milieu sont acceptables.
En plus de leurs organismes d'origine (centre de recherche), les trois auteurs sont tous membres de l'IUCN, au sein du groupe spécialisé dans la réintroduction. L'IUCN est une organisation non gouvernementale internationale financée majoritairement par des agences internationales qui lutte pour la conservation de la nature et l'utilisation durable des ressources naturelles. On comprend donc mieux pourquoi ils ont choisi de se fonder sur le rapport de l'IUCN pour effecteur leur analyse. La méthodologie utilisée n'en reste pas moins pertinente pour répondre à l'objectif fixé, qui est de faire un premier tri grossier parmi les candidats.
Un des auteurs (A. Moehrenschlager) a reçu le soutien financier de Husky Energy Endangered Species Program (grande entreprise canadienne dans le secteur des hydrocarbures), ainsi que de la Canadian Wildlife Federation (organisme canadien à but non lucratif voué à la conservation de la faune). Les financements ne soulèvent pas de conflits d'intérêt apparents.
Cet article évalue concrètement les risques liés à la réintroduction du thylacine dans la région de la Tasmanie en Australie. Selon les auteurs, les risques d'impacts négatifs sont plutôt modérés, ce qui en ferait donc un candidat idéal à la désextinction.
Une question émergente majeure concerne les pathogènes. (cf Parasites Lost: Neglecting a Crucial Element in De-Extinction). En effet, bien que certains pathogènes soient déjà connus pour le thylacine, leurs possibles impacts sur l'écosystème sont inconnus, et demanderaient donc un approfondissement. Les autres questions émergentes sont plus de l'ordre socio-économique. Bien que la population locale supporte le démon de Tasmanie, qui peut poser des menaces sur l'agriculture et l'élevage, supporterait-elle la réintroduction du thylacine, qui poserait le même type de menace ? Le tourisme que pourrait générer la réintroduction du thylacine et donc les hypothétiques bénéfices financiers liés suffiraient-ils à convaincre ces populations ?
Philip Seddon est professeur dans le département de zoologie de l'université d'Otago (Nouvelle-Zélande). Il est l'un des leader dans le domaine de la désextinction, ayant publié de nombreux articles à ce sujet.
Axel Moehrenschlager est chercheur au centre de recherche sur la conservation à la Calgary Zoological Society (Canada) travaillant sur la restauration écologique.
John Ewen est chercheur à l'Institut de Zoologie, aile recherche de la Zoological Society of London (Royaume-Uni).
Cet article se définit comme un "opinion paper", il n'est donc pas anormal d'assister à une prise de position plutôt visible (dans ce cas-ci, favorable à la désextinction).
Dernière modification il y a plus de 6 ans.