ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Titre de la review :

Espèces exotiques : à éliminer ou à ne pas éliminer ? Telle est la question


Résumé de la review :

Les espèces exotiques envahissantes (EEE) sont bien connues pour leurs effets négatifs sur la santé publique, les activités humaines, les habitats et le fonctionnement des écosystèmes (propriétés des sols, chaîne alimentaire, fréquences des incendies…) et surtout sur la biodiversité (réduisant la variation génétique, altérant le pool génétique des espèces endémiques). En effet, elles sont considérées, à la manière d’un mantra, comme le second facteur de la perte de diversité et des habitats. La question des EEE est très controversée : les effets précédemment cités reposeraient plus sur des préjugés plutôt que sur des faits scientifiques. Il est de plus en plus démontré que les EEE ne sont pas la deuxième cause de l’extinction, qu’une faible proportion des espèces exotiques deviennent envahissantes, que des espèces indigènes peuvent devenir envahissantes également, que le langage utilisé pour décrire ces espèces est militaire ou xénophobe et contribue à véhiculer cette mauvaise image, et enfin que certaines espèces exotiques sont sources de bien des bénéfices (qui ne sont souvent pas pris en compte dans les analyses) pour les activités humaines. L’éradication est le plus souvent la solution envisagée, mais se montre rarement bénéfique, d’autant plus qu’elle est très difficile et coûteuse à mettre en place. Par l’analyse de la littérature scientifique sur les EEE, cette étude consiste à identifier et analyser de la manière la plus objective possible la question des EEE et de leur gestion, passer outre le paradigme de l’effet négatif de ces espèces et envisager leur contribution positive. Concernant la thématique de l’écologie, les décisions d’éradication reposent sur peu d’arguments scientifiques, et leur impact sur les écosystèmes ne sont pas quantifiés, étant donné que les interactions biotiques sont extrêmement difficiles à prévoir, dans un monde en changement rapide. De plus, une décision d’éradication devrait également prendre en compte l’étendue des services écosystémiques rendus par ces EEE. Un exemple emblématique est celui du Tamarix, un arbre ornemental introduit en Amérique du Nord. Lors des périodes de sécheresses, il était accusé de consommer trop d’eau et est devenu la cible d’une campagne d’éradication. Les écologistes ont montré par la suite que sa consommation d’eau était semblable à celle d’autres arbres indigènes et fournissait des abris à des espèces endémiques. D’autre part, certaines EEE devraient être acceptées en tant que nouveau membre de l’écosystème, en particulier les espèces apportant des services écosystémiques, ou ne faisant que changer les écosystèmes (sans les menacer pour autant). D’une manière générale, l’auteur note la volonté de la société à essayer de conserver ou restaurer la nature et les espèces indigènes à un état d’origine, ou pristine, qui est le moteur de la gestion des EEE. Cette restauration écologique devrait plutôt s’appuyer sur les rôles fonctionnels des espèces et non des considérations taxinomiques. Selon cette étude, l’éradication ou le contrôle des EEE n’est pas toujours la méthode appropriée. La méthode de gestion est propre à chaque cas et varie en fonction de facteurs économiques, socio-culturels et écologiques. L’éradication de l’EEE peut être envisagée seulement lorsque cette synergie est bousculée ou irrémédiablement compromise.

Rigueur de la review :

L’auteur a réalisé une compilation d’un grand nombre d’articles scientifiques pour documenter ses propos. Ces articles sont classés par thématiques : santé, économie, société & culture et écologie. Cette étude a pour but d’abolir les paradigmes qui pèsent sur les EEE, et montre à la fois les effets positifs et négatifs des EEE sans jugement de valeur ; une chose rare et appréciable pour la question des EEE. Concernant la thématique écologique, il n’est pas fait réellement mention d’argument en faveur ou contre les EEE (si ce n’est qu’elles sont le second facteur de l’extinction). Ces informations auraient été les bienvenues, pour étayer la controverse.

Ce que cette review apporte au débat :

Le cas des EEE est sans cesse stigmatisé, pour des raisons économiques, de santé publique, socio-culturelles, ou écologiques. Et ce, le plus souvent, sans argument rigoureux à l’appui, si ce n’est qu’elles sont considérées à tort comme le « second facteur de l’extinction ». Les effets bénéfiques des EEE sur ces domaines sont rarement présentés ou étudiés dans la littérature. Afin de mieux gérer ces espèces, l’auteur suggère que la première étape serait que les autorités se rendent compte que les changements induits par certaines EEE ne sont pas nécessairement nuisibles, dans certains cas ils peuvent même devenir un avantage. Ensuite, il faut également garder à l'esprit que les EEE sont des effets visibles des changements environnementaux et non leurs vecteurs. Ces changements dans les écosystèmes sont plutôt dus au changement climatique, à l’eutrophisation, l’urbanisation accrue, etc… Il est nécessaire désormais de comprendre dans quelle mesure les changements sont acceptables.

Remarques sur la review :

Les autres approches décrites par l’auteur, économie, santé publique, société, culture..., montrent bien que la composante écologique n’est pas la plus importante et la plus prise en compte dans les décisions concernant la gestion des EEE.

Publiée il y a plus de 7 ans par A. Gardin et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 7 ans.