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Titre de l'article :

L'écologie de la désextinction: désextinction et évolution


Figure :

Répartition du temps écoulé depuis l'extinction (échelle logarithmique) pour les espèces candidates à l'extinction (barres blanches, n = 20), par rapport au temps écoulé depuis l'extinction locale de plusieurs programmes de réintroduction en Europe (barres grises, n = 35). Durée médiane depuis l'extinction: 129,5 ans (désextinctions) et 38 ans (réintroductions). THE ECOLOGY OF DE-EXTINCTION: De-extinction and evolution

Introduction à l'article :

L'application d'un cadre évolutif à toute approche de désextinction est essentielle pour comprendre comment les processus évolutifs régulent la dynamique et les conséquences écologiques des espèces ressuscitées, mais aussi pour mettre en œuvre des projets de désextinction.
Les particularités éco-évolutives des populations ressuscitées seront: (1) la discontinuité des processus biologiques à l'échelle des organismes et des populations ressuscités; (2) la faible diversité génétique initiale inhérente aux voies de désextinction comme le clonage; et (3) la divergence des trajectoires évolutives et environnementales conduisant potentiellement à la mauvaise adaptation des espèces ressuscitées à leur habitat.
La question de la divergence est étroitement liée au temps écoulé entre l’extinction de l’espèce candidate et sa résurrection; les échelles temporelles envisagées pour la désextinction du mammouth laineux (Mammuthus primigenius) sont peut-être les aspects les plus difficiles de ces programmes.

Expériences de l'article :

Dans cet article, les auteurs examinent et discutent les extinctions du point de vue de l'évolution et abordent deux questions: les programmes de désextinction pourraient-ils aboutir à des populations viables et autosuffisantes à long terme malgré les facteurs écologiques et évolutifs potentiels limitant leur dynamique, et si tel était le cas, auraient-ils le potentiel évolutif pour rétablir localement les fonctions écologiques perdues dans leur écosystème récepteur ? Autrement dit, la désextinction possède-t-elle le potentiel de réussir à se développer à l’échelle locale ? Ils ont aussi observé si les variations environnementales récentes couplées à une évolution contemporaine étaient susceptibles de générer de fortes divergences entre l'environnement et une population éteinte qui n'a pas eu la possibilité de s'adapter à des changements écologiques anthropiques, à des modifications biotiques en réponse à ces changements ou provoquées par la disparition originelle de l'espèce étudiée.

Résultats de l'article :

Les auteurs estiment qu'il faut étudier la désextinction comme une procédure évolutive se basant sur une manipulation (artificielle) de l’information génétique, bénéfique en termes évolutifs et écologiques.
Le principal avantage s'appuie sur la création de proxies écologiques aux fonctions écologiques similaires à celles de l'espèce autrefois disparue. En effet, "bien que les fonctions et services de la nature puissent être synthétisés, la nature, par définition, ne peut l’être". Même si la diversité fonctionnelle peut toujours être rétablie par le biais de phénomènes évolutifs, les lignées ne peuvent pas être récupérées, mais les populations écologiquement échangeables doivent être considérées comme des unités évolutives distinctes. C'est pour cette raison que, bien que l'Homme soit en passe de ramener à la vie une espèce (ou un substitut) et avec elle son rôle écologique fonctionnel, la perte évolutive associée au déclin initial de l’espèce et à son extinction demeurera irréversible.

Rigueur de l'article :

L'ensemble des auteurs de l'article étant affiliés au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris ainsi qu'au Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation qu'il abrite, il n'est nullement besoin de remettre en question la véracité de cette publication. Etant publié dans une revue scientifique disposant d'un facteur d'impact relativement fort (FI = 5,49, en 2016) pour son statut spécialisé dans la compréhension des processus évolutifs (entre autres), cet article occupe une place importante parmi les réflexions scientifiques à propos du concept de désextinction. Enfin, cette publication est le fruit de "l'invitation" de Mr. Philip Seddon, un des plus éminents experts internationaux qui ont été amenés à se questionner au sujet de cette controverse.

Ce que cet article apporte au débat :

Les auteurs opposent les bénéfices de la désextinction aux potentiels coûts qu'elle pourrait engendrer. En sa faveur, elle serait tout aussi bénéfique que n'importe quel autre phénomène de brassage de populations en restaurant des patrimoines génétiques et des processus évolutifs. Cette action se ferait alors conjointement avec la réapparition de fonctions écologiques perdues. Par exemple, relâcher des éléphants exprimant des gènes de mammouths dans des habitats froids pourrait être un moyen d'étendre la répartition géographique des éléphants au-delà de leurs habitats chauds en déclin.
Opposés à cet optimisme, les coûts évolutifs engendrés par la désextinction seraient à associer aux coûts écologiques. Cela entraînerait des changements éco-évolutifs non-désirés dans le système d'étude, pouvant se répercuter sur des évolutions non souhaitées incontrôlables ainsi qu'une dissémination involontaire de l'espèce si l'écart environnemental entre les habitats initiaux et actuels est grand.

Publiée il y a plus de 7 ans par M. Giraud et P. Charlot.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.