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Analyse de la référence The ecology of de-extinction

Titre de la review :

L'écologie de la désextinction


Résumé de la review :

Les études présentées forment une première tentative afin d'examiner la faisabilité et les implications de la translocation de formes ressuscitées dans le but de réaliser un bénéfice en termes de conservation des habitats et de l'écologie qui leurs sont propres.
En plus des publications de Beth Shapiro [Pathways to de-extinction: how close can we get to resurrection of an extinct species?], de Douglas MacCauley et des ses collègues [A mammoth undertaking: harnessing insight from functional ecology to shape de-extinction priority setting], d'Alexanre Robert et al., [THE ECOLOGY OF DE-EXTINCTION: De-extinction and evolution], et de Jamie Wood et ses coauteurs, [Using palaeoecology to determine baseline ecological requirements and interaction networks for de-extinction candidate species], déjà analysés au sein de cette controverse, l'auteur de cette review a pris soin d'intégrer deux nouvelles visions que les scientifiques pourraient avoir, ainsi que les impacts et les questionnements que ceux-ci soulèvent concernant la conservation, la protection ou même la restauration d'environnement et/ou de l'écologie qui seraient associés à la désextinction d'une espèce disparue.

  1. Tammy Steves et ses co-auteurs, pour leurs parts, perçoivent la réintroduction d'espèces existantes sous un aspect de génétique de la conservation. En effet, ils considèrent que le sujet de préoccupation absolu devrait être la constitution de groupes fondateurs appropriés pouvant potentiellement constituer des populations relativement importantes et génétiquement diversifiées. Ils soulignent le fait que l'aspect primordial à respecter est celui de la préservation du potentiel évolutif de l'espèce ressuscitée afin qu'elle demeure capable de s'adapter à des environnements variables de nos jours. Ils identifient un certain nombre de goulots d'étranglement génétiques comportant un risque de ré-extinction, y compris des goulots d'étranglement de pré-extinction qui limitent la variété du matériel génétique disponible pour le clonage ou le génie génomique envisagés sur les espèces ciblées comme les meilleures candidates pour être "déséteintes".
  2. Si l'objectif de la désextinction est un avantage en termes de conservation, les espèces ressuscitées doivent être libérées dans des écosystèmes naturels. Une fois qu'elles le seront, elles deviendront la responsabilité des gestionnaires de ces espaces écologiques. La dépense de ressources ne cesse pas à ce stade, mais les coûts seront transférés aux responsables de la gestion de la biodiversité, ou plutôt aux tentatives visant à ralentir le rythme de perte de biodiversité. Gwen Iacona et ses co-auteurs abordent ce point et plaident en faveur de l'utilisation de cadres de priorisation de la conservation testés afin d'explorer comment les efforts de désextinction pourraient influencer la gestion des espèces existantes. Cet article rejoint en cela celui de Steves et al. en statuant le fait que la libération d’un grand nombre de fondateurs appropriés sera une condition préalable au succès de la restauration, en premier lieu, de l’espèce en elle-même, puis de l'écologie qui lui est rattachée. En conclusion, la désextinction pourrait être motivée par des impératifs esthétiques, commerciaux, scientifiques, etc. jusque-là inattendus, et parmi eux la recherche d'un bénéfice pour la conservation, la restauration des fonctions perdues de l'écosystème. Deux principaux messages semblent ressortir de cette analyse. Tout d'abord, les risques et les incertitudes impliqués seront énormément réduits, ce qui augmentera la probabilité que la production et la dissémination d'espèces ressuscitées apporte un bénéfice en termes de conservation, si les candidats à la désextinction sont choisis parmi celles ayant eu lieues le plus récemment possible. Ensuite, l'extinction de toute espèce représente un seuil important qui, une fois franchi, ne peut être totalement inversé, malgré les promesses apparentes de nouvelles technologies, pour le moins, convaincantes.
Rigueur de la review :

Ce texte introductif à un séminaire sur l'écologie de la désextinction a été réalisé par l'un des chercheurs les plus au fait des récentes découvertes sur le sujet et dont les articles parus antérieurement n'ont souffert d'aucune contestation ni remise en cause de la part de la communauté scientifique. Ce récapitulatif s'appuie sur six articles majeurs en lien avec cette controverse dont les auteurs respectifs (Shapiro, Woods, MacCauley, etc.) sont les figures de proue contemporaines de la théorie de la désextinction. De plus, cette publication fut diffusée au sein du journal "Functional Ecology" de la "British Ecological Society", bénéficiant d'un large rayonnement (international) au sein de la communauté scientifique.

Ce que cette review apporte au débat :

Outre le fait que l'auteur (Philip Seddon) prend clairement position au sein de cette controverse ("‘Is this really possible?’ My answer is yes"), cet éditorial permet de résumer les différents prismes par lesquels nous pouvons, et devons, considérer les entreprises de désextinction qui sont menées de nos jours. Qu'ils soient écologiques, économiques, éthiques, techniques ou encore biologiques, cette review permet de faire le point sur chacun de ces aspects en proposant un résumé de publications que l'auteur (et de façon implicitement logique, les reviewers), a (ont) choisi de considérer comme références pour traiter de tous les aspects différents rentrant en ligne de compte lorsque l'on parle de désextinction.

Publiée il y a plus de 7 ans par M. Giraud et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 7 ans.