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Titre de l'article :

Effet du piétinement humain sur les propriétés microbiennes du sol et de la végétation dans les zones montagneuses méditerranéennes.


Introduction à l'article :

Depuis quelques années, les activités de loisir liées à la nature connaissent un fort développement. Si ces activités peuvent être bénéfiques pour l’Homme d’un point de vue culturel et éducatif, elles peuvent avoir de forts impacts sur l’environnement. Les microorganismes du sol jouent un rôle essentiel dans la vie du sol puisqu’ils sont impliqués dans les cycles biogéochimiques de nombreux éléments mais aussi dans d’autres processus ainsi que le développement de végétaux. Mesurer l’impact des activités humaines sur les communautés de microorganismes et les paramètres du sol nécessite donc de prendre en compte de très nombreuses variables. Les régions montagneuses méditerranéennes abritent en principe de beaucoup d’espèces endémiques sensibles aux perturbations anthropiques. Ces espèces ayant un fort intérêt du point de vue de la biodiversité, connaître l’impact des activités de randonnées sur celles-ci peut être utile pour peut-être mettre en place des mesures de protection.

Expériences de l'article :

L’étude a été menée dans un massif montagneux espagnol possédant des écosystèmes classés sur la liste européenne des habitats menacés. Deux sentiers de randonnées parcours la montagne, un très fréquenté et un avec une fréquentation plus faible. Pour déterminer l’effet de cette fréquentation, la diversité spécifique et le taux de couverture végétale ont été mesurés dans des quadras réalisés le long des sentiers ainsi que sur un transect représentant la condition « non fréquentée». De plus, des échantillons de sol ont été collectés pour : des analyses microbiologiques, des analyses des propriétés physiques et chimiques du sol, de respiration du sol etc. Le pH du sol ainsi que sa teneur en azote et en d’autres éléments ont été mesurés. Des Anovas à deux facteurs ont été utilisées pour l’analyse des résultats, selon le niveau de fréquentation du sentier et la distance des quadras par rapport au centre de celui-ci. Des corrélations entre variables ont également été réalisées.

Résultats de l'article :

Le sentier le plus fréquenté a la couverture végétale la plus faible et une composition spécifique différente. En effet, les espèces endémiques de la région sont presque exclusivement observées sur le transect non perturbé. Les espèces des sentiers fréquentés sont des espèces résistantes aux perturbations anthropiques, on a donc disparition des espèces sensible et colonisation par des plus résistantes et résilientes. Ces changements d’espèces sont accompagnés par une perte de diversité spécifique. De plus, les sols les plus perturbés semblent plus pauvres en composés organiques que les zones non perturbées et montrent une activité microbienne plus faible. Les processus chimiques et activités métaboliques du sol étant corrélés positivement avec la présence de microorganismes, les sols les plus perturbés ont une dynamique plus lente et un métabolisme plus faible. Le piétinement du sol a donc un effet négatif sur la couverture végétale, la diversité spécifique et les propriétés du sol.

Rigueur de l'article :

Cet article est rigoureux, avec des analyses statistiques cohérentes et un bon nombre de réplicas, cependant il pourrait être intéressant d'ajouter l'étude de sentiers de randonnées d'autres massifs montagneux au jeu de données, pour vérifier l'universalité des conclusions.

Ce que cet article apporte au débat :

Beaucoup d’articles traitant de l’effet de l’écotourisme sur la biodiversité se concentrent sur l’étude d’espèces animales, notamment des espèces emblématiques comme les pingouins ou les grands mammifères. Cet article permet de mettre en avant les effets de ces activités sur les communautés végétales et microbiennes. Les impacts sur la dynamique du sol est également abordée et au travers de cela, l’effet potentiel de l’écotourisme sur les services écosystémiques. En effet, les cycles de nombreux éléments tels que le carbone ou l’azote sont réalisés dans le sol grâce aux communautés microbiennes, une perturbation de ces cycles à plus large échelle pourrait alors avoir des conséquences importantes sur tous les autres niveaux de la biodiversité.

Publiée il y a plus de 7 ans par E. Fleurot.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.