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Titre de l'article :

Utilisation de la fécondité densité-dépendante pour récupérer une espèce en voie de disparition : l'exemple du gypaète barbu Gypaetus barbatus


Introduction à l'article :

Le gypaète barbu est une espèce de rapace ayant des populations très fragmentées et en danger en Europe. Après avoir nourri les individus dans la nature de manière continue durant 4 années, les auteurs ont utilisé les données recueillies pour comparer les taux de fécondité avec et sans alimentation complémentaire. Cette étude a mis en évidence que l'espèce semble croître de manière densité-dépendante : lorsque la densité de population est faible, les individus choisissent des territoires optimaux. A mesure que la densité augmente, une proportion croissante d'individus est reléguée dans des territoires plus pauvres, où la reproduction a moins de succès, abaissant la fécondité moyenne dans la population.
Cette étude vise à faire une estimation de l'évolution des densités de population de l'espèce à l'aide des données obtenues, dans le but d'améliorer le programme d'un point de vue démographique (augmentation des densités) et d'un point de vue monétaire (réduction des coûts).

Expériences de l'article :
  • Ils ont nourri des gypaètes barbus dans leur environnement en leur fournissant des carcasses de chèvres et de moutons, sur quatre années (2007-2010).
  • Ils ont effectué des simulations à l'aide de logiciels pour voir les possibles issues de programmes de nourrissage des volatiles en utilisant les données récoltées dans les campagnes de nourrissage (2007-2010).
  • Ils ont cherché à voir quelle pouvait être la probabilité qu'une population viable s'installe dans les zones (p< 0,001) sur une période de 50 ans correspondant au double de la durée de reproduction du gypaète barbu.
  • ils ont également déterminé les différences de coûts monétaires entre de tels programmes et des programmes comme ceux effectués actuellement
Résultats de l'article :
  • Augmentation des populations de gypaètes au long de la période d'étude de 25 ans (29 territoires occupés en 1988 à 78 en 2012).
  • Au cours de la même période: évolution de la fécondité négative, passant d’une moyenne de 0-56 jeunes/territoire occupé au cours des huit premières années à 0-36 au cours des huit dernières années (relation négative entre la fécondité et le nombre de couples nicheurs mise en évidence: processus de fécondité dépendant de la densité).
  • Différences significatives de fécondité entre les territoires (fécondité plus élevée dans les anciens territoires).
  • Différences très significatives dans la production de juvéniles: dans les 10 territoires pauvres sélectionnés entre les périodes. Sans nourrissage (2001-2006), le taux de reproduction était de 0,078 contre 0,541 avec le nourrissage (2007-2010).
  • D'après leur étude, le cout d'un programme avec nourrissage complémentaire serait 7 fois moins élevé que les programmes de reproduction en captivité et réintroduction actuel
Rigueur de l'article :

Cette article utilise des données issues de programmes récents et les utilise dans des programmes de simulation pour les 50 prochaines années. Ce genre de simulation devrait prendre en compte des facteurs manquant ici, comme les changements climatiques et la modification des écosystèmes. Il est compliqué de simuler comment une population va évoluer au cours des années tout en prenant compte de tels facteurs. Ils trouvent qu'un programme avec nourrissage complémentaire serait 7 fois moins cher et plus efficace que les programmes déjà mis en place. Les programmes mis en place sont étudiés pour obtenir des résultats le plus satisfaisant possible. Cette étude donne l'impression que le but est plus de réduire le cout des programmes que de sauvegarder l'espèce. De plus un tel programme de nourrissage nécessiterait plus de main d'oeuvre pour nourrir les oiseaux par exemple et donc un coût supplémentaire potentiel qui n'est peut-être pas pris en compte dans leurs calculs.

Ce que cet article apporte au débat :

Cet article permet au lecteur de prendre en compte la complexité des programmes d'élevage et de réintroduction. Une telle étude a clairement comme but d'améliorer l'efficacité du programme de sauvegarde d'une espèce. Cela montre que la durabilité des réintroductions peut être améliorée par divers moyens tels que le nourrissage complémentaire des espèces dans la nature. Le nourrissage entraine une augmentation du nombre de juvéniles qui pourraient être ensuite capturés, élevés et relâchés. La reproduction en captivité peut être éviter en utilisant un plus grand nombre d'individus issus des populations sauvages. Ceci permettrait d'éviter tous les problèmes liés aux reproductions en captivités mis en évidences par diverses études.

Publiée il y a plus de 7 ans par M. Boisseau et I. Prigent.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.