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Titre de la review :

Les espèces exotiques menacent-elles les écosystèmes aquatiques européens ?


Figure :

Fig. 1 : Phases du processus d'invasion - Reise et al. 2006

Résumé de la review :

Les écosystèmes aquatiques européens
Ce sont environ 450-600 espèces connues qui ont été ajoutées à la faune et flore côtière aquatique européenne depuis le Néolithique (6000 BP) par les activités humaines. La nette augmentation de la diversité, ou plutôt de la xénodiversité, amène à une répartition plus large des espèces, un phénomène appelé homogénéisation anthropique.
Les introductions sont sans doute le fruit des nombreux changements environnementaux subis par les écosystèmes aquatiques européens depuis la fin du Miocène (assèchement de la Méditerranée, alternances de périodes glaciaires et interglaciaires fortes variations du niveau marin et les températures, le réchauffement climatique anthropocène). Cet environnement instable a conduit les espèces à changer constamment d’aire de répartition et ainsi, modifier fortement la composition des communautés. Il est admis que l’invasibilité du écosystèmes aquatique côtier européen est relativement élevé, à cause de la faible richesse spécifique de ces milieux et des changements anthropogéniques. Au sein de tous ces changements, les espèces non-indigènes peuvent être assimilées facilement par l’écosystèmes. Plus il y a eu d’invasions dans un habitat donné, plus il est possible pour d’autres espèces non-indigènes de s’installer.

Le processus d’invasion
Le processus d’invasion des espèces exotiques envahissantes (EEE) suit généralement plusieurs phases (Fig.1) : la phase d’arrivée et d’établissement (constitution d’un petit groupe d’individus qui se reproduisent), suivi d’une phase d’expansion (immédiate ou tardive) et enfin une phase d’ajustement (stase ou déclin, souvent non étudiée). Afin de détecter quels sont les facteurs limitants empêchant le processus d’invasion, la recherche devrait se concentrer sur les phases initiales précédant la phase d’expansion. Cela permettrait d’autre part de pouvoir comparer les effets de la même espèce dans sa région d’origine ou d’autres régions. Les effets d'une EEE ne peuvent être généralisés, mais dépendent de la phase d'invasion, de l’écosystème récepteur (abondance et la biomasse des autres espèces, proportion des ressources partagées et déplacement ou attraction des autres espèces) et des conditions actuelles de l'habitat.

Les effets des invasions sur le fonctionnement des écosystèmes
Identifier les effets que les EEE ont ou pourraient avoir sur l’écosystème récepteur est un défi de taille et complexe. Les EEE ont provoqué de profondes modifications des écosystèmes côtiers européens, mais rien n’indique qu’elles ont été la cause d’extinction d’espèces indigènes Contrairement à l’idée générale selon laquelle les EEE affectent négativement les écosystèmes, elles ont même tendance à jouer un rôle bénéfique dans le fonctionnement des écosystèmes côtiers européens, en étant complémentaires aux espèces indigènes dans le schéma d’utilisation des ressources, dans leur réponse aux changements environnementaux, ou dans l’introduction de nouvelles fonctions. Un autre point à prendre en compte est la possibilité des hybridations entre les espèces exotiques et indigènes, montrant la limite des analyses instantanée des effets des EEE.

Gestion des introductions
L’introduction d’espèces non-indigènes n’a pas d’effet prédéterminé ou directionnel sur les écosystèmes récepteurs. De même que toutes les espèces introduites ne constituent pas une menace, mais sont irréversibles et s’accumulent au fil du temps. En revanche, il est difficile de reconnaître celles qui peuvent potentiellement avoir des effets négatifs sur les écosystèmes. Par précaution, il est recommandé de limiter les introductions d’espèces susceptibles de nuire.

Rigueur de la review :

D’une part, les auteurs de la review ne cachent pas que les informations sur les effets des EEE sont difficiles à estimer : le nombre d’espèces introduites et les ratios donnés sont biaisés par la connaissance incomplète du milieu aquatique (nombre d’espèces, répartition géographique, extrapolées sur les petits organismes à partir des connaissances sur les plus grandes).
D’autre part, ils sont très précautionneux sur les termes employés, en essayant de limiter les jugements de valeurs. Ainsi, ils préfèrent parler d’ « effet » et non d’ « impact » des espèces non-autochtones.

Ce que cette review apporte au débat :

Comme le disent les auteurs, la recherche sur les EEE est encore au niveau d’une phase d’estimation plutôt que dans une phase de mesure et d’évaluation des effets des introductions sur les écosystèmes. Reise et al. soulignent le fait que les EEE ont eu de réels effets sur les écosystèmes aquatiques européens, sans forcément provoquer d’extinction. L’espèce non-autochtone se réfère davantage à une position dans l’histoire de l’évolution, plutôt qu’à une catégorie écologique.
Par ailleurs, toutes les espèces introduites ne sont nécessairement néfastes, certaines sont même bénéfiques aux autres espèces de l’écosystèmes en y apportant de nouvelles fonctions. Les effets des EEE vont varier en fonction de plusieurs paramètres comme les conditions de l’habitat, la phase dans le processus d’invasion considéré, les changements du milieu, etc. La limitation des introductions est préconisée, au cas où la prochaine EEE pourrait être potentiellement dévastatrice pour l’écosystème.

Publiée il y a plus de 7 ans par A. Gardin et M. Corbin.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.