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Nature domestiquée : Façonner les paysages et les écosystèmes pour le bien-être humain.
Figure :
L'empreinte humaine sur Terre. Cet impact est exprimé comme le pourcentage d'influence humaine par rapport à l'influence maximale enregistrée pour chaque écosystème. Les données incluent la densité de population humaine, la transformation des terres et l'importance des communications (routes, voies navigables, etc...).
Issu de Kareiva et al. [2007], cette carte fut générée par le Center for International Earth Science Information Network (CIESIN) de l'Université de Colombie.
Résumé de la review :
L'exploitation de la nature mène à un constat clair : près de 50% des terres ont été converti en zones cultivées. Cette transformation a conduit à la perte de la majorité des forêts, et le concept de "forêt vierge" est, probablement, totalement erroné. Plus qu'une transformation, on assiste parfois à une suppression de l'environnement originel, comme le recouvrement des plages et des rivages par de l'asphalte. De l'autre côté, l'humain est considéré comme l'acteur principal de l'extinction progressive des organismes prédateurs et consommateurs de bétail. Entre ces pertes biologiques et environnementales, l'alimentation humaine est au cœur des questions : comment les écosystèmes supportent-ils cette domestication? Pour combien de temps encore ?
Un point important doit être abordé : celui des échanges. Si les systèmes agroalimentaires posent de multiples problèmes de production (pollutions, chutes de biodiversités, etc...), il est aussi important de remarquer la part importante des échanges au sein de la production alimentaire. La recherche de milieu favorable à la culture de certains produits implique des efforts considérables d'acheminements et de stockage de ceux-ci. Et surtout, des efforts très polluants. Le commerce est d'autant plus marqué non par le besoin alimentaire, mais par le surplus de production, souvent excessif à la demande prévisionnelle. De plus, le commerce de ces surplus entraîne une probabilité de dispersion de formes envahissantes et de maladies transmissibles plus élevée. Ironiquement, l'emploi très général d'espèce non locale est fréquent afin de contrebalancer la présence d'espèce envahissante. En somme, dans le monde moderne, le concept de "zone naturelle/sauvage" correspond à une gestion régulée des milieux plutôt qu'à un système sans apports ou modifications humains.
Cela mène à des définitions différentes du concept d'"empreinte écologique" ou d'"empreinte humaine sur l'environnement". Pour un conservateur de la biodiversité, l'humanité a provoqué le déclin des écosystèmes. Pour un agronome, au contraire, les écosystèmes sont améliorés afin de mieux correspondre aux besoins humains. Si l'on accepte que les zones naturelles sont désormais toutes, à des degrés divers, domestiqués, les questions scientifiques doivent non pas se porter sur la domestication ou non d'un milieu, mais bien sur le futur de la domestication imposée par l'humain sur le monde.
Il y a de ça quarante ans, certains scientifiques tels que Raup mettaient en garde la communauté à propos de la glorification de la nature. Selon eux, il doit y avoir un consensus entre exploitation et préservation, mais ce consensus n'implique pas obligatoirement une limitation stricte des systèmes de productions humains. Le travail des conservateurs de la biodiversité devrait ainsi s'orienter sur la compréhension de la limite entre "ce que l'on peut se permettre" et "ce que l'on doit se permettre". Aujourd'hui encore, il est nécessaire de comprendre plus durablement les compromis écosystémiques devant être mises en place afin de satisfaire les besoins humains tout en protégeant au mieux les zones domestiquées.
Rigueur de la review :
Même si cette review pose des questions intéressantes, il est fortement dommage de ne pas avoir proposé des alternatives possibles ni étayé celles-ci avec des données plus vastes et robustes.
Ce que cette review apporte au débat :
Les questions environnementales portent généralement sur la façon de protéger les écosystèmes, voire les alternatives de production alimentaire. La culture in vitro en est un excellent exemple. Il est ainsi assez étonnant de trouver des travaux mettant en doute la nécessité de protéger l’environnement. Étonnant, donc intéressant. Kareiva et ses collègues considèrent que le compromis environnemental ne se situe pas au niveau de la production alimentaire, mais sur la balance entre trop et pas assez d'exploitation.
Cette review apporte plus de profondeur à notre débat. La nécessité de trouver des alternatives à la production alimentaire implique des postulats qui ne sont pas partagés par l'ensemble de la communauté scientifique. Avant de savoir comment protéger l'environnement, il est nécessaire de se demander : à quel point faut-il protéger l'environnement ? La réponse inclue des avis éthiques, certes, mais les observations et expériences scientifiques ont beaucoup à apporter au débat.
Publiée il y a plus de 7 ans
par
F. Cailleux.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Nature domestiquée : Façonner les paysages et les écosystèmes pour le bien-être humain.
L'empreinte humaine sur Terre. Cet impact est exprimé comme le pourcentage d'influence humaine par rapport à l'influence maximale enregistrée pour chaque écosystème. Les données incluent la densité de population humaine, la transformation des terres et l'importance des communications (routes, voies navigables, etc...).
Issu de Kareiva et al. [2007], cette carte fut générée par le Center for International Earth Science Information Network (CIESIN) de l'Université de Colombie.
L'exploitation de la nature mène à un constat clair : près de 50% des terres ont été converti en zones cultivées. Cette transformation a conduit à la perte de la majorité des forêts, et le concept de "forêt vierge" est, probablement, totalement erroné. Plus qu'une transformation, on assiste parfois à une suppression de l'environnement originel, comme le recouvrement des plages et des rivages par de l'asphalte. De l'autre côté, l'humain est considéré comme l'acteur principal de l'extinction progressive des organismes prédateurs et consommateurs de bétail. Entre ces pertes biologiques et environnementales, l'alimentation humaine est au cœur des questions : comment les écosystèmes supportent-ils cette domestication? Pour combien de temps encore ?
Un point important doit être abordé : celui des échanges. Si les systèmes agroalimentaires posent de multiples problèmes de production (pollutions, chutes de biodiversités, etc...), il est aussi important de remarquer la part importante des échanges au sein de la production alimentaire. La recherche de milieu favorable à la culture de certains produits implique des efforts considérables d'acheminements et de stockage de ceux-ci. Et surtout, des efforts très polluants. Le commerce est d'autant plus marqué non par le besoin alimentaire, mais par le surplus de production, souvent excessif à la demande prévisionnelle. De plus, le commerce de ces surplus entraîne une probabilité de dispersion de formes envahissantes et de maladies transmissibles plus élevée. Ironiquement, l'emploi très général d'espèce non locale est fréquent afin de contrebalancer la présence d'espèce envahissante. En somme, dans le monde moderne, le concept de "zone naturelle/sauvage" correspond à une gestion régulée des milieux plutôt qu'à un système sans apports ou modifications humains.
Cela mène à des définitions différentes du concept d'"empreinte écologique" ou d'"empreinte humaine sur l'environnement". Pour un conservateur de la biodiversité, l'humanité a provoqué le déclin des écosystèmes. Pour un agronome, au contraire, les écosystèmes sont améliorés afin de mieux correspondre aux besoins humains. Si l'on accepte que les zones naturelles sont désormais toutes, à des degrés divers, domestiqués, les questions scientifiques doivent non pas se porter sur la domestication ou non d'un milieu, mais bien sur le futur de la domestication imposée par l'humain sur le monde.
Il y a de ça quarante ans, certains scientifiques tels que Raup mettaient en garde la communauté à propos de la glorification de la nature. Selon eux, il doit y avoir un consensus entre exploitation et préservation, mais ce consensus n'implique pas obligatoirement une limitation stricte des systèmes de productions humains. Le travail des conservateurs de la biodiversité devrait ainsi s'orienter sur la compréhension de la limite entre "ce que l'on peut se permettre" et "ce que l'on doit se permettre". Aujourd'hui encore, il est nécessaire de comprendre plus durablement les compromis écosystémiques devant être mises en place afin de satisfaire les besoins humains tout en protégeant au mieux les zones domestiquées.
Même si cette review pose des questions intéressantes, il est fortement dommage de ne pas avoir proposé des alternatives possibles ni étayé celles-ci avec des données plus vastes et robustes.
Les questions environnementales portent généralement sur la façon de protéger les écosystèmes, voire les alternatives de production alimentaire. La culture in vitro en est un excellent exemple. Il est ainsi assez étonnant de trouver des travaux mettant en doute la nécessité de protéger l’environnement. Étonnant, donc intéressant. Kareiva et ses collègues considèrent que le compromis environnemental ne se situe pas au niveau de la production alimentaire, mais sur la balance entre trop et pas assez d'exploitation.
Cette review apporte plus de profondeur à notre débat. La nécessité de trouver des alternatives à la production alimentaire implique des postulats qui ne sont pas partagés par l'ensemble de la communauté scientifique. Avant de savoir comment protéger l'environnement, il est nécessaire de se demander : à quel point faut-il protéger l'environnement ? La réponse inclue des avis éthiques, certes, mais les observations et expériences scientifiques ont beaucoup à apporter au débat.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.