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Proposition d’un cadre conceptuel unifié pour la biologie de l’invasion
Figure :
Résumé de la review :
Les 30 dernières années ont été marquées par une montée de l’intérêt pour les invasions biologiques. Les avancés dans l’étude des invasions biologiques ont cependant été freinées par manque d’uniformisation du vocabulaire. Cela implique la définition d’une espèce envahissante, les critères qui permettent de la définir et les méthodes avec lesquelles analyser le phénomène d’invasion.
On retrouve dans la littérature une distinction marquée dans la définition de ce qu’est une espèce envahissante entre les espèces animales et végétales. Pour les animaux, l’idée d’étape à franchir pour devenir envahissante est centrale. Chez les végétaux, la définition se concentre plus sur des barrières à franchir pour devenir envahissante ou naturalisée. Les premières étapes de ces deux définitions correspondent à l’établissement de population dans un environnement nouvellement colonisé à partir de dispersion depuis un environnement source. Si ce critère est venu de la définition utilisée pour les plantes qui sont plus contraintes dans leur mobilité que les animaux, ce critère s’applique aussi aux espèces animales. Les étapes suivantes correspondent aux passages de barrières environnementales (liées à la survie et à la croissance) et reproductives qui permettent à cette population nouvellement établie de se maintenir sans apport constant de migrants. Les auteurs notent que la définition utilisée pour les espèces animales est implicitement centrée sur les populations alors que celle utilisée pour les espèces végétales se concentre sur les individus et les barrières qu’ils rencontrent.
Les auteurs proposent ainsi de synthétiser des caractéristiques des deux définitions pour créer un cadre conceptuel permettant d’étudier les espèces envahissantes dont la dispersion implique l’activité humaine (voir figure). Un processus d’invasion passe ainsi par quatre étapes : le transport, l’introduction, l’établissement et la prolifération. L’étape de transport nécessite que les espèces ou les populations impliquées passent une barrière géographique (A). Vient ensuite l’étape d’introduction qui inclut des introductions dues à l’activité humaine comme le maintien en captivité ou les cultures (B1, B2). Si des individus d’une espèce sont directement transportés ou relâchés dans un nouvel environnement sans être capables d'y survivre sur une période significative, l’étape d’introduction est franchie. Vient ensuite l’étape d’établissement qui nécessite que les individus survivent (C1) et se reproduisent (C2). La combinaison de la survie et de la reproduction permet le maintien de populations. La dernière phase, la phase de dispersion, consiste alors à être capable de se maintenir à une distance significative de l’environnement d’origine (D1 et D2). Enfin, les auteurs définissent comme complètement envahissantes, les espèces dont les individus dispersent, survivent et se reproduisent sur de multiples sites à travers un spectre d’habitats plus ou moins large (E).
Les auteurs considèrent que ce cadre conceptuel est plus avancé que les précédents pour plusieurs raisons. Ils distinguent en effet étapes et barrières, chaque étape comportant des barrières à franchir. La non-survie de migrants dans un nouvel environnement peut venir de maladaptations qui sont caractéristiques des migrants en question et non directement de l’espèce. La dynamique démographique est aussi prise en compte et permet de distinguer des populations sur le déclin de populations stables. Plus une espèce disperse, plus ses migrants sont susceptibles de rencontrer des environnements différents de son environnement d’origine. Ces nouvelles conditions entraînent des barrières environnementales à la dispersion qui délimitent l’aire d’invasion. Les possibles impacts ne sont pas pris en compte et les auteurs considèrent même ces impacts comme « accessoires » c'est-à-dire non obligatoires. Chaque barrière peut constituer un échec à l’invasion et les espèces (et leurs populations) sont capables de bouger le long de ce continuum.
Rigueur de la review :
Les auteurs partent des définitions d’espèces envahissantes existantes pour les végétaux et les animaux et proposent d’unifier les deux en considérant les activités humaines comme principales vecteurs de dispersion des espèces envahissantes ce qui constitue une approche logique et bien argumentée. Les différentes étapes et barrières utilisées pour décrire le phénomène d’invasion sont clairement établies. On peut reprocher aux auteurs de ne pas donner de données quantitatives ou d’exemples concrets dans leur étude mais leur cadre conceptuel garde toutefois le mérite d’être applicable à tout type de taxons.
Ce que cette review apporte au débat :
Les auteurs considèrent que leur cadre conceptuel peut servir à l’étude de tout type de dispersion même s’il inclut des éléments peu attendus lors de dispersions dites « naturelles ». Ils espèrent ainsi permettre de mieux décrire les phénomènes d’invasion à travers la possibilité de replacer n’importe quel taxon dans leur continuum de l’invasion (voir figure). De plus, ce cadre conceptuel souligne le fait que l'adjectif envahissant est souvent défini à partir de populations et non d'espèce.
Remarques sur la review :
Ce cadre conceptuel a été utilisé dans Pereyra et al. (2016) comme base de définition pour quantifier l’utilisation du vocabulaire lié à la biologie de l’invasion. C’est pour bien comprendre l'article de Pereyra et al. 2016 que j’ai procédé à cette analyse.
Publiée il y a plus de 7 ans
par
N. Mazet.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Proposition d’un cadre conceptuel unifié pour la biologie de l’invasion
Les 30 dernières années ont été marquées par une montée de l’intérêt pour les invasions biologiques. Les avancés dans l’étude des invasions biologiques ont cependant été freinées par manque d’uniformisation du vocabulaire. Cela implique la définition d’une espèce envahissante, les critères qui permettent de la définir et les méthodes avec lesquelles analyser le phénomène d’invasion.
On retrouve dans la littérature une distinction marquée dans la définition de ce qu’est une espèce envahissante entre les espèces animales et végétales. Pour les animaux, l’idée d’étape à franchir pour devenir envahissante est centrale. Chez les végétaux, la définition se concentre plus sur des barrières à franchir pour devenir envahissante ou naturalisée. Les premières étapes de ces deux définitions correspondent à l’établissement de population dans un environnement nouvellement colonisé à partir de dispersion depuis un environnement source. Si ce critère est venu de la définition utilisée pour les plantes qui sont plus contraintes dans leur mobilité que les animaux, ce critère s’applique aussi aux espèces animales. Les étapes suivantes correspondent aux passages de barrières environnementales (liées à la survie et à la croissance) et reproductives qui permettent à cette population nouvellement établie de se maintenir sans apport constant de migrants. Les auteurs notent que la définition utilisée pour les espèces animales est implicitement centrée sur les populations alors que celle utilisée pour les espèces végétales se concentre sur les individus et les barrières qu’ils rencontrent.
Les auteurs proposent ainsi de synthétiser des caractéristiques des deux définitions pour créer un cadre conceptuel permettant d’étudier les espèces envahissantes dont la dispersion implique l’activité humaine (voir figure). Un processus d’invasion passe ainsi par quatre étapes : le transport, l’introduction, l’établissement et la prolifération. L’étape de transport nécessite que les espèces ou les populations impliquées passent une barrière géographique (A). Vient ensuite l’étape d’introduction qui inclut des introductions dues à l’activité humaine comme le maintien en captivité ou les cultures (B1, B2). Si des individus d’une espèce sont directement transportés ou relâchés dans un nouvel environnement sans être capables d'y survivre sur une période significative, l’étape d’introduction est franchie. Vient ensuite l’étape d’établissement qui nécessite que les individus survivent (C1) et se reproduisent (C2). La combinaison de la survie et de la reproduction permet le maintien de populations. La dernière phase, la phase de dispersion, consiste alors à être capable de se maintenir à une distance significative de l’environnement d’origine (D1 et D2). Enfin, les auteurs définissent comme complètement envahissantes, les espèces dont les individus dispersent, survivent et se reproduisent sur de multiples sites à travers un spectre d’habitats plus ou moins large (E).
Les auteurs considèrent que ce cadre conceptuel est plus avancé que les précédents pour plusieurs raisons. Ils distinguent en effet étapes et barrières, chaque étape comportant des barrières à franchir. La non-survie de migrants dans un nouvel environnement peut venir de maladaptations qui sont caractéristiques des migrants en question et non directement de l’espèce. La dynamique démographique est aussi prise en compte et permet de distinguer des populations sur le déclin de populations stables. Plus une espèce disperse, plus ses migrants sont susceptibles de rencontrer des environnements différents de son environnement d’origine. Ces nouvelles conditions entraînent des barrières environnementales à la dispersion qui délimitent l’aire d’invasion. Les possibles impacts ne sont pas pris en compte et les auteurs considèrent même ces impacts comme « accessoires » c'est-à-dire non obligatoires. Chaque barrière peut constituer un échec à l’invasion et les espèces (et leurs populations) sont capables de bouger le long de ce continuum.
Les auteurs partent des définitions d’espèces envahissantes existantes pour les végétaux et les animaux et proposent d’unifier les deux en considérant les activités humaines comme principales vecteurs de dispersion des espèces envahissantes ce qui constitue une approche logique et bien argumentée. Les différentes étapes et barrières utilisées pour décrire le phénomène d’invasion sont clairement établies. On peut reprocher aux auteurs de ne pas donner de données quantitatives ou d’exemples concrets dans leur étude mais leur cadre conceptuel garde toutefois le mérite d’être applicable à tout type de taxons.
Les auteurs considèrent que leur cadre conceptuel peut servir à l’étude de tout type de dispersion même s’il inclut des éléments peu attendus lors de dispersions dites « naturelles ». Ils espèrent ainsi permettre de mieux décrire les phénomènes d’invasion à travers la possibilité de replacer n’importe quel taxon dans leur continuum de l’invasion (voir figure). De plus, ce cadre conceptuel souligne le fait que l'adjectif envahissant est souvent défini à partir de populations et non d'espèce.
Ce cadre conceptuel a été utilisé dans Pereyra et al. (2016) comme base de définition pour quantifier l’utilisation du vocabulaire lié à la biologie de l’invasion. C’est pour bien comprendre l'article de Pereyra et al. 2016 que j’ai procédé à cette analyse.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.