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Titre de l'article :

Epidémiologie participative des maladies endémiques chez les bovins ouest-africains - Connaissances ethnovétérinaires et biovétérinaires pour lutter contre la maladie des Peuls


Introduction à l'article :

L’épidémiologie participative (EP) est une méthode employée pour dépister rapidement les maladies, les surveiller et permettre leur hiérarchisation. Les maladies touchant le bétail constituent un obstacle majeur à la bonne santé animale, à la production animale et aux économies rurales. Suite à de nombreuses « mauvaises expériences » conduisant à un manque de confiance entre les différents intervenants, la gestion des maladies endémiques s’est retrouvée laissé aux propriétaires de bétails et aux prestataires de service du secteur privé.
Dans cette étude, l'objectif de l’EP est d’examiner la capacité des aborigènes au Nigéria à diagnostiquer et à traiter les maladies des bovins. Une analyse quantitative permettant de relier les descriptions de la maladie peule aux maladies vétérinaires a été réalisée par classification et une enquête parasitologique sur les parasites transmis par le sol, les tiques et les trypanosomes a été entreprise pour valider les résultats.

Expériences de l'article :

70% des bovins de la région de Bokkos au Nigéria sont gérés par des pasteurs peuls sédentaires. Ainsi, l’EP et l’enquête épidémiologique ont été menées en parallèle, sur six troupeaux sélectionnés selon différents facteurs tels que la sécurité, les conditions environnementales et pratiques d’élevage. Les données sur les maladies endémiques du bétail pastoral ont été collectées à l’aide de méthode de diagnostic participatif et épidémiologique, c’est-à-dire que la participation des volontaires intervient lors d’entretiens menés avec des éleveurs, des vétérinaires et des para-vétérinaires locaux. Il leur a été demandé d’indiquer le nombre de cas, de décès et de traitements utilisés pour chaque maladie au cours des 12 derniers mois. Pour l’enquête épidémiologique, les prélèvements fécaux et de sang, quant à eux, ont été réalisés par des professionnels ; tout comme le reste des analyses telles que la détection d’infection par réaction en chaîne par polymérase (PCR) et des analyses statistiques.

Résultats de l'article :

Bien que les peuls montrent un niveau élevé de connaissances ethnovétérinaires et de bonnes capacités de diagnostic clinique, ils sont conscients de leurs lacunes concernant leurs connaissances des médicaments vétérinaires ; leurs pratiques reposants sur des essais, des erreurs ou des recommandations de trafiquants agro-vétérinaires de confiance. Le faible accès aux structures de santé et aux vétérinaires pour des consultations, ainsi que la réticence éprouvée à leur égard, ne répond pas aux besoins en matière de santé animale et poussent d’avantage les peuls à traiter leurs animaux eux-mêmes. Leur culture pastorale et connaissances ethnovétérinaires ainsi que le coût élevé des prestations réduisent aussi cette volonté de consulter. En parallèle, l’enquête parasitologique appuie les résultats obtenus par l’EP concernant les maladies considérés comme importantes par les pasteurs mais montre une prévalence élevée de maladies transmises par les tiques, non mentionnées par les pasteurs.

Rigueur de l'article :

L’épidémiologie participative facilite le transfert de connaissances entre les intervenants de par l’établissement d’un dialogue et de la mise en place progressive d’une confiance. Elle est aussi bien adaptée à l’intégration avec l’épidémiologie conventionnelle car elle reconnaît les limites des modèles de maladies épidémiologiques et constitue un outil précieux pour les valider. La validation mutuelle des méthodes épidémiologiques participatives et conventionnelles est l’un des principes centraux de l’EP.
En comparaison à la "science citoyenne", l'EP émerge de l'épidémiologie vétérinaire et s'appuie sur des observations et connaissances afin de comprendre les maladies dans leurs contextes environnementaux et socioéconomiques en fournissant des données qualitatives.

Ce que cet article apporte au débat :

L’article met en avant l’importance de l’épidémiologie participative de par son aspect complémentaire à une enquête épidémiologique/parasitologique ; elle est essentielle pour pouvoir communiquer efficacement avec les pasteurs en prenant en compte leurs perceptions sans les considérer comme « fausses ».

Publiée il y a plus de 7 ans par C. Mayeux et D. Lutgen.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.