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La morphologie de l'oreille interne des squamates et son incidence sur l'origine des serpents.
Figure :
Figure 5(issue de l'article) - Endocastes numériques de l'oreille interne droite de squamates variés en vue latérale (antérieure à droite).
Introduction à l'article :
Le débat sur les facteurs écologiques qui ont mené à l'origine des serpents est un des plus controversés en biologie et en évolution. Cet article de 2017 est une réponse à l'article de Yi H. & Norell MA. paru en 2015 (The burrowing origin of modern snakes) confirmant l'hypothèse de l'origine fouisseuse pour les serpents modernes, basée sur des similitudes entre l'oreille interne du serpent fossile basal Dinilysia patagonica et une large gamme de squamates fouisseurs actuels. Les auteurs ici veulent tester cette hypothèse et les conclusions émises par Yi H. & Norell MA.. Les implications de leurs découvertes sur l'origine et l'évolution précoce des serpents, et en particulier sur les possibles écologies de Dinilysia, sont discutées en détails dans l'article. Ils examinent également les problèmes épistémiques liés à l’établissement d’inférences générales sur l’évolution des serpents faîtes à partir d’une seule espèce éteinte.
Expériences de l'article :
Pour tester l'hypothèse et les conclusions faîtes dans la précédente étude de Yi H. et Norell MA., les auteurs ont généré un jeu de données élargi comprenant 81 endocastes (moulages) numériques de l'oreille interne de reptiles squamates (environ deux fois plus d'espèces que celles de l'étude précédente) et ont affiné le schéma de marquage et les catégories écologiques (5 au lieu de 2 dans l'étude précédente : généraliste, arboricole, fouisseuse, aquatique et semi-aquatique). Les données ont été soumises à diverses analyses statistiques qui ont donné des résultats très différents de ceux de l'étude de 2015.
Résultats de l'article :
L'étude montre que le grand saccule sphérique, caractéristique d'habitudes de fouissage selon Yi et Norell, est également observé chez certaines formes semi-aquatiques. L'oreille interne de Dinilysia patagonica montre une certaine ressemblance à celle de Myron (semi-aquatique), Xenopeltis (semi-fouisseur) et Cylindrophis (fouisseur), corroborée par les résultats des analyses en composantes principales. Une telle ressemblance ne peut pas être attribuée à une écologie exclusivement fouisseuse, puisque Myron est semi-aquatique et non un fouisseur terrestre actif. Contrairement à la précédente étude, une grande fenêtre ovale n'est pas nécessairement révélatrice d'habitudes fouisseuses, puisqu'elle est présente chez le serpent généraliste Naja siamensis et absente chez des serpents scolécophidiens (fouisseurs actifs). Dinilysia a peut-être tout de même eu une prédilection pour le fouissage (pas nécessairement actif) et les milieux fluviatiles comme le suggèrent les lithotypes associés aux spécimens.
Rigueur de l'article :
Les auteurs admettent que les catégories écologiques utilisées sont toutes assez vagues et se chevauchent (de nombreuses espèces auraient pu appartenir à plusieurs catégories) et ne devraient donc pas être considérées comme sans équivoque. Ceci est particulièrement vrai pour la catégorie « fouisseur » car les termes « fossorial » et « burrower » sont souvent utilisés de manière très vague par les auteurs pour désigner des fouisseurs obligatoires actifs (par exemple, les amphisbènes), des semi-fouisseurs/taxons cryptiques (par exemple, Loxocemus qui est un serpent semi-fouisseur ne creusant pas activement de terriers, mais qui se cache dans un sol meuble et dans la litière de feuilles), ainsi que des formes vivant en surface pouvant creuser à la recherche de proie (par exemple, des aspidites). Malheureusement, ces approximations entravent également de manière critique notre capacité à caractériser le « scénario d’origine fouisseur » à la fois de manière empirique et hypothétique.
Ce que cet article apporte au débat :
Yi & Norell ont déclaré en 2015 que la plupart des lignées basales des serpents couronnes sont des fouisseurs, ce qui devrait être interprété comme une indication que les serpents ont probablement une origine fouisseuse. Cependant, il convient de garder à l’esprit que les serpents sont originaires du Mésozoïque, où ils étaient déjà très diversifiés et occupaient diverses niches incluant des environnements à la fois terrestres et aquatiques. Le fait que les lignées actuelles de serpents basaux présumés soient tous fossiles ou semi-fossiles peut être le résultat d'un criblage écologique effectué jusqu'à la dernière extinction de masse à la fin du Crétacé (limite K-Pg), où des lignées fouisseuses ont probablement survécu grâce à leur préférence d'habitat. Toute inférence sur l'écologie ancestrale des serpents basée uniquement sur les lignages ayant permis de dépasser la dernière extinction massive serait donc inévitablement biaisée.
Remarques sur l'article :
Les informations suivantes rejoignent la catégorie concernant la rigueur de l'article.
Les auteurs indiquent que tenter de prédire les facteurs écologiques ayant influencé l’origine d’un groupe très diversifié d’organismes à partir d'un faible registre fossile, ne peut être qu’une tâche très difficile. Il est impossible de répondre de manière concluante à ces questions en examinant une seule espèce de fossile (Dinilysia ici), qui peut ou non être représentative de l'écologie ancestrale du groupe des serpents.
Publiée il y a plus de 7 ans
par
R. Hermier et L. Etienne.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
La morphologie de l'oreille interne des squamates et son incidence sur l'origine des serpents.
Figure 5 (issue de l'article) - Endocastes numériques de l'oreille interne droite de squamates variés en vue latérale (antérieure à droite).
Le débat sur les facteurs écologiques qui ont mené à l'origine des serpents est un des plus controversés en biologie et en évolution. Cet article de 2017 est une réponse à l'article de Yi H. & Norell MA. paru en 2015 (The burrowing origin of modern snakes) confirmant l'hypothèse de l'origine fouisseuse pour les serpents modernes, basée sur des similitudes entre l'oreille interne du serpent fossile basal Dinilysia patagonica et une large gamme de squamates fouisseurs actuels. Les auteurs ici veulent tester cette hypothèse et les conclusions émises par Yi H. & Norell MA.. Les implications de leurs découvertes sur l'origine et l'évolution précoce des serpents, et en particulier sur les possibles écologies de Dinilysia, sont discutées en détails dans l'article. Ils examinent également les problèmes épistémiques liés à l’établissement d’inférences générales sur l’évolution des serpents faîtes à partir d’une seule espèce éteinte.
Pour tester l'hypothèse et les conclusions faîtes dans la précédente étude de Yi H. et Norell MA., les auteurs ont généré un jeu de données élargi comprenant 81 endocastes (moulages) numériques de l'oreille interne de reptiles squamates (environ deux fois plus d'espèces que celles de l'étude précédente) et ont affiné le schéma de marquage et les catégories écologiques (5 au lieu de 2 dans l'étude précédente : généraliste, arboricole, fouisseuse, aquatique et semi-aquatique). Les données ont été soumises à diverses analyses statistiques qui ont donné des résultats très différents de ceux de l'étude de 2015.
L'étude montre que le grand saccule sphérique, caractéristique d'habitudes de fouissage selon Yi et Norell, est également observé chez certaines formes semi-aquatiques. L'oreille interne de Dinilysia patagonica montre une certaine ressemblance à celle de Myron (semi-aquatique), Xenopeltis (semi-fouisseur) et Cylindrophis (fouisseur), corroborée par les résultats des analyses en composantes principales. Une telle ressemblance ne peut pas être attribuée à une écologie exclusivement fouisseuse, puisque Myron est semi-aquatique et non un fouisseur terrestre actif. Contrairement à la précédente étude, une grande fenêtre ovale n'est pas nécessairement révélatrice d'habitudes fouisseuses, puisqu'elle est présente chez le serpent généraliste Naja siamensis et absente chez des serpents scolécophidiens (fouisseurs actifs). Dinilysia a peut-être tout de même eu une prédilection pour le fouissage (pas nécessairement actif) et les milieux fluviatiles comme le suggèrent les lithotypes associés aux spécimens.
Les auteurs admettent que les catégories écologiques utilisées sont toutes assez vagues et se chevauchent (de nombreuses espèces auraient pu appartenir à plusieurs catégories) et ne devraient donc pas être considérées comme sans équivoque. Ceci est particulièrement vrai pour la catégorie « fouisseur » car les termes « fossorial » et « burrower » sont souvent utilisés de manière très vague par les auteurs pour désigner des fouisseurs obligatoires actifs (par exemple, les amphisbènes), des semi-fouisseurs/taxons cryptiques (par exemple, Loxocemus qui est un serpent semi-fouisseur ne creusant pas activement de terriers, mais qui se cache dans un sol meuble et dans la litière de feuilles), ainsi que des formes vivant en surface pouvant creuser à la recherche de proie (par exemple, des aspidites). Malheureusement, ces approximations entravent également de manière critique notre capacité à caractériser le « scénario d’origine fouisseur » à la fois de manière empirique et hypothétique.
Yi & Norell ont déclaré en 2015 que la plupart des lignées basales des serpents couronnes sont des fouisseurs, ce qui devrait être interprété comme une indication que les serpents ont probablement une origine fouisseuse. Cependant, il convient de garder à l’esprit que les serpents sont originaires du Mésozoïque, où ils étaient déjà très diversifiés et occupaient diverses niches incluant des environnements à la fois terrestres et aquatiques. Le fait que les lignées actuelles de serpents basaux présumés soient tous fossiles ou semi-fossiles peut être le résultat d'un criblage écologique effectué jusqu'à la dernière extinction de masse à la fin du Crétacé (limite K-Pg), où des lignées fouisseuses ont probablement survécu grâce à leur préférence d'habitat. Toute inférence sur l'écologie ancestrale des serpents basée uniquement sur les lignages ayant permis de dépasser la dernière extinction massive serait donc inévitablement biaisée.
Les informations suivantes rejoignent la catégorie concernant la rigueur de l'article.
Les auteurs indiquent que tenter de prédire les facteurs écologiques ayant influencé l’origine d’un groupe très diversifié d’organismes à partir d'un faible registre fossile, ne peut être qu’une tâche très difficile. Il est impossible de répondre de manière concluante à ces questions en examinant une seule espèce de fossile (Dinilysia ici), qui peut ou non être représentative de l'écologie ancestrale du groupe des serpents.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.