ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Pourquoi les allergies sont-elles de plus en plus communes ?
Résumé de la review :
Cet article propose d’étudier les différentes hypothèses expliquant l’augmentation de la prévalence des symptômes d’allergie dans les sociétés occidentales;
Cette étude commence d’abord par confirmer une fois de plus une augmentation des cas d’allergies dans les sociétés industrialisées. Les auteurs se lancent ensuite dans l'exploration des différentes explications potentielles de ce phénomène :
Susceptibilité génétique. Certains récepteurs, comme CD14, rendent le porteur plus sensible aux allergènes. Le gène codant pour ce récepteur est polymorphe : sa présence n’est pas universelle, et va donc être dépendante de l’hérédité. Il semble que l'influence des gènes de la mère soit plus grande que celle des gènes paternels. Mais génétique ne suffit pas (niveaux différents de prévalence en Allemagne de l’Est et de l’Ouest, alors que fond génétique très similaire).
Influence psycho-sociale : Les enfants sont plus exposés à des allergènes d’intérieur, puisqu’ils passent moins de temps qu’avant à jouer dehors (pas de preuve). Les addictions au tabac sont elles aussi bien plus communes dans des sociétés industrialisées.
Exposition aux allergènes : L’augmentation de l’efficacité thermique de nos habitations a aussi pu mener à une augmentation d’allergènes issus d’acariens domestiques (il y a moins d’aération). Enfin une augmentation de la pollution atmosphérique dans les grandes villes est liée à des pics d’indice pollinique qui durent même pendant la nuit.
Stimulation inférieure du système immunitaire - Hypothèse hygiéniste : Puisque les parasites et grandes maladies infectieuses sont bien mieux traitées dans les sociétés industrialisées, le système immunitaire des habitants est probablement moins entraîné. Certaines voies immunitaires, et notamment la voie des IgE, d’habitude utile contre les parasites, peuvent alors être amenées à surréagir à des substances normalement bénignes, comme les pollens. Dans les populations les plus exposées aux parasites, on observe un taux sanguin d’IgE bien plus faible, ainsi qu’une prévalence inférieure de rhume des foins et d’asthme. Une comparaison entre écoliers d’Allemagne de l’Est et d’Allemagne de l’Ouest (plus industrialisée), a révélé que le taux d’infestation parasitaire était plus élevé et que le taux d’IgE était plus faible dans l'Est que dans l’Ouest. Enfin, il est observé que les enfants ayant passé quelques années en garderie avant d’atteindre l’âge d’aller à l’école étaient moins susceptibles de développer des allergies plus tard dans leur vie : la proximité avec d’autres enfants en bas âge, potentiellement porteurs de germes et parasites, a pu stimuler leur système immunitaire. Des expériences sur des souris ont révélé que des individus élevés en environnement complètement aseptisé déclarent très vite des allergies cutanées une fois placés en environnement normal. Attention cependant, toutes les maladies n’augmentent pas la résistance future aux allergies : ainsi, les maladies respiratoires semblent être bien moins liées à de faibles prévalences d’allergies que des maladies gastro-entériques. Il semble également que selon le type de pathogène, ainsi que selon le symptôme d’allergie étudié, l’effet d’une exposition durant l’enfance soit très variable.
Pollution environnementale : Rôle des polluants dans le déclenchement d’allergies est toujours controversé. les auteurs font ainsi des distinctions entre différents types de pollution. La pollution de type I, caractérisée par des particules polluantes larges produites par les industries, est associée très fortement à des maladies respiratoires. La pollution de type II est quant à elle plutôt associée aux sociétés occidentales post-industrielles et urbaines et aux allergies. Cela correspond aux différences de prévalence des allergies entre Allemagne de l’Est et de l’Ouest.
Il semble que la pollution atmosphérique interagit avec les pollens, qui peuvent absorber des particules polluantes et devenir bien plus allergènes.
Rigueur de la review :
Cette review cite de nombreuses sources (même si elle s'appuie beaucoup sur l'étude allemande). Elle fournit un tour des connaissances actuelles concernant les différentes hypothèses quant à l'augmentation de prévalence des allergies.
Ce que cette review apporte au débat :
En conclusion, les auteurs confirment l’augmentation de la prévalence des allergies, et en suggèrent une origine multi-factorielle. Cela dit, certains facteurs, comme les facteurs génétiques, semblent être assez peu considérés. L'article souligne notamment l’effet multiplicateur de la pollution atmosphérique et de l’augmentation de l’indice pollinique. Enfin, les auteurs demandent de ne pas prendre de décisions hâtives sur le plan d’action à adopter contre les allergies tant que l’impact de chaque facteur n’a pas été correctement identifié et quantifié.
Publiée il y a plus de 7 ans
par
A. Aublin.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Pourquoi les allergies sont-elles de plus en plus communes ?
Résumé de la review :
Cet article propose d’étudier les différentes hypothèses expliquant l’augmentation de la prévalence des symptômes d’allergie dans les sociétés occidentales;
Cette étude commence d’abord par confirmer une fois de plus une augmentation des cas d’allergies dans les sociétés industrialisées. Les auteurs se lancent ensuite dans l'exploration des différentes explications potentielles de ce phénomène :
Susceptibilité génétique. Certains récepteurs, comme CD14, rendent le porteur plus sensible aux allergènes. Le gène codant pour ce récepteur est polymorphe : sa présence n’est pas universelle, et va donc être dépendante de l’hérédité. Il semble que l'influence des gènes de la mère soit plus grande que celle des gènes paternels. Mais génétique ne suffit pas (niveaux différents de prévalence en Allemagne de l’Est et de l’Ouest, alors que fond génétique très similaire).
Influence psycho-sociale : Les enfants sont plus exposés à des allergènes d’intérieur, puisqu’ils passent moins de temps qu’avant à jouer dehors (pas de preuve). Les addictions au tabac sont elles aussi bien plus communes dans des sociétés industrialisées.
Exposition aux allergènes : L’augmentation de l’efficacité thermique de nos habitations a aussi pu mener à une augmentation d’allergènes issus d’acariens domestiques (il y a moins d’aération). Enfin une augmentation de la pollution atmosphérique dans les grandes villes est liée à des pics d’indice pollinique qui durent même pendant la nuit.
Stimulation inférieure du système immunitaire - Hypothèse hygiéniste : Puisque les parasites et grandes maladies infectieuses sont bien mieux traitées dans les sociétés industrialisées, le système immunitaire des habitants est probablement moins entraîné. Certaines voies immunitaires, et notamment la voie des IgE, d’habitude utile contre les parasites, peuvent alors être amenées à surréagir à des substances normalement bénignes, comme les pollens. Dans les populations les plus exposées aux parasites, on observe un taux sanguin d’IgE bien plus faible, ainsi qu’une prévalence inférieure de rhume des foins et d’asthme. Une comparaison entre écoliers d’Allemagne de l’Est et d’Allemagne de l’Ouest (plus industrialisée), a révélé que le taux d’infestation parasitaire était plus élevé et que le taux d’IgE était plus faible dans l'Est que dans l’Ouest. Enfin, il est observé que les enfants ayant passé quelques années en garderie avant d’atteindre l’âge d’aller à l’école étaient moins susceptibles de développer des allergies plus tard dans leur vie : la proximité avec d’autres enfants en bas âge, potentiellement porteurs de germes et parasites, a pu stimuler leur système immunitaire. Des expériences sur des souris ont révélé que des individus élevés en environnement complètement aseptisé déclarent très vite des allergies cutanées une fois placés en environnement normal. Attention cependant, toutes les maladies n’augmentent pas la résistance future aux allergies : ainsi, les maladies respiratoires semblent être bien moins liées à de faibles prévalences d’allergies que des maladies gastro-entériques. Il semble également que selon le type de pathogène, ainsi que selon le symptôme d’allergie étudié, l’effet d’une exposition durant l’enfance soit très variable.
Pollution environnementale : Rôle des polluants dans le déclenchement d’allergies est toujours controversé. les auteurs font ainsi des distinctions entre différents types de pollution. La pollution de type I, caractérisée par des particules polluantes larges produites par les industries, est associée très fortement à des maladies respiratoires. La pollution de type II est quant à elle plutôt associée aux sociétés occidentales post-industrielles et urbaines et aux allergies. Cela correspond aux différences de prévalence des allergies entre Allemagne de l’Est et de l’Ouest.
Il semble que la pollution atmosphérique interagit avec les pollens, qui peuvent absorber des particules polluantes et devenir bien plus allergènes.
Cette review cite de nombreuses sources (même si elle s'appuie beaucoup sur l'étude allemande). Elle fournit un tour des connaissances actuelles concernant les différentes hypothèses quant à l'augmentation de prévalence des allergies.
En conclusion, les auteurs confirment l’augmentation de la prévalence des allergies, et en suggèrent une origine multi-factorielle. Cela dit, certains facteurs, comme les facteurs génétiques, semblent être assez peu considérés. L'article souligne notamment l’effet multiplicateur de la pollution atmosphérique et de l’augmentation de l’indice pollinique. Enfin, les auteurs demandent de ne pas prendre de décisions hâtives sur le plan d’action à adopter contre les allergies tant que l’impact de chaque facteur n’a pas été correctement identifié et quantifié.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.