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Le terme "Anthropocène" dans le contexte de la classification géologique formelle
Résumé de la review :
L’Anthropocène est une notion arbitraire qui a été proposée par Paul Crutzen et Eugene Stoermer en 2000. Cette proposition de nouvelle unité géologique est proposée sur la base d’impacts de l’Homme sur Terre importants et globaux. Néanmoins, la définition géologique de ce terme n’a jamais été établie. Pourtant, pour définir une nouvelle unité géologique, celle-ci doit répondre aux critères posés par la Commission Internationale sur la Stratigraphie (ICS). Au sein de celle-ci on trouve la Sous-Commission sur la Stratigraphie Quaternaire (SQS). Cet ensemble réfléchit et travaille sur les façons de diviser le Quaternaire en sous-unités. Un groupe travaille donc actuellement sur les critères pour définir l’Anthropocène. Même si les actions humaines sont acceptées, les preuves suffisantes pour définir l’unité de manière formelle restent à trouver.
Débuter l’Anthropocène sous-entend de terminer l’Holocène. Or, cette période considérée comme « tout à fait moderne » est déjà basée sur l’activité humaine. Cette évidence ne devrait donc plus pouvoir être utilisée pour déterminer une nouvelle période géologique. Le groupe qui travaille sur l’Holocène n’accepte pas de terminer cette époque et proposerait plutôt que nous traversons des événements de grande ampleur qui ne sont pas encore terminer et qui correspondent encore cet interglaciaire.
Si l’Anthropocène à une réelle valeur géologique et qu’il y a nécessité de formaliser le terme, il faut définir la limite avec l’Holocène. Il faut donc définir des stratotypes sur des localités (GSSP). Ce point de référence géologique est un enregistrement qui permet de mettre en évidence des changements mondiaux. Si aucune localité ne peut être identifiée, un âge numérique et précis peut être définit (GSSA). Un événement marquant va donc servir de limite entre deux unités. Pour le moment, les études ne permettent pas de dégager précisément un réel GSSP pour l’Anthropocène. Il a été proposé que l’industrialisation et l’urbanisation des populations européennes et nord-américaines à la fin du XVIIIe siècle puissent correspondre à cet événement global pour définir le passage à la nouvelle unité géologique. Mais ces marqueurs restent locaux ou tout du moins régionaux mais pas globaux. Toutefois, l’Holocène est défini par des GSSP glaciaires et sédimentaires qui présentent déjà des marqueurs de croissance urbaine, ils ne sont donc pas uniques à l’Anthropocène. Comme l’Holocène est marqué par la dominance globale de l’Homme et que l’industrialisation et l’urbanisation sont indépendants et diachrones, d’autres GSSP sont recherchés. Les gaz atmosphériques peuvent alors servir de marqueurs.
Avec le suffixe arbitraire de "-cène", l’Anthropocène est définit informellement comme une période et chevaucherait donc la définition l’Holocène. De nombreux géologues acceptent donc le terme mais de manière informelle ou alors comme une nouvelle manière de nommer l’Holocène. En l’absence de preuves géologiques conventionnelles, il n’y a aucune justification formelle pour définir l’Anthropocène en tant que nouvelle unité géologique.
Rigueur de la review :
Cette review se base sur de nombreuses autres références dont ils reprennent les points importants tout en les détaillants. De plus, ils sont argumentés de données réelles. Les définitions des unités géologiques sont toujours nommées à la fois par leur âge chronostratigraphique/et stratigraphique afin d'éviter toutes confusions. Lié à cela, le terme période est utilisé au sens large du terme pour l'Anthropocène.
La rigueur tient aussi en le fait que l'on s'interroge enfin de manière formelle à la réalité géologique proposée par le terme Anthropocène. En reprenant les commissions qui travaillent sur le sujet et des géologues qui ne sont pas d'accord, de nouveaux arguments sont proposés.
Philip Leonard Gibbard qui est principal auteur de cette review est professeur des paléoenvironnements du Quaternaire de Cambridge. Il peut donc discuter de manière rigoureuse et actualisée des défit de la définition de l'Anthropocène.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review est très intéressante dans le sens où elle pose trois questions sur la définition de l'Anthropocène :
"Existe-t-il un événement globalement significatif, induit par l’Homme et largement parallèle dans le temps, qui pourrait constituer la base d’une frontière stratigraphique entre l’Holocène et l’Anthropocène?"
"Vivons-nous maintenant une période géologique très différente de l’Holocène précédent?"
"La reconnaissance de l'Anthropocène en tant que nouvelle période géologique aurait-elle une valeur pour la communauté des sciences de la Terre au sens large?"
A cela il apporte aussi des arguments contre la proposition de l'Anthropocène mais de manière géologique. Nul ne contredit l'intervention de l'Homme sur les écosystèmes mais ils se demandent si cela est bien judicieux de définir une nouvelle unité géologique qui reprendrait des critères de la précédente, et qui ne serait peut être que la continuité de celle-ci. Cette review apporte donc une réflexion essentielle.
Remarques sur la review :
Grâce à cette lecture on obtient des arguments contre la définition de l'Anthropocène mais de manière logique. Il faudrait que ce terme reste informel dans le langage et ne soit pas définit réellement comme une nouvelle unité géologique. Ou alors, il faudrait renommé l'Holocène. On a donc des géologues qui s'opposent à cette formalisation, ne la trouvant pas pertinente. De plus le manque de données pour définir un GSSP ou même un GSSA précisément ne permet pas de définir la limite Holocène/Anthropocène. Les nouveaux changements visibles seraient donc à prendre comme des nouveautés au niveau de l'interglaciaire de l'Holocène ? Cette review amène donc bien à réfléchir à l'intérêt de vouloir définir des unités géologiques, sur quels critères et qu'est ce que cela apportera à la communauté scientifique ?
Publiée il y a plus de 7 ans
par
M. Clerc.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Le terme "Anthropocène" dans le contexte de la classification géologique formelle
Résumé de la review :
L’Anthropocène est une notion arbitraire qui a été proposée par Paul Crutzen et Eugene Stoermer en 2000. Cette proposition de nouvelle unité géologique est proposée sur la base d’impacts de l’Homme sur Terre importants et globaux. Néanmoins, la définition géologique de ce terme n’a jamais été établie. Pourtant, pour définir une nouvelle unité géologique, celle-ci doit répondre aux critères posés par la Commission Internationale sur la Stratigraphie (ICS). Au sein de celle-ci on trouve la Sous-Commission sur la Stratigraphie Quaternaire (SQS). Cet ensemble réfléchit et travaille sur les façons de diviser le Quaternaire en sous-unités. Un groupe travaille donc actuellement sur les critères pour définir l’Anthropocène. Même si les actions humaines sont acceptées, les preuves suffisantes pour définir l’unité de manière formelle restent à trouver.
Débuter l’Anthropocène sous-entend de terminer l’Holocène. Or, cette période considérée comme « tout à fait moderne » est déjà basée sur l’activité humaine. Cette évidence ne devrait donc plus pouvoir être utilisée pour déterminer une nouvelle période géologique. Le groupe qui travaille sur l’Holocène n’accepte pas de terminer cette époque et proposerait plutôt que nous traversons des événements de grande ampleur qui ne sont pas encore terminer et qui correspondent encore cet interglaciaire.
Si l’Anthropocène à une réelle valeur géologique et qu’il y a nécessité de formaliser le terme, il faut définir la limite avec l’Holocène. Il faut donc définir des stratotypes sur des localités (GSSP). Ce point de référence géologique est un enregistrement qui permet de mettre en évidence des changements mondiaux. Si aucune localité ne peut être identifiée, un âge numérique et précis peut être définit (GSSA). Un événement marquant va donc servir de limite entre deux unités. Pour le moment, les études ne permettent pas de dégager précisément un réel GSSP pour l’Anthropocène. Il a été proposé que l’industrialisation et l’urbanisation des populations européennes et nord-américaines à la fin du XVIIIe siècle puissent correspondre à cet événement global pour définir le passage à la nouvelle unité géologique. Mais ces marqueurs restent locaux ou tout du moins régionaux mais pas globaux. Toutefois, l’Holocène est défini par des GSSP glaciaires et sédimentaires qui présentent déjà des marqueurs de croissance urbaine, ils ne sont donc pas uniques à l’Anthropocène. Comme l’Holocène est marqué par la dominance globale de l’Homme et que l’industrialisation et l’urbanisation sont indépendants et diachrones, d’autres GSSP sont recherchés. Les gaz atmosphériques peuvent alors servir de marqueurs.
Avec le suffixe arbitraire de "-cène", l’Anthropocène est définit informellement comme une période et chevaucherait donc la définition l’Holocène. De nombreux géologues acceptent donc le terme mais de manière informelle ou alors comme une nouvelle manière de nommer l’Holocène. En l’absence de preuves géologiques conventionnelles, il n’y a aucune justification formelle pour définir l’Anthropocène en tant que nouvelle unité géologique.
Cette review se base sur de nombreuses autres références dont ils reprennent les points importants tout en les détaillants. De plus, ils sont argumentés de données réelles. Les définitions des unités géologiques sont toujours nommées à la fois par leur âge chronostratigraphique/et stratigraphique afin d'éviter toutes confusions. Lié à cela, le terme période est utilisé au sens large du terme pour l'Anthropocène.
La rigueur tient aussi en le fait que l'on s'interroge enfin de manière formelle à la réalité géologique proposée par le terme Anthropocène. En reprenant les commissions qui travaillent sur le sujet et des géologues qui ne sont pas d'accord, de nouveaux arguments sont proposés.
Philip Leonard Gibbard qui est principal auteur de cette review est professeur des paléoenvironnements du Quaternaire de Cambridge. Il peut donc discuter de manière rigoureuse et actualisée des défit de la définition de l'Anthropocène.
Cette review est très intéressante dans le sens où elle pose trois questions sur la définition de l'Anthropocène :
A cela il apporte aussi des arguments contre la proposition de l'Anthropocène mais de manière géologique. Nul ne contredit l'intervention de l'Homme sur les écosystèmes mais ils se demandent si cela est bien judicieux de définir une nouvelle unité géologique qui reprendrait des critères de la précédente, et qui ne serait peut être que la continuité de celle-ci. Cette review apporte donc une réflexion essentielle.
Grâce à cette lecture on obtient des arguments contre la définition de l'Anthropocène mais de manière logique. Il faudrait que ce terme reste informel dans le langage et ne soit pas définit réellement comme une nouvelle unité géologique. Ou alors, il faudrait renommé l'Holocène. On a donc des géologues qui s'opposent à cette formalisation, ne la trouvant pas pertinente. De plus le manque de données pour définir un GSSP ou même un GSSA précisément ne permet pas de définir la limite Holocène/Anthropocène. Les nouveaux changements visibles seraient donc à prendre comme des nouveautés au niveau de l'interglaciaire de l'Holocène ? Cette review amène donc bien à réfléchir à l'intérêt de vouloir définir des unités géologiques, sur quels critères et qu'est ce que cela apportera à la communauté scientifique ?
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