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Titre de l'article :

Dépenser des ressources limitées pour la dé-extinction pourrait entraîner une perte nette de biodiversité


Figure :

Supplementary Information.
Table supplémentaire 2 : Impact de la désextinction sur le nombre d'espèce existantes prioritaires selon les budgets prévisionnels calculés ($30M NZD for NZ; $4.65M AUD for NSW).
Provient de l'article.

Introduction à l'article :

Cet article est centré sur l’utilisation de la technique de dé-extinction dans un but de conservation de la biodiversité. En effet, les défenseurs de cette controverse prônent souvent qu’il s’agit d’une méthode permettant de conserver, voire d’augmenter (cas du mammouth, espèce ingénieure qui permettraient l'établissement de nouvelles espèces de plantes) la biodiversité de certains écosystèmes. Les auteurs de cette publication cherchent à analyser la véracité de cette information en la quantifiant. Concrètement, ils comparent la quantité d’espèce (richesse spécifique), en absence ou en présence de projet(s) de désextinction, par rapport aux espèces faisant déjà l’objet de programme de conservation.
Cet article est utile pour notre controverse car il s’appuie sur des cas d’études très similaires au thylacine (un marsupial en Australie). La méthode d’analyse explicitée dans cet article serait donc parfaitement applicable au thylacine. Elle est cependant difficilement applicable pour le mammouth.

Expériences de l'article :

Les auteurs simulent deux scenarii via des algorithmes, en Nouvelle-Zélande et en New South Wales (région d'Australie) :

  • L’établissement et le maintien des espèces ressuscitées deviennent à la charge des programmes de conservation gouvernementaux : on soustrait aux budgets actuels alloués à la conservation le budget nécessaire à la resurrection des espèces, tout en mettant à prix zéro toutes les actions qui sont partagées par un autre programme de conservation. Puis les auteurs comparent le nombre d'espèces existantes qui pourraient être mises en priorité dans ce scénario avec le nombre d'espèces qui auraient normalement étaient mises en priorité avec le même budget.
  • L’établissement et le maintien des espèces ressuscitées sont financés par des fond privés : idem, coût à 0 quand bénéfices partagés, puis comparaison du budget utilisé avec VS sans désextinction, sur le nombre d'espèces actuelles qui pourraient être protégées.

Ceci est calculé un an après le début du programme.

Résultats de l'article :

Le scenario 1 mène à une diminution du nombre d'espèces prioritaires à conserver. Ainsi, une potentielle perte en biodiversité est envisageable sur le long terme si les efforts de conservation se concentrent sur les espèces éteintes. En NZ, sur les 11 espèces testées, 1 seule permettrait d'augmenter le nombre d'espèces à protéger, car cette espèce partage son habitat avec de nombreuses espèces déjà protégées.
Pour le scénario 2, les coûts des actions étant plus bas, on peut mettre en priorité plus d'espèces. Cependant, si ces mêmes budgets privés calculés pour des espèces éteintes n'étaient appliqués que sur des espèces existantes, cela permettrait un fort gain en biodiversité (le fond privé nécessaire pour ressusciter les 5 espèces éteintes en NSW pourrait être utilisé pour conserver 42 espèces existantes).
Les coûts associés à la production des populations initiales ressuscitées ne sont pas pris en compte, ce qui augmenterait énormément le coût total du programme de conservation.

Rigueur de l'article :

Les auteurs : Joseph Bennett (Université de Carleton), Richard Maloney (Departement de la Conservation, NZ), Tammy Steeves (Université de Caterbury), James Brazill-Boast (New South Wales Office of Environment and Heritage), Hugh Possingham (University of Queensland & The Nature Conservancy) et Philip Seddon (University of Otago) font tous partie d'institutions réputées.
Seddon est un spécialiste de la désextinction, présent dans d'autres articles de notre controverse Parasites Lost: Neglecting a Crucial Element in De-Extinction Reintroducing resurrected species: selecting DeExtinction candidates, et son livre The ecology of de-extinction.
Les auteurs déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêt. Les financements proviennent des Research Council du Canada et de l'Australie.
La méthodologie est rigoureuse. Les algorithmes utilisés été déjà conçus et avaient fait leur preuve. Le matériel et méthode supplémentaire fourni aurait pu être plus instructif (précisions sur les actions de conservation).

Ce que cet article apporte au débat :

Les auteurs utilisent comme cas d'étude, parmi d'autres, Bettongia gaimardi gaimardi, un petit marsupial herbivore nocturne qui s'est éteint en Australie dans les années 1890, et dont l'epèce existante analogue est le Potorous tridactylus (rat-kangourou). L'espèce utilisée est la plus proche du thylacine (même taxon), bien qu'assez différente dans son comportement (carnivore VS herbivore, le Bettongia a besoin d'être protégé des prédateurs). Pour cette espèce en particulier, le scénario 1 mène à une diminution de 14 espèces. On peut donc penser que les efforts de conservation nécessaires à la survie des populations de thylacines ressuscitées et réintroduites pourraient engendrer une perte de la biodiversité locale, si ces efforts sont pris en charge par des programmes publics. Le thylacine étant une espèce iconique (tigre de Tasmanie), on peut penser qu'un fond privé pourrait être envisageable pour mener à bien un programme de réintroduction. Ce programme chiffrerait dans les 300 000$.

Remarques sur l'article :

La dernière phrase de l'article est plutôt fermement opposée à la désextinction : "Compte tenu de ce potentiel considérable d’occasions manquées, ainsi que des risques inhérents à la présomption selon laquelle une espèce ressuscitée remplirait son rôle d’ingénieur des écosystèmes ou d’espèce vedette, il est peu probable que la désextinction soit justifiée par des raisons de conservation de la biodiversité."
Certains des auteurs sont des acteurs majeurs dans le domaine de la conservation de la biodiversité, ayant pris position en faveur ou contre certains programmes de conservation, les jugeant peu rentables ou réalistes. Cette position pourrait induire un biais cognitif lors de l'étude et la rédaction de l'article, mais cela reste très subjectif.

Publiée il y a plus de 7 ans par P. Charlot et E. Nifaut.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.