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Titre de l'article :

Extinction de l'avifaune forestière insulaire par l'introduction d'un serpent


Introduction à l'article :

L’introduction d’un prédateur en milieu insulaire donne souvent lieu à une extinction des proies autochtones. Ces extinctions ne sont bien souvent détectables qu’une fois le fait accompli. L’ïle de Guam donne une rare occasion d’étudier le phénomène d’extinction en cours. Cette île abrite une grande diversité d’oiseaux forestiers, terrestres, marins, de zones humides, et de récif. Cependant, l’avifaune a entamé un déclin drastique à partir de la deuxième moitié du XXe siècle, d’abord dans le sud de l’île puis remontant progressivement vers le nord. Depuis 1985, quatre espèces d’oiseaux ont disparu de l’Île de Guam. Les pesticides, la chasse, la compétition interspécifique, la perte des habitats suite à la Seconde Guerre Mondiale, la prédation par les prédateurs locaux ne semblent pas être en cause. La faute retombe alors sur l’introduction dans les années 1950 d’un serpent brun arboricole : Boiga irregularis.

Expériences de l'article :

Afin de déterminer si la prédation par B. irregularis est bien la cause de l’extinction des oiseaux de l’Île de Guam, l’auteure a testé trois conditions : premièrement, la distribution spatiale et temporelle de B. irregularis sur Guam devrait être corrélée avec la contraction de la distribution des oiseaux sur l’Île de Guam (352 questionnaires distribués aux habitants et consultation des registres historiques). Deuxièmement, le taux de prédation par B. irregularis devrait être plus grand dans les régions où les oiseaux ont été décimés plutôt que dans celles où les populations aviennes sont stables (mesure de l’intensité de la prédation par des pièges à appât dans les différentes régions de l’île). Troisièmement, les autres proies, dites alternatives, devraient montrer un modèle de déclin similaire à celui observé chez les oiseaux (étude des populations de petits mammifères avant et après l’introduction du serpent).

Résultats de l'article :

La répartition de B. irregularis sur l’île de Guam s’accroît de 1.6km/an, depuis les années 1970 et son abondance augmente. Cette répartition est fortement corrélée avec la zone de répartition contractée des oiseaux forestiers : d’abord dans le sud, puis progressivement vers le nord.
Toutes proies piégées dans les habitats forestiers ont été consommées quelques jours par B. irregularis. Dans les régions où l’introduction du serpent est plus récente, la prédation est significativement moins forte (présence de proies alternatives, faible densité de serpents).
Dans leur habitat d’origine les serpents mangent des petits mammifères, des lézards et des oiseaux. Les rongeurs vivant dans la savane de l’île subissent un fort déclin de leur population, mais qui ne semble pas lié à la prédation par B. irregularis qui n’y est que peu présent. Les musaraignes (des proies fréquentes du serpent) ont une évolution démographique et spatiale similaire à celle observée pour les oiseaux forestiers.

Rigueur de l'article :

Les arguments émis par l’auteure reposent sur ses propres observations sur le terrain de l’évolution des populations de proies et de prédateurs sur l’Île de Guam.
Pour ce qui est de la deuxième expérience, les proies piégées pouvaient aussi être la cible de d’autres prédateurs : dans ce cas le piège était uniquement en place de nuit pour éviter ce biais. Les régions où sont disposés les pièges sont variées en terme d’habitat et d’évolution de populations d’oiseaux (diminution, normale, extinctions, occurrences rares).

Ce que cet article apporte au débat :

Les résultats démontrent que la prédation de B. irregularis est responsable du déclin de 10 des 18 espèces d’oiseaux présentes sur l’Île de Guam. Seulement 3 espèces ne sont pas proches de l’extinction. Il s’agit de la première fois qu’un reptile est impliqué dans la décimation d’une avifaune. La solution préconisée est ici l’éradication, avant toute opération de réintroduction.
Le cas de l’introduction de Boiga irregularis sur l’Île de Guam est un incontournable des espèces exotiques envahissantes et des effets dévastateurs qu’elles peuvent produire sur la biodiversité, surtout dans des écosystèmes fragiles comme les îles.
La décimation des oiseaux de l’Île de Guam par B. irregularis a été permise par l’absence de compétiteurs ou de prédateurs pour limiter son effectif, l’absence de refuges pour les oiseaux dans la canopée basse, ses préférences alimentaires généralistes et sa capacité à survivre longtemps sans manger.

Publiée il y a plus de 7 ans par A. Gardin et M. Leroy.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.