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Titre de la review :

Invasions de plantes : combiner les concepts d’invasivité d’une espèce et d’invasibilité d’une communauté


Résumé de la review :

L’objectif de cette review est de faire une synthèse des hypothèses et des généralisations créées par l’augmentation du nombre d’étude en biologie de l’invasion dans les années 2000. Les auteurs reprennent les questions abordées par le programme SCOPE des années 80 à savoir : (i) quelles espèces envahissent, (ii) quelles habitats sont envahis et (iii) comment pouvons-nous gérer invasions. Cette dernière question rentre dans des considérations appliquées et ne sera donc pas traitée ici. Les auteurs synthétisent ainsi deux concepts clés dans la biologie de l’invasion : l’invasivité d’une espèce c’est-à-dire le potentiel envahissant d’une espèce et l’invasibilité d’une communauté définie comme la vulnérabilité d’une communauté face aux invasions.

L’invasivité d’une espèce :

Les auteurs commencent par définir un continuum naturalisation-invasion à partir d’un article de Richardson et al. (2000 ; voir figure). La règle des dix stipule que 10 % des plantes étrangères deviennent occasionnelles, 10 % d’entre elles deviennent naturalisées et encore 10 % d’entre elles deviennent envahissantes. Ces chiffres ont été calculés à partir d’un base de données de plantes européennes et semblent être soutenus pour d’autres régions et d’autres taxa. Cette règle semble être un artefact du aux différentes étapes de l’invasion et à des temps de résidence similaires entre les taxons étudiés.

Le temps de résidence (temps écoulé depuis l’arrivé dans un milieu) semble être corrélé à plusieurs facteurs comme le nombre de propagule, la probabilité de dispersion ou encore le nombre de populations nouvellement créées. À partir des observations de de Candolle, Darwin formula une théorie sur la naturalisation d’espèce visant à expliquer que les espèces naturalisées appartiennent plus souvent à des genres qui ne sont pas partagés avec les espèces natives. D’après lui, cela témoignerait d’une plus grande compétition entre deux espèces sœurs et donc une naturalisation plus facile pour une espèce d’un genre différent. Cette hypothèse n’est globalement pas vérifiée et il semblerait que les espèces sœurs d’espèce natives aient plus de chances de partager des préadaptations et donc de devenir envahissantes.
Pour coloniser un nouveau milieu, deux options sont possibles: avoir une plus grande tolérance aux conditions environnementales ou subir une différenciation génétique rapide. Certaines espèces envahissantes ont une plus grande plasticité phénotypique que les espèces natives avec lesquelles elles co-occurent. La différenciation génétique nécessite une plus grande diversité a priori. La polyploïdie et l’hybridation permettent à cette diversité de se maintenir. Les caractéristiques associées au potentiel reproductif, à la croissance végétative et à la dispersion sont aussi corrélés à l’invasivité d’une espèce. Les rares événements de dispersion longue distance semblent permettre de mieux estimer la propagation des espèces étrangères. Les larges aires de répartition géographique font aussi parties des meilleurs prédicteurs d’invasivité.

Invasibilité d’une communauté :

L’hypothèse de résistance par la diversité stipule que les communautés riches en espèces sont plus difficiles à envahir. Une communauté avec beaucoup d’espèces est susceptible de ne pas avoir de niches disponibles pour une espèce envahissante. On retrouve cependant des résultats assez controversés dans la littérature. Ce support partiel peut venir des différences de niches disponibles entre environnements.
Enfin, le concept de crise d’invasion lie l’invasibilité d’une communauté à l’invasivité d’une espèce. Une crise d’invasion correspond au fait que certaines espèces envahissantes peuvent favoriser l’invasion de la communauté par de nouvelles espèces. C’est le cas des ingénieurs d’écosystème comme les fourmis par exemple. Ces espèces augmentent ainsi à la fois l’invasibilité de la communauté dans laquelle elle se trouve et indirectement l’invasivité des espèces qui coloniseront la communauté par la suite.

Rigueur de la review :

Bien qu’un peu datée, cette review semble assez rigoureuse de part le nombre important de références et d’exemples apportés. Les auteurs définissent les espèces étrangères comme résultant d’une dispersion réalisée par l’homme. Cette définition n’est plus autant d’actualité et l’on peut considérer que les considérations appliquées que traite cette étude expliquent le choix de cette définition. Au-delà de cette définition, les différentes caractéristiques liées à l’invasibilité d’une communauté et à l’invasivité d’une espèce permettent de mieux cerner les mécanismes qui favorisent des invasions biologiques.

Ce que cette review apporte au débat :

La review permet de cerner plus précisément les mécanismes qui rendent une espèce envahissante. Les auteurs définissent tout espèce étrangère ayant une grande quantité de descendants et d’importantes capacités de dispersion comme espèce envahissante. Réaliser une synthèse sur les concepts d’invasivité d’une communauté et d’invasibilité d’une espèce permet d’expliquer les causes du phénomène d’invasion biologique et donc de mettre en avant les différences entre une espèce envahissante et une espèce colonisatrice. Si la review n’évoque pas le débat et ne prend donc pas directement partie, elle traite directement des causes du phénomène d’invasion, ce que beaucoup d’articles remettant en cause la notion d’espèce envahissante ne font pas. La synthèse qu’elle procure sur deux notions fondamentales au phénomène d’invasion la transforme ainsi en argument envers l’indépendance de la biologie de l’invasion comme discipline à part entière.

Publiée il y a plus de 7 ans par N. Mazet.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.