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Titre de l'article :

La faune invertébrée du sol affecte les émissions de N2O du sol


Introduction à l'article :

Le protoxyde d'azote (N2O) joue un rôle important dans le débat actuel sur le changement climatique. Les facteurs abiotiques du sol et les analyses microbiennes permettent d'en prédire partiellement les flux. Un rôle possible de la faune du sol a jusqu'à présent été largement négligé.
Différents groupes fonctionnels de la faune du sol contribuent différemment à la minéralisation de l'azote (de Ruiter, 1993). Les facteurs affectant la minéralisation de l'azote peuvent également affecter la dynamique du N2O. Cette étude vise à quantifier et à comprendre l'effet de la faune du sol sur les émissions de N2O du sol.
Dans trois expériences, Les auteurs ont testés trois hypothèses : (i) la faune invertébrée du sol autre que les vers de terre augmentent les émissions de N2O du sol ; (ii) les différentes espèces de faune du sol affectent différemment les émissions de N2O et (iii) les effets de la faune du sol sur les émissions de N2O sont plus importants avec une densité de faune supérieure.

Expériences de l'article :

Dans trois expériences en microcosme, sur une durée de 62 jours, les auteurs ont mesurés les émissions de N2O d'espèces d'invertébrés du sol appartenant à différents groupes fonctionnels selon des réseaux trophiques établis (de Ruiter, 1993). Les espèces présentent appartiennent à 5 groupes taxonomiques différents : nématodes, acariens, collemboles, isopodes et annélides. L'humidité est maintenue à 70%.

Expérience 1: Quantifier les émissions de N2O en présence d'une large gamme d'espèces de faune invertébrée du sol, avec des résidus de foin comme source de C et N.
Expérience 2: Vérifier la cohérence des résultats de l'expérience I dans des conditions physiques du sol légèrement différentes
Expérience 3: Tester l'effet de la densité de la faune sur les émissions de N2O

Les effets des traitements ont été testées par ANOVA, associé à un post-hoc de comparaisons multiples (Tukey). Le sol avec des résidus de foin, mais sans faune, a servi de traitement témoin dans les trois expériences.

Résultats de l'article :

Expérience 1: Les émissions de N2O ont diminuées avec la présence de vers de terre et de vers de pot, passant de 78,4 (témoins) à 37,0 (vers de terre) ou 53,5 (vers de pot) mg N2O-N m-2.
Expérience 2: Avec un rapport sol/foin plus élevé, les émissions de N2O ont augmenté avec les vers à pot de 51,9 (contrôle) à 123,5 mg N2O-N m-2.
Expérience 3: Des densités plus élevées de vers de pot accélérent le pic des émissions de N2O de 5 jours (P < 0,001). Les émissions cumulées de N2O ne sont pas affectées.

L'augmentation de l'aération du sol par la faune du sol aurait réduit les émissions de N2O dans l'expérience I. Dans l'expérience II, les émissions de N2O seraient dues à une disponibilité accrue d'azote et de carbone. Dans l'expérience III, des densités plus élevées de vers de terre ont accéléré la disponibilité de l'azote et du carbone et les émissions de N2O, mais ne les ont pas accrues.
Les données montrent que la faune du sol peut supprimer, augmenter, retarder ou accélérer les émissions de N2O du sol.

Rigueur de l'article :
  • Un bel effort de standardisation des traitements et du matériel biologique à été fait.
  • Des précautions de vérifications des résultats expérimentaux ont été employées, se qui apporte de la robustesse à cette étude.
  • Le dispositif expérimental est bien décrit.
Ce que cet article apporte au débat :

La faune invertébré du sol joue un rôle essentiel dans les émissions de N2O. Elle peut les favoriser ou au contraire les minimiser. Elle influence également la cinétique de ces émissions. Différents groupes fonctionnels et réseaux trophiques peuvent donc être impliqués dans ces variations d'émission de se gaz à effet de serre.

Remarques sur l'article :

1- L'une des deux espèces de collembole (O. cincta) est indisponible pour l'expérience 2 et la seconde espèce est en effectif réduit (F. candida) pour cause de mortalité.

2- Le fait d'utiliser des microcosmes améliore les chances de répétabilités de cette expérience. Elle est cependant déconnecté de la réalité des milieux naturels, de par un fort contrôle des paramètres biotiques et abiotiques. Ce type d'étude induit également un nombre réduit d’interactions entre organismes, se qui peut poser problème pour une étude qui s'intéresse à l'impact des relations entre groupes fonctionnels et trophiques. De par ces éléments, l'expérimentation en microcosme peut ne pas être représentative de se qui se produit en milieux naturels et anthropisés, notamment dans les sol de parcelles agricoles.

Publiée il y a plus de 6 ans par S. Delmotte et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 6 ans.