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Le rôle du ré-ensauvagement dans l'aménagement paysager à des fins de conservation.
Résumé de la review :
Le rewilding signifie retourner d'une aire non-sauvage à une aire sauvage, impliquant une autonomie, de la spontanéité, et l'auto-organisation ainsi qu'une absence de contrôle humain des systèmes écologiques. En Amérique du Nord, le ré-ensauvagement s'est concentré sur de larges corridors protégés liant des aires protégées du Canada au Mexique, et les travaux se concentrent sur trois points principaux : «Cores, Corridors and Carnivores». En Europe, le ré-ensauvagement s'est concentré sur 10 aires. En Europe, la littérature met l'accent sur le ré-ensauvagement en tant qu'option de gestion potentielle des aires agricoles abandonnées.
Le ré-ensauvagement est parfois considéré comme un cas spécial de restauration écologique mais les méthodes diffèrent clairement, puisque la restauration nécéssite l'intervention humaine pour atteindre des buts pré-déterminés, alors que le ré-ensauvagement utilise le minimum possible d'interventions humaines afin de permettre aux écosystèmes de se développer de manière spontanée.
La plupart de la littérature sur le ré-ensauvagement se concentre notamment sur la restauration des fonctions écologiques que sur les espèces elles-mêmes. En effet, la perte de la mégafaune du Pléistocène supérieur a eu de multiples conséquences sur les écosystèmes, allant de la composition des espèces à la structure trophique en passant par les cycles biogéochimiques.
Le concept original reposait sur l'idée d'un contrôle écologique top-down par le biais de cascades trophiques : les grands carnivores contrôlant les grands herbivores et les mésoprédateurs, tandis que les grands herbivores contrôlent à leur tour la végétation.
En Europe, les projet se sont principalement intéressés aux grands herbivores de manière à maintenir les habitats ouverts qui sont menacés par le rétablissement des forets.
Les espèces qui ne sont éteintes que localement peuvent être réintroduites, mais pour celles éteintes globalement il est nécessaire de passer par des espèces de substitution. Une autre alternative consiste à recréer les espèces manquantes (désextinction).
Le ré-ensauvagement passif présente des attraits évidents, mais son adoption en tant que politique de conservation nécessite une volonté d'accepter quoi qu'il arrive. Il peut cependant y avoir des fuites vers l'intérieur (fuites des zones gérées adjacentes ou distances : composition atmosphérique et du climat, augmentation des dépôts d'azote et d'autres nutriments...) mais il peut aussi y avoir des fuites vers l'extérieur (les grands vertébrés potentiellement dangereux et dommageables comme les éléphants, les espèces envahissantes).
Parmis les bienfaits du ré-ensauvagement, il est cité : la recolonisation ou la réintroduction de grands herbivores pouvant aider à maintenir des habitats ouverts et prévenir contre les incendies, l'amélioration des services écosystémiques (approvisionnement en eau douce, réduction de l'érosion des sols, prévention des inondations, élimination des polluants atmosphériques), le développement de l'éco-tourisme, l'augmentation de la séquestration du carbone et enfin, l'augmentation de la résilience des écosystèmes.
En revanche certains problèmes sont relevés : la perte de paysages bioculturels traditionnels (en Europe), les conflits entre l'homme et la faune sauvage (le loup menace le bétail domestique, le bison d'Europe endommage les cultures agricoles, les mégaherbivores comme les éléphants sont particulièrement dangereux en Afrique et en Asie) ainsi que la transmission de maladies. Le développement économique peut empêcher les projets de ré-ensauvagement (réseau autoroutier très important en Europe).
Est ce que le ré-ensauvagement sera de plus en plus considéré comme un substitut aux approches traditionnelles de la conservation ou est ce qu'il ne s'agit que d'un complément de ces approches ?
Rigueur de la review :
Parmi les problèmes et les challenges du ré-ensauvagement, l'auteur fait référence aux dégâts causés par les mégaherbivores comme les éléphants qui représentent donc un danger pour les populations et les cultures. Il fait ici référence à l'article de Wilson et al. (2015) sur les conflits homme-éléphant en Inde. Cette référence ne me semble pas pertinente ici car le conflit dont il est question ne concerne pas une aire de ré-ensauvagement. Dans cet article, les auteurs indiquent que les hommes empiètent sur la forêt avec leurs cultures. Seuls des patchs de forêts demeurent, que les éléphants doivent donc traverser en passant par les champs. Les zones de ré-ensauvagement sont des zones où justement l'activité humaine est (quasi)absente, ce problème ne doit donc à mon sens pas être un problème majeur si des mesures nécessaires sont prises, comme la mise en place de clôtures près des zones habitées.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette revue permet à nouveau de faire un résumé des principaux avantages et inconvénients du ré-ensauvagement.
L'auteur se pose la question de la place de cette stratégie de conservation parmi les autres : est ce que ce doit être une stratégie qui remplacerait les autres ou juste un complément ?
Remarques sur la review :
Parmi les problèmes du ré-ensauvagement, je trouve que l'auteur a essentiellement parlé des conséquences sociétales et culturelles que cela peut entraîner (conflits avec les populations notamment, perte des paysages), et pas assez sur les conséquences écologiques. Il a parlé de l'augmentation du risque de transmission des maladies, mais pas par exemple de l'impact sur les interactions et les cascades trophiques, du développement d'espèces invasives (du aux réintroductions).
De plus, l'auteur finit par poser la question si cette stratégie doit replacer les autres stratégies de conservation ou juste être un complément. Il aurait donc été intéressant, à travers notamment les bénéfices et les problèmes du ré-ensauvagement, de discuter de sa viabilité et de sa faisabilité sur le long terme.
Publiée il y a plus de 6 ans
par
M. Raynaud et M. Villegas.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Le rôle du ré-ensauvagement dans l'aménagement paysager à des fins de conservation.
Résumé de la review :
Le rewilding signifie retourner d'une aire non-sauvage à une aire sauvage, impliquant une autonomie, de la spontanéité, et l'auto-organisation ainsi qu'une absence de contrôle humain des systèmes écologiques. En Amérique du Nord, le ré-ensauvagement s'est concentré sur de larges corridors protégés liant des aires protégées du Canada au Mexique, et les travaux se concentrent sur trois points principaux : «Cores, Corridors and Carnivores». En Europe, le ré-ensauvagement s'est concentré sur 10 aires. En Europe, la littérature met l'accent sur le ré-ensauvagement en tant qu'option de gestion potentielle des aires agricoles abandonnées.
Le ré-ensauvagement est parfois considéré comme un cas spécial de restauration écologique mais les méthodes diffèrent clairement, puisque la restauration nécéssite l'intervention humaine pour atteindre des buts pré-déterminés, alors que le ré-ensauvagement utilise le minimum possible d'interventions humaines afin de permettre aux écosystèmes de se développer de manière spontanée.
La plupart de la littérature sur le ré-ensauvagement se concentre notamment sur la restauration des fonctions écologiques que sur les espèces elles-mêmes. En effet, la perte de la mégafaune du Pléistocène supérieur a eu de multiples conséquences sur les écosystèmes, allant de la composition des espèces à la structure trophique en passant par les cycles biogéochimiques.
Le concept original reposait sur l'idée d'un contrôle écologique top-down par le biais de cascades trophiques : les grands carnivores contrôlant les grands herbivores et les mésoprédateurs, tandis que les grands herbivores contrôlent à leur tour la végétation.
En Europe, les projet se sont principalement intéressés aux grands herbivores de manière à maintenir les habitats ouverts qui sont menacés par le rétablissement des forets.
Les espèces qui ne sont éteintes que localement peuvent être réintroduites, mais pour celles éteintes globalement il est nécessaire de passer par des espèces de substitution. Une autre alternative consiste à recréer les espèces manquantes (désextinction).
Le ré-ensauvagement passif présente des attraits évidents, mais son adoption en tant que politique de conservation nécessite une volonté d'accepter quoi qu'il arrive. Il peut cependant y avoir des fuites vers l'intérieur (fuites des zones gérées adjacentes ou distances : composition atmosphérique et du climat, augmentation des dépôts d'azote et d'autres nutriments...) mais il peut aussi y avoir des fuites vers l'extérieur (les grands vertébrés potentiellement dangereux et dommageables comme les éléphants, les espèces envahissantes).
Parmis les bienfaits du ré-ensauvagement, il est cité : la recolonisation ou la réintroduction de grands herbivores pouvant aider à maintenir des habitats ouverts et prévenir contre les incendies, l'amélioration des services écosystémiques (approvisionnement en eau douce, réduction de l'érosion des sols, prévention des inondations, élimination des polluants atmosphériques), le développement de l'éco-tourisme, l'augmentation de la séquestration du carbone et enfin, l'augmentation de la résilience des écosystèmes.
En revanche certains problèmes sont relevés : la perte de paysages bioculturels traditionnels (en Europe), les conflits entre l'homme et la faune sauvage (le loup menace le bétail domestique, le bison d'Europe endommage les cultures agricoles, les mégaherbivores comme les éléphants sont particulièrement dangereux en Afrique et en Asie) ainsi que la transmission de maladies. Le développement économique peut empêcher les projets de ré-ensauvagement (réseau autoroutier très important en Europe).
Est ce que le ré-ensauvagement sera de plus en plus considéré comme un substitut aux approches traditionnelles de la conservation ou est ce qu'il ne s'agit que d'un complément de ces approches ?
Parmi les problèmes et les challenges du ré-ensauvagement, l'auteur fait référence aux dégâts causés par les mégaherbivores comme les éléphants qui représentent donc un danger pour les populations et les cultures. Il fait ici référence à l'article de Wilson et al. (2015) sur les conflits homme-éléphant en Inde. Cette référence ne me semble pas pertinente ici car le conflit dont il est question ne concerne pas une aire de ré-ensauvagement. Dans cet article, les auteurs indiquent que les hommes empiètent sur la forêt avec leurs cultures. Seuls des patchs de forêts demeurent, que les éléphants doivent donc traverser en passant par les champs. Les zones de ré-ensauvagement sont des zones où justement l'activité humaine est (quasi)absente, ce problème ne doit donc à mon sens pas être un problème majeur si des mesures nécessaires sont prises, comme la mise en place de clôtures près des zones habitées.
Cette revue permet à nouveau de faire un résumé des principaux avantages et inconvénients du ré-ensauvagement.
L'auteur se pose la question de la place de cette stratégie de conservation parmi les autres : est ce que ce doit être une stratégie qui remplacerait les autres ou juste un complément ?
Parmi les problèmes du ré-ensauvagement, je trouve que l'auteur a essentiellement parlé des conséquences sociétales et culturelles que cela peut entraîner (conflits avec les populations notamment, perte des paysages), et pas assez sur les conséquences écologiques. Il a parlé de l'augmentation du risque de transmission des maladies, mais pas par exemple de l'impact sur les interactions et les cascades trophiques, du développement d'espèces invasives (du aux réintroductions).
De plus, l'auteur finit par poser la question si cette stratégie doit replacer les autres stratégies de conservation ou juste être un complément. Il aurait donc été intéressant, à travers notamment les bénéfices et les problèmes du ré-ensauvagement, de discuter de sa viabilité et de sa faisabilité sur le long terme.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.