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Titre de l'article :

Évaluations génétiques et analyses de filiation des tortues Bolson en captivité (Gophers flavomarginatus) informant de leur ‘ré-ensauvagement’ au Nouveau-Mexique


Introduction à l'article :

La restauration des écosystèmes d'Amérique du Nord peut être favorisée par la réintroduction de la mégafaune du Pléistocène. La plupart de ces espèces sont éteintes, nécessitant des remplacements taxonomiques. Mais la tortue de Bolson fournit une opportunité de réensauvager le désert du Chihuahua aux USA. Étant le plus grand reptile terrestre d'Amérique du Nord, sa restauration dans son ancienne aire de répartition pourrait aider l'espèce à sortir du risque d'extinction et contribuer à la restauration du désert de Chihuahuan par la réintroduction d'un herbivore indigène fouisseur. 30 individus ont été transférés de l'Arizona vers le Nouveau-Mexique avec l'objectif de rétablir les populations sauvages à long terme via la propagation en captivité. Les petites populations sont plus susceptibles à la consanguinité, pouvant conduire à une réduction de leur fitness. Afin de quantifier la diversité génétique des populations captives des outils moléculaires ont été utilisés.

Expériences de l'article :

La population captive de tortues Bolson originaire de l'Appleton Ranch (Arizona) était présumée être composée de plusieurs fondateurs et de leur progéniture. Après la translocation des individus dans le nouveau Mexique, les femelles ont pondues. Puis les échantillons de sang de 31 individus du Ranch Appleton (= population captive entière) et 28 de populations de tortues de Durango au Mexique (population sauvage) on été collectés et comparés. Une amplification de portion d'ADNmt a par la suite été réalisée. Ensuite, une estimation de la diversité génétique sur tous les loci de chaque population a été menée. Une estimation de la différenciation entre les populations (coefficient de consanguinité et distances génétiques entre les groupes) a été réalisée afin de déterminer les changements historiques dans les tailles efficaces des populations et les déviations par rapport à l'équilibre, comme elles peuvent se produire à cause de la consanguinité. Pour finir, une analyse de parenté a été menée.

Résultats de l'article :

Tous les individus de _G. flavomarginatus _ont le même haplotype d'ADNmt : toutes les tortues font partie de la même lignée maternelle.
Différenciation des populations : les populations du ranch Appleton et de Durango diffèrent à peine (Fst = 0.025). Chacune des populations montre une faible diversité génétique. Un excès significatif d'hétérozygote est présent dans les populations captives et sauvages, indiquant un bottleneck.
La pénurie de diversité génétique suggère que les tortues sauvages ont connu une réduction forte de la taille de leur population depuis le dernier maximum glaciaire.
Malgré leur faible diversité génétique, les individus captifs du ranch Appleton constituent une population fondatrice pour le programme d'élevage des tortues de Bolson car elles représentent la majorité de la diversité génétique restante dans les population sauvages du Mexique (97% de la diversité génétique totale). Toutefois, il est nécessaire de maintenir un niveau de diversité génétique élevé.

Rigueur de l'article :

La généalogie exacte des populations était inconnue.

Ce que cet article apporte au débat :

Bien que les populations captives de tortues de Bolson englobent 97.5% de la diversité génétique de l'ensemble des populations sauvages, leur diversité génétique reste assez faible. Il est impératif de maintenir un niveau de diversité génétique élevé et de l'hétérozygocité dans les population captives _via _un bon management. Cela peut être difficile en travaillant avec de petites populations (dérive génétique qui induit une augmentation de la variabilité génétique des populations). De plus les petites populations sont plus sensibles à la dépression de consanguinité qui mène à une réduction du fitness et à l'expression d'allèles récessifs, résultant de la diminution de la viabilité des populations. Il est donc important d'établir des couples d'élevage optimaux en favorisant les rencontres entre individus les plus distants.
Cet article souligne un inconvénient : les programmes de réintroduction d'espèces entraînent une faible variabilité génétique parmi les individus introduits.

Remarques sur l'article :

Les individus transférés au Nouveau Mexique proviennent de la même population fondatrice en Arizona. Pour favoriser un maximum de diversité génétique et limiter le risque de consanguinité, il aurait été pertinent d'introduire des individus de différentes populations. De plus, les auteurs montrent que les individus appartiennent tous à la même lignée maternelle. Enfin, leurs résultats indiquent une faible diversité génétique dans la population du Nouveau Mexique. Selon eux, cette faible diversité génétique est due à un goulot d'étranglement durant le dernier maximum glaciaire. À mon sens, ils ne soulignent pas assez le fait que cette faible diversité génétique peut être à la fois la cause et la conséquence du petit nombre d'individus réintroduits dans le Nouveau Mexique.

Publiée il y a plus de 6 ans par M. Raynaud et M. Villegas.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.